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Commerce de la brocante et des antiquités

Des trésors dans des échoppes de bric-à-brac

Hadj Hamou Nacer, brocanteur spécialisé dans le cuivre algérien, dans sa boutique. © Louiza Ammi/Liberté

De la quincaillerie et des meubles d’occasion sont souvent entreposés à côté de quelques articles de valeur. Les brocantes de luxe n’ont presque plus de clientèle. 

“Je vais bientôt fermer. Je me reconvertis dans le commerce de vêtements et de cosmétiques. Je garderai ma marchandise pour des jours meilleurs”, annonce, d’une voix râleuse, Hadj Hamou Nacer, brocanteur spécialisé dans le cuivre algérien. Il se prépare à renoncer à une passion héritée de son défunt père, avec regret et amertume. “J’ai 58 ans. J’ai grandi dans ce magasin. Mon père m’a initié au polissage du cuivre à l’âge de 14 ans”, révèle-t-il. Dans l’arrière-boutique, il nous montre un plateau en cuivre couvert de ternissures, son matériel de polissage et quelques ouvrages sur la dinanderie. Il connaît l’histoire de chaque ustensile exposé dans son échoppe, au Telemly. Des samovars, des braseros, des anguillères, des cafetières, des plateaux ciselés, des fanous (lanternes mauresques), des lave-mains traditionnels, des chaudrons… occupent chaque parcelle du lieu, transformé en caverne d’Ali Baba. Ces objets séculaires, à usage domestique, sont fortement recherchés par les touristes étrangers et les chineurs, mais aussi des hauts cadres de l’État, qui les acquièrent pour conférer à des espaces de réception (siège de la wilaya d’Alger, grands hôtels, résidences d’État) une décoration mauresque.  “Cette clientèle se fait de plus en plus rare”, relève Hadj Hamou Nacer. Du bout des lèvres, il explique le déclin de son commerce par le Hirak, qui a conduit à l’emprisonnement de nombreux hauts responsables de l’État. La situation s’est exacerbée avec la crise sanitaire. L’homme n’a vendu aucun article depuis le mois de février. La valeur marchande de ses produits (de 8000 DA la cafetière à plus de 75 000 le miroir en bois incrusté de cuivre et de laiton) est nettement supérieure au pouvoir d’achat du commun des citoyens.  

Dans une brocante à Tixeraïne, des meubles de style colonial (XIXe siècle notamment) et art-et-déco (mouvement artistique apparu après la Première Guerre mondiale), des statuettes en bronze, des horloges anciennes, des tableaux, des lustres… sont proposés à la vente contre des sommes rondelettes. “Nous achetons nos articles auprès de particuliers. Certains les liquident, d’autres connaissent leur valeur historique et les cèdent à des prix élevés”, justifie le gérant du magasin. “Il faut ajouter au prix d’achat les frais de remise en état de nos acquisitions”, ajoute-t-il. Les mobiliers en bois sont restaurés dans un atelier annexe, par des apprentis formés en “autodidacte”. Le commerçant confie certaines tâches laborieuses à des artisans spécialisés dans le travail de la feuille d’or, la fonte, la peinture sur bois… “Nous avons de plus en plus du mal à trouver de belles pièces”, confesse-t-il. Ses propos sont corroborés par un autre vendeur d’objets et de meubles anciens, installé à Douéra. Dans ce nouveau quartier des hauteurs d’Alger, une venelle entière était dédiée au commerce de l’ancien. Sur la dizaine qui la longeait de part et d’autre, à peine quatre magasins ont conservé leur vocation. Deux d’entre eux entreposent de la quincaillerie (lave-linge, micro-ondes, réfrigérateurs d’occasion) à côté de quelques articles de valeur. Les temps sont durs. Les œuvres d’art ne se vendent presque plus. 

La rue Oued-Kniss au Ruisseau a quasiment perdu, en conséquence, sa réputation de carrefour des brocanteurs et des antiquaires dans l’Algérois. Dans les boutiques, qui la bordent, on trouve davantage de biens d’occasion et de récupération que de l’ancien. “Les meubles et objets du XIXe siècles, très prisés, ne sont plus disponibles. Nous trouvons encore des articles du début des années 1900”, rapporte Abderrahmane, vendeur. Son voisin précise que le registre du commerce ne porte pas la mention de brocante ou antiquaire. Il est inscrit à la Chambre de commerce dans la catégorie “vente de meubles d’occasion et restauration de mobilier et d’objets anciens”.

L’activité est davantage assimilée à un commerce de bric-à-brac. “Il y a trois ans, nous avons demandé au ministère de la Culture d’autoriser les marchés aux puces. Nous n’avons reçu aucune réponse. Notre présence dans ces lieux est menacée. Des rumeurs courent sur la démolition de toutes les boutiques pour un projet d’utilité publique”, nous raconte-t-on. Plusieurs commerces ont déjà été délocalisés pour la réalisation d’une station de métro. “C’est dommage. Je préfère acheter un meuble ancien en bois massif qu’un autre en bois rouge ou en mélamine, mais plus cher”, témoigne un client. Il convoite une coiffeuse vintage. Elle est affichée à 15 000 DA. Il la marchande à 10 000 DA.  Les brocanteurs ne sont pas formés dans un établissement homologué. Ils exercent le métier par empirisme, à la traditionnelle. Ils récupèrent des biens mis en vente par des citoyens lors du partage d’un héritage ou d’un déménagement et lui attribuent une valeur marchande. Aucune loi n’interdit les transactions commerciales sur des biens anciens. Samir Belkacemi, directeur de l’inventaire, de la conservation et de la maintenance à l’Office national de gestion et de conservation des biens culturels, met, néanmoins, en garde, contre le risque de se retrouver par inadvertance en face d’un objet d’archéologie. Dans ce cas-là, le garder sans le déclarer aux services compétents constitue une entorse à la loi 04-98 relative à la protection du patrimoine culturel.

Dans son article 50, l’édit énumère les biens culturels mobiliers susceptibles d’être classés patrimoine protégé : des peintures et des dessins faits entièrement à la main, des estampes originales, des affiches, des photographies, des sculptures,  des objets d’art appliqué dans le verre, la céramique, le métal, le bois… les objets d’intérêt numismatique (médailles et monnaies) ou philatélique, les documents d’archives (manuscrits, cartes, photographies, films cinématographiques, enregistrements sonores, documents lisibles par machine à écrire)… Des objets pareils ont été abandonnés par les colons français dans les biens vacants, occupés par les Algériens après l’indépendance. Ils n’ont pas été récupérés par les organismes habilités de l’État, qui ne savent pas où les chercher. Pourtant, des trésors sont cachés, sans aucun doute, dans les chaumières et chez les brocanteurs. “La brocante est un commerce qui échappe au contrôle”, affirme M. Dahdouh, directeur général de l’OGBC (Office de gestion des biens culturels). “L’office est responsable du patrimoine classé. Il n’a pas la prérogative de contrôle sur les biens non répertoriés”, précise notre interlocuteur. Des brigades spéciales de la Gendarmerie nationale, de la Sûreté nationale et des Douanes, ainsi que des commissions du département de tutelle s’échinent à démanteler les réseaux de trafic des œuvres d’art et objets archéologiques. Ceux qui proviennent de “fouilles clandestines ou programmées, de découvertes fortuites anciennes ou récentes” sont la propriété de l’État. Ils ne sont pas cessibles. Les objets détenus par des particuliers peuvent être échangés dans le cadre d’une transaction commerciale, mais sous condition.

Souhila Hammadi  


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