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Après les pluies de samedi

De graves défaillances mises à nu à Oran

D.R

Ce dimanche, Mers El Kebir, probablement l’une des localités les plus touchées par les intempéries, était encore interdite d’accès par un lac qui s’était formé à l’entrée de l’agglomération, en face de la base navale.

Les pluies orageuses qui se sont abattues sur la wilaya d’Oran, durant la nuit de samedi à dimanche, ont provoqué au moins le décès d’une personne, alors que des dégâts matériels considérables ont été enregistrés.

La victime, une petite fille de 18 mois, prénommée Alaa, est décédée suite à la chute d’un mur du domicile familial situé  dans le quartier de Aïn Khedidja, commune de Mers El Kebir. Sa mère a également été blessée par l’effondrement et toutes les deux ont été évacuées à l’hôpital d’Aïn Türck par les services de la protection civile qui ont communiqué l’information.

Durant toute la nuit, des vidéos et photos étaient partagées sur les réseaux sociaux par les habitants de «Batimate Taliane» à Seddikia, Sidi El Bachir et d’autres quartiers touchés par les inondations. On y voyait des trombes d’eau de pluie dévaler des ruelles, des maisons inondées et des hommes et des femmes impuissants face à la colère de la nature: «Regardez ce qui nous arrive pendant que vous prenez tranquillement votre f’tour», criait un jeune homme en montrant des voisins enfoncés dans l’eau jusqu’à la taille.

D’autres images montraient la toute nouvelle trémie, construite sur la 4e Rocade à proximité du village olympique, carrément inondée par les eaux pluviales.

"Nous n'avons pas fermé l'oeil de la nuit"

Ce dimanche, Mers El Kebir, probablement l’une des localités les plus touchées par les intempéries, était interdite d’accès par un lac qui s’était formé à l’entrée de l’agglomération, en face de la base navale.

 Une Peugeot 405 grise immobilisée au milieu de la large nappe décourageait les automobilistes obligés de rebrousser chemin. Quelques dizaines de mètres plus loin, en contrebas du quartier Dadayoum, quatre pneus en flamme traduisaient la colère de six familles dont les maisons ont été quasiment dévastées par un oued en crue : «Nous venions à peine de rompre le jeûne quand la porte de la maison a littéralement volé en éclats sous la force des eaux. Nous avons juste eu le temps de nous réfugier dans le logement d’en haut», relate Arab tandis que sa mère, sans doute une septuagénaire, éclate en larmes.

A l’intérieur des habitations, qui abritent une vingtaine de personnes dont des enfants en bas âge, c’est l’apocalypse: le parquet est recouvert d’une épaisse couche de boue, les ustensiles de cuisines sont entassées sur un meuble dans la cour, matelas, couvertures et oreillers encore trempés attendent un soleil qui n’émerge pas, alors que de ce qui fut un mur de séparation entre deux pièces ne réside que des blocs de pierres éparpillés et par-ci et par-là.

«Les eaux se sont infiltrées partout, nous n’avons pas encore réussi à fermer l’œil de la nuit», se lamente la jeune épouse de Arab en appelant les autorités à tenir leurs engagements «ne serait-ce que pour ces enfants qui imploraient Dieu en pleurant tandis que les orages ébranlaient les murs».

"Des promesses non tenues"

Les familles Arab et Maati affirment, en effet, que le maire de Mers El Kebir, tout comme l’ancien wali, Mouloud Cherifi, avaient promis de les reloger dans les plus brefs délais: «Ils sont au courant de notre lamentable situation et se sont engagés à nous reloger. Mais rien n’a été fait jusqu’à aujourd’hui», déplore Arab dont la fille aînée, âgée d’une dizaine d’années, «avait failli être emportée par une crue, il y a quelques années. Elle a eu la vie sauve grâce à des militaires de la base marine».

Le cas des familles Arab et Maati n’est pas isolé, loin s’en faut dans une wilaya où,  malgré la construction de centaines de cités et des dizaines de milliers de logements, des familles entières vivent encore dans la peur des intempéries. A Mers El-Kébir mais aussi à Oran (Sidi El Bachir, El Hamri, Derb, Gambetta, Sidi El Houari…) et les communes limitrophes comme Sénia, Aïn El Beïda ou Sidi Chami où chaque averse chasse les familles de chez eux.

Des manifestations de colères sont ainsi régulièrement organisées par des citoyens qui demandent un logement décent pour vivre sans sursauter à chaque grondement d’orage. Les novelles cités, construites ces vingt dernières années, ne sont pas mieux loties puisque les habitants déplorent des vices de constructions entrainant souvent des infiltrations, parfois des effondrements de plafond comme cela a été signalé, il y a quelques mois, dans la nouvelles cités d’Oued Tlélat.

«Un jour ou l’autre, il faudra se pencher sur le dossier habitat et mettre chacun devant ses responsabilités», avertissent des victimes touchées par les inondations. 

"Les nouvelles infrastructures n'ont pas été épargnées" 

Les pluies de la nuit de samedi à dimanche ont également révélé les graves défaillances dans la construction des nouvelles routes et du système d’évacuation des eaux pluviales. S’il est admis que dans les anciens quartiers, les canalisations sont rapidement obstruées, les eaux de pluies formant rapidement d’impressionnantes mares, il apparaît que les routes, trémies et ronds-points nouvellement réalisés, présentent des anomalies qui conduisent presque au même résultat.

Avant-hier soir, une vieille ruelle située à proximité de l’APC d’Oran s’était transformée en piscine, et la nouvelle trémie du complexe olympique était pratiquement noyée, à telle point que la circulation y était interdite aux premières heures de la journée.

Le même constat a été fait dans plusieurs zones de la capitale de l’Ouest qui, malgré des sommes d’argent colossales dépensées dans des programmes de développement urbain, ne parvient toujours pas à se débarrasser de ses tares : «Les responsables changent mais le système est le même. Comment voulez-vous que la situation s’améliore pour nous ?», s’interroge encore un Oranais pour lequel tous les dirigeants qui se sont succédé à Oran ont leur part de responsabilité, tant il est vrai que la wilaya retombe toujours dans les mêmes travers.  

Samir Ould Ali


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