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A la une / Actualité

Un rapport de l’Institut Montaigne s’y intéresse

Algérie : une succession, deux scénarios

Siège de la présidence de la République. © D.R.

Les rédacteurs du rapport craignent, dans le pire des cas, des “affrontements entre les différents pôles de pouvoir” et anticipent, dans le meilleur des scénarios, un “non-événement”.

“Nouveau monde arabe, nouvelle politique arabe pour la France”, tel est l’intitulé du nouveau rapport de l’Institut Montaigne, un think tank proche des milieux d’affaires français. Ce document de 210 pages publié fin août consacre ainsi tout un paragraphe à “la succession à prévoir du président Bouteflika qui pourrait, dans le pire des cas, causer des affrontements entre les différents pôles de pouvoir (armée, services de renseignement, cadres du FLN, proches de l’ancien Président) et ainsi déstabiliser durablement le système algérien dans son ensemble. Mais, cette succession pourrait aussi être un non-événement : le pouvoir algérien, depuis 1962, a toujours réussi à se succéder à lui-même, malgré les coups d’État (Boumediene contre Ben Bella) et les assassinats (Mohamed Boudiaf)”. Proche du patronat français et du CAC 40, l'Institut Montaigne, une structure censée être indépendante et de droit privé, n’en est pas moins considérée par le journal Libération comme le “maître à penser” du président français Emmanuel Macron. D’orientation libérale, cet institut créé en 2000 par l’homme d'affaires français Claude Bébéar, fondateur du groupe Axa, propose ainsi son expertise sur les enjeux de long terme, notamment en matière de politiques publiques. Selon cette analyse, étayée par de nombreux chiffres, notamment ceux de l’OCDE, les migrants algériens représenteraient 59% du total des entrées en France trônant en haut du tableau. “L’immigration en France, d’hier et d’aujourd’hui, est donc principalement liée aux mondes arabe et turc, et principalement au Maghreb. Les premiers flux d’immigrés algériens (les plus importants de la région) vers la France métropolitaine, remontent au début du siècle dernier. Jusqu’aux années 1970, il s’agit surtout d’une immigration de travail, qui devient ensuite progressivement une immigration de regroupement familial”. Et c’est ainsi qu’en 2015, 15% des enfants d’immigrés en France seraient d’origine algérienne, est-il souligné dans cet exposé qui accorde tout un chapitre à ces “deux mondes qui s’interpénètrent et s’influencent mutuellement”.  

“L’Algérie, un cas d’école”
S’il est évoqué un recul certain de la francophonie particulièrement en Algérie, “l’influence culturelle” de la France, considérée comme un véritable atout justifiant un “investissement massif” dans la région, a fait l’objet d’une étude détaillée. “La langue française, entendue comme véhicule des idées et outil de commerce, forge indiscutablement cette identité commune entre les Français et une grande partie du monde arabe. Dans une région de 500 millions d’habitants, le français est pratiqué quotidiennement (c’est-à-dire dans la vie de tous les jours, dans la rue comme dans l’administration) par 33 millions de personnes. Héritage de l’histoire, les trois pays du Maghreb sont surreprésentés parmi les locuteurs du français et, selon l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), le Maroc, l’Algérie et la Tunisie regroupent 28 millions de francophones”. D’ailleurs, cette interpénétration avec le monde arabe est “avant tout franco-maghrébine”. Si l’Algérie fournit plus de migrants que le Maroc et la Tunisie durant ces dix dernières années, le nombre d’étudiants algériens en France en 2015-2016 est seulement de 22 660, bien loin des Marocains qui, eux, seraient 36 768, selon les indications fournies par Campus France.
En matière de transformation démographique et sociale, ce rapport note “la hausse soudaine de la fécondité en Algérie depuis 2005” qui s’expliquerait, selon lui, par “le poids pris par les islamistes” ou par “un effet retard de hausse de la fécondité” bien connu après les guerres comme le baby-boom en Europe après 1945. Le groupe de réflexion retient qu’en matière d’islamisation, “l’Algérie est un cas d’école”. “Confrontée aux prémices d’une transformation sociale très rapide dans les années 1980, une partie de la société a répondu par l’adhésion aux idées islamistes et, déjà, salafistes. La guerre civile qui a suivi était une guerre entre deux visions de la société. Et la paix obtenue par le président Bouteflika était fondée sur un compromis. Au prix du retour à la paix civile, elle a aussi permis aux islamistes hostiles aux transformations sociales de s’installer au cœur de la société”. Sur un autre plan, “le traumatisme de la décennie noire expliquerait l’atonie de la société algérienne face à un État sécuritaire très puissant, critiqué par beaucoup mais jamais sérieusement remis en cause depuis l’offensive islamiste au début des années 1990”.  

“Outils coercitifs” et “outils de ralliement”
“Dans le duel permanent qui l’oppose à son frère ennemi marocain, l’Algérie est souvent présentée comme étant le pays le plus instable de l’équation. Cela dit, malgré ses nombreuses vulnérabilités, notamment sur le plan économique, la relative stabilité que connaît l’Algérie tiendrait à un équilibre subtil entre redistribution de la rente pétrolière et contrôle de la société par un appareil sécuritaire extrêmement développé.” Sur ce point précis, le rapport est encore plus explicite. “Mais ces deux piliers de la stabilité de l’État algérien que sont la redistribution de la rente et le contrôle de la société par l’appareil de sécurité sont toujours fragiles. À l’instar des autres États rentiers, l’Algérie subit la chute des cours du pétrole, qui affectera ses capacités redistributives si elle dure trop longtemps. Aujourd’hui encore très peu endettée, l’Algérie peut faire perdurer son système économique encore quelques années. La principale menace qui pèse sur elle est moins connue : c’est l’épuisement de ses ressources gazières à l’horizon de dix ou quinze ans, ressources qu’elle comptait bien élargir de nouveau grâce au gaz de schiste. Mais, l’exploitation de ce dernier s’annonce plus complexe et plus incertaine que prévue. De nombreuses manifestations locales ont eu lieu pour s’opposer aux premiers forages : dans ce cas comme dans d’autres, les populations ne se laissent plus faire par leurs gouvernants.” Si les transformations démographiques et sociales sont souvent porteuses d’aspirations qui heurtent parfois les équilibres politiques et économiques préexistants, le système politique d’un pays peut apaiser ou exacerber les tensions qui en résultent. Ce postulat ainsi posé, le rapport qui fait référence à des “travaux scientifiques” passe en revue une série d’indicateurs comme “les outils coercitifs” qu’on aura compris comme “outils de répression et de contrôle du processus démocratique et des libertés publiques” et “les outils de ralliement” qui permettent au pouvoir politique d’“acheter la paix sociale” et de mobiliser par un discours fédérateur (nationaliste, religieux, fondé sur les menaces extérieures, etc.). Il s’agirait donc, à en croire ce cercle de réflexion, de “dictatures molles” dans le cas d’espèce, c'est-à-dire des “pays où le risque d’instabilité est le plus fort” et “qui ne sont ni les plus démocratiques — qui permettent de satisfaire la volonté d’expression de la population et d’institutionnaliser les conflits dans un cadre non violent — ni les plus autoritaires — qui se donnent les moyens d’écraser toute contestation —, mais ceux qui sont dans l’entre-deux, comme l’étaient, par exemple, les autocraties vieillissantes de Tunisie et d’Égypte renversées en 2011”.


Mohamed-Chérif Lachichi

 


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