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A la une / Actualité

Cheikh Bentounes entendu par la police du Royaume

Algérie-Maroc : la bataille des zaouïas

Khaled Bentounes, chef spirituel de la Tariqa Alawiya. ©Yahia Magha/Archives Liberté

Si le Makhzen veut enterrer le projet de l’UMA, ses convoitises ne cessent de s’agrandir. Sa dernière attaque touche les “cieux” mystiques en voulant s’approprier une zaouïa algérienne.

Le Maroc veut faire main basse sur plus de 25 zaouïas se trouvant sur son territoire et qui appartiennent à la Tariqa âlawiya dont le siège se trouve à Mostaganem. Cette volonté de nationalisation s’est subitement accélérée ces derniers jours. Ainsi, le chef spirituel de la Tariqa, Cheikh Khaled Bentounes, a été dernièrement convoqué par la police judiciaire de Taourirt (Est marocain, à 100 km au sud-ouest d’Oujda). Les services de sécurité ont été actionnés par un certain Saïd Yassin, qui accuse, tel que rapporté par les médias locaux, l’Algérien d’avoir falsifié le sceau du ministre des Affaires religieuses marocain sur un document datant de janvier 2013 et sur lequel est précisé qu’il est le seul représentant de la Tariqa dans le royaume.
La fondation AISA (Association internationale soufie âlawiya), dont Cheikh Bentounes est le fondateur et le président d’honneur, dans un communiqué reçu hier par Liberté, a confirmé cette information rapportée par les médias marocains. Dans ce document, signé par le président de cette ONG internationale, Hamid Demmou, il est indiqué que le chef spirituel de la Tariqa “a été entendu par la police judiciaire de Taourirt à qui il a demandé de poursuivre son enquête pour savoir qui en était l’auteur”. L’AISA ajoutera qu’“une plainte a été déposée par cheikh Bentounes auprès des autorités judiciaires marocaines à Tanger contre Saïd Yassin et la bande d’escrocs autour de lui”.
Il s’avère que le conflit remonte à 2010, depuis “le jour où le cheikh Bentounes et le conseil des moqadems (représentants de la Tariqa, ndlr) du Maroc ont pris la décision de lui retirer leur confiance en annulant officiellement la procuration générale que cheikh Bentounes lui avait précédemment donnée en 1977, pour le représenter auprès des instances officielles au Maroc”, tel indiqué dans le communiqué.
L’AISA accuse directement ce Saïd Yassin : “Depuis cette date, il ne cesse, par tous les moyens, le mensonge, la diffamation, la désinformation auprès des médias et de l’opinion publique, de le discréditer. Il est même allé jusqu’à créer de toutes pièces une branche concurrente appelée la tariqa âlawiya al-maghribia en utilisant le faux et l’usage de faux.”
Dans le même document, les représentants de Cheikh Bentounes ont dénoncé “la calomnieuse campagne qu’il subit en ce moment par médias interposés”, présentée comme “indigne”.  L’AISA n’omettra pas de lancer même des avertissements : “Nous mettons en garde la presse marocaine contre les mensonges et la diffamation dont elle s’est fait l’écho”. Elle en profitera également pour interpeller les autorités marocaines auxquelles elle demande “de faire toute la lumière sur les agissements de cette bande d’usurpateurs criminels qui en est à l’origine et qui essaie de créer de toutes pièces une situation pour opposer l’Algérie et le Maroc à travers les membres de la Tariqa âlawiya, tout en voulant faire main basse sur les nombreuses zawiyas que compte la Tariqa âlawiya au Maroc”.
Reste à se poser une question : pourquoi maintenant ? La réponse se trouve peut-être du côté de New York, où se trouve le siège de l’ONU. La tournure prise soudainement par cette affaire survient à quelques semaines de la présentation par Cheikh Bentounes de son projet de proclamation d’une “Journée internationale du Vivre Ensemble” (Jive). Un rendez-vous sur lequel le chef spirituel de la Tariqa âlawiya, à travers l’AISA (qui a obtenu de la part de l’ONU, en mars 2014, le statut de “statut consultatif spécial” auprès du Conseil économique et social de l’organisation onusienne), travaille depuis quelques années.
Plusieurs démarches ont d’ailleurs été réalisées en vue de sa réussite. L’un des deux principaux axes ayant été un workshop organisé dans la capitale française en mai dernier. Une rencontre à laquelle avait participé un panel d’experts, des représentants de la société civile et de plusieurs gouvernements et qui avait abouti à un document rassembleur “la déclaration de Paris” dont l’importance est primordiale dans la présentation attendue en septembre prochain, à New York. La concrétisation de la Jive équivaudrait avant tout à une victoire diplomatique algérienne. Ce qui, évidemment, n’arrange pas les affaires des voisins de l’Ouest.  

L’épisode de la Tidjania
Également, ce forcing ne peut être anodin. Le roi Mohammed VI, avec sa politique de lobbying en Afrique, veut mettre de son côté tous les “atouts”. Son ambition d’étendre son influence sur l’Afrique n’est pas uniquement économique ou politique. La conquête du continent rime également avec l’aspect religieux.
C’est que la Tariqa âlawiya (qui a fêté son centenaire en 2009) a des milliers d’adeptes à travers le monde, et surtout en Afrique. Se l’approprier équivaudrait à mettre ses chapelets sur des territoires ciblés et ainsi suivre la locomotive lancée depuis le retour du royaume au sein de l’Union africaine.  
Le Maroc n’est pas à sa première tentative d’usurpation de Tariqa. Depuis longtemps il n’a cessé de convoiter la confrérie Tijania dont les représentants affirment avoir plus de 400 millions de disciples à travers le monde. Cette Tariqa, dont le siège historique se trouve à Aïn El Madhi (Laghouat), s’étend sur le continent africain, surtout au Sénégal (où ils représentent 51% des musulmans), en Mauritanie, ou encore au Soudan.
Une influence que le royaume a toujours voulu s’attribuer. Pour y parvenir la propagande est toujours actionnée. Dans toutes les rencontres internationales, qu’elles soient politiques, culturelles ou religieuses, les représentants du makhzen mettent le paquet pour insister sur la marocanité de la Tidjania, en mettant en relief le fait que le mausolée du fondateur de la Tariqa, Ahmed Tidjani (né à Aïn El Madhi en 1737 et décédé à Fès en 1815), se trouve sur son territoire.   

Batailles de patrimoines
Les armes de bataille utilisées par le Maroc concernent également la patrimoine culturel immatériel. Depuis quelques années, le royaume dispute à l’Algérie la paternité de la musique raï. Une bataille loin d’être négligeable, à tel point qu’elle s’est retrouvée sur les bureaux de l’Unesco. L’Algérie a déposé, en mars 2016, devant l’instance pour la culture de l’ONU, un dossier pour faire reconnaître le raï, comme “chant populaire algérien”, au patrimoine mondial de l'humanité.
Même le couscous et les ornements de caftans sont devenus des champs de bataille imposées essentiellement par le makhzen. Ce dernier, en quête perpétuelle d’“atouts” pour consolider son pouvoir, continue de falsifier l’histoire à son avantage. Pourtant, il suffit qu’il regarde du côté du Rif pour s’apercevoir, que depuis plusieurs semaines, l’Histoire, avec un grand H, est en train de s’écrire.

Salim KOUDIL


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