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“Ce n’était pas de la violence politique, mais du terrorisme”

Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a passé la vitesse supérieure dans ce qui semble être un exercice de rattrapage du temps perdu.

Dans sa dernière sortie, un long passage à l’émission “Sur le fil” de la chaîne de télévision Canal Algérie, le chef de la diplomatie algérienne est remonté jusqu’à l’origine de la crise nationale des années 1990 pour rappeler aux “bonnes consciences” leur erreur épistémologique dans la définition et l’interprétation de cette dramatique crise qui n’avait rien de politique. “Il fut un temps où l'Algérie combattait seule le terrorisme et que beaucoup se complaisaient dans une manière de décrire la situation qui était tout à fait hors de propos et de proportions avec les défis que l'Algérie surmontait par ses propres moyens”, a-t-il dit.
Il a rappelé avec regret la vision des “autres” de la situation du pays à l’époque. “Je me souviens de ceux qui se référaient à la situation en Algérie comme étant de la violence politique plutôt que d'appeler les choses par leur nom et de parler de terrorisme. Il ne s'agit pas de personnes ou d'autorités qui ont péché par ignorance, mais délibérément pour diminuer de la valeur de ce que l'Algérie faisait de ce point de vue pour elle-même comme pour tout le reste de la communauté internationale”, a-t-il affirmé. Le temps aura, en fin de compte, donné raison à l’Algérie. Pour preuve, sa prolifération dans la région du Sahel que les opérations militaires n’ont pu que limiter. Aussi, a-t-il appelé les pays africains à fournir plus d’effort et de sacrifices financiers pour en venir à bout. L’apport de la communauté internationale doit se réduire, selon lui, à la technologie, au renseignement et à la formation. “Les États sont mis en demeure de mettre en synergie l'ensemble des institutions pour contribuer à la lutte et à la prévention contre le terrorisme, qui ne devraient pas relever uniquement du domaine de la diplomatie et de la défense”, a-t-il indiqué. Et le phénomène n’étant pas isolé — connexions avec d’autres crimes avérées —, le ministre a souligné l’importance d’impliquer d’autres secteurs étatiques pour faire face à ces ramifications criminelles transnationales à travers les systèmes financiers, la sécurité des frontières, le contrôle des documents de voyage, le narcotrafic et l’immigration clandestine. L’introduction d’autres mécanismes de lutte ira dans le sens de la mise en place d’un dispositif complet.
À la question concernant l’intervention étrangère au Mali et en République centrafricaine, la réponse de Lamamra est très mesurée. Lorsque l’intervention est sollicitée par un gouvernement et soutenue par l’UA,  “nous ne pouvons pas dire qu’il faut à tout prix la décourager”, dit-il, en nuançant sur les conséquences qui peuvent être insupportables. Il a précisé que des solutions africaines existent. Pour peu que tous les États y adhèrent.
Retour, également, sur l’affaire du drapeau profané au consulat algérien à Casablanca. Le MAE a déploré qu’il n’y ait pas eu d’excuses de la part du Maroc contrairement à la France qui a présenté “ses regrets” suite à la blague mal placée du président Hollande. Il a déploré la manière d’agir du Maroc en soulignant que, l’on soit d’accord ou pas avec un pays, la manière de le montrer n’est pas de s’en prendre à l’emblème national. “Il faut que nous apprenions à être en désaccord de manière civilisée”, dit-il. No comment ! Sous ce désaccord entretenu de manière sublime par le Maroc, il y a la question sahraouie.
Évidemment, la position algérienne déplait au royaume qui l’accuse de prendre parti pour le Front Polisario. Le soutien à la mission de Ross est perçu sous le même angle. Il a appelé à l’occasion à ce que le dossier sahraoui “soit pris à bras-le-corps avec un agenda de visites sur le terrain et de rencontres plus ambitieux et une combinaison de méthodes de travail”.
M. Lamamra expliquera, par ailleurs, la position algérienne sur les crises du monde arabe, notamment l’Égypte dont l’Algérie “comprend l’intérêt pour le continent africain”. Et concernant la décriée position, il a précisé que “la non-ingérence ne veut pas dire indifférence”. Il a également plaidé pour la réforme de la Ligue arabe. “Il y a nécessité de faire le point comme il y a nécessité de réformer la Ligue arabe”, dit-il, en révélant avoir eu des discussions en ce sens avec son secrétaire général, Nabil Al- Arabi.


D B