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Dans les anciens fiefs islamistes

“Oui j’ai voté !” crie Hakima, tout sourire. Elle pose avec fierté devant l’objectif de notre photographe son index noirci d’encre mis bien en évidence. “J’ai voté Bouteflika”, annonce cette quinquagénaire, venue accomplir son devoir citoyen accompagnée de deux de ses six enfants. “Que voulez-vous ? Nous ne sommes pas dupes, mais il a fait du bien pour ce pays. Maintenant, il est vieux et malade, alors laissons-le finir ce dernier mandat. C’est comme ça, on ne contrarie pas une personne âgée”, dit-elle pour expliquer son choix. Native de Bentalha, Hakima vit aujourd’hui à Blida, mais elle continue de voter dans sa localité d’origine. Pour parler de l’islamisme, elle baisse instinctivement d’un ton. “Ça va mieux aujourd’hui. Ce n’est plus comme avant. Il reste encore des islamistes à Bentalha, mais ils ne s’affichent plus de façon ostentatoire. Ils ne font plus la loi”, raconte-t-elle.  Il est plus de 15h à l’école primaire Abdelhamid-Ibn-Badis. Sur les 6 306 inscrits, 1 424 ont voté. Comme Hakima, de nombreuses femmes sont venues voter, en grande majorité pour “le raïs Bouteflika”, disent-elles. Beaucoup sont venues en famille, au grand bonheur de leurs enfants, fascinés par l’opération du vote. “Poses ça”, ordonne un chef de bureau à l’attention d’un bambin qui s’était jeté sur les bulletins pour imiter sa mère. Sous les réprimandes zélées du même chef de bureau, l’enfant joint, néanmoins, sa main à celle de sa mère pour glisser l’enveloppe dans l’urne. L’opération se déroule sous la surveillance d’un seul représentant de candidat, Boumaïche Ihssan, une jeune fille de 22 ans, habitant Baraki et qui représente le candidat Benflis. “Je soutiens Benflis depuis deux mois”, explique-t-elle. Une jeune militante sans aucune expérience du vote. “Ma mère et ma grande sœur ont voté Bouteflika”, regrette-t-elle. Prévenu de la présence de journalistes, le représentant du candidat Bouteflika se présente enfin. Abdelkarim Rebihi, 27 ans, participe, lui aussi, pour la première fois à une élection. “C’est Bouteflika, et puis c’est tout !” Ses arguments, il les puise de son histoire personnelle.  “J’ai tenté, à deux reprises, de quitter le pays illégalement et je me suis fait attraper, les deux fois, par les gardes-côtes. Bouteflika est le seul à penser aux jeunes. J’ai pu faire une formation de soudeur et là, mon dossier Ansej a été accepté. On m’a dit que le matériel me sera livré après les élections inch’Allah”, raconte-t-il. “L’État de Bouteflika nous aide beaucoup : mon frère a eu un logement, ma belle-mère a réalisé son projet grâce à la Cnac… Que Dieu le garde en bonne santé”, a-t-il ajouté. Dans chacun des bureaux de vote visités à Bentalha, seuls les candidats Bouteflika et Benflis étaient représentés. Toujours par des jeunes sans expérience ni engagement politique. “Je touche 4 500 DA pour la journée, en plus du congé payé que l’on m’a accordé au travail”, se réjouit Walid. C’est également, pour lui, l’occasion de se retrouver avec ses amis, dans l’école primaire Raïs 1, qu’ils fréquentaient lorsqu’ils étaient enfants. Ces jeunes ont regardé et vécu l’horreur du terrorisme islamiste et en gardent les traumatismes inhérents. Fouzi, par exemple, derrière ses lunettes noires et sa coupe de cheveux “fashion”, sous son air “cool”  et désinvolte, se cache un drame trahi par une effrayante cicatrice qui sillonne l’arrière et le dessus de son crane. Il prétend avoir fait un accident de voiture mais Walid déroule l’histoire après le départ de son ami d’enfance. “Sa famille a été attaquée, Fouzi a reçu un coup de hache à la tête. Son oncle l’a emmené en Angleterre où il a été soigné et où il vit encore aujourd’hui”, raconte-t-il. Fouzi n’a pas voté mais Walid et les autres jeunes présents pour l’organisation du vote l’ont fait. De même pour les dizaines d’employés municipaux, de directeurs et d’employés des écoles qui ont été mobilisés pour l’occasion. À Bentalha, Sidi-Moussa comme à Raïs, le vote, qui n’a pas suscité l’adhésion populaire, a été placé sous haute surveillance. Le temps de cette élection, les barrages, les véhicules blindés, les policiers et gendarmes en gilets pare-balles ont imposé l’ordre à une population déjà craintive.


A H