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LA TURQUIE RAPPELLE À LA FRANCE SES CRIMES COLONIAUX

Erdogan, Sarkozy et le génocide algérien

La décision de l’Assemblée française a fait réagir le Premier ministre turc qui, en des termes crus, conseille à la France de reconnaître son “génocide” en Algérie. La colère d’Ankara est telle que la crise diplomatique entre les deux pays est bien entamée.

C’est l’escalade entre Paris et Ankara sur fond de règlements de comptes historiques. Le dossier arménien, longtemps agité par la France contre la Turquie, a finalement franchi le pas de l’Assemblée française qui a attribué “le génocide arménien” à la Turquie. Cette même assemblée qui avait approuvé, il y a quelques années, une loi glorifiant “les bienfaits de la colonisation française”. La décision de l’Assemblée française a fait réagir le Premier ministre turc qui, en des termes crus, conseille à la France de reconnaître son “génocide” en Algérie. La colère d’Ankara est telle que la crise diplomatique entre les deux pays est bien entamée, avec le rappel de l’ambassadeur turc à Paris. Une réaction qui n’est pas sans conséquence sur les relations entre les deux pays, mais au-delà des relations de la France avec le monde arabe et musulman, sachant le poids sans cesse grandissant de la Turquie. Du coup, Paris envoie son chef de la diplomatie, en pompier, pour tenter de limiter les dégâts. Tout en appelant à “la retenue” et au “sang-froid”, Alain Juppé a reconnu vendredi que la loi adoptée par le Parlement de son pays “n’était pas opportune”, tout en appelant à reprendre “des relations apaisées. Ce sera difficile, j’en ai conscience, mais le temps fera son œuvre”.
Il est vrai que Recep Tayyip Erdogan n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour “rendre sa monnaie” à la France. En effet, le Premier ministre turc a affirmé vendredi qu’“on estime que 15% de la population algérienne ont été massacrés par les Français à partir de 1945. Il s'agit d'un génocide”, a-t-il déclaré en conférence de presse. Et d’enfoncer le clou : “Si le président Sarkozy ne sait pas qu’il y a eu génocide, il peut demander à son père, Pal Sarkozy (…) qui a été légionnaire en Algérie durant les années 40 (...) Je suis sûr qu’il a beaucoup de choses à dire à son fils sur les massacres commis par les Français en Algérie.”
Pour lui, le texte voté par l’Assemblée française relève d’une politique fondée sur le racisme, la discrimination et la xénophobie “à l’égard des Turcs et des musulmans”. Pour rappel, la France s’est toujours opposée à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne pour “des motifs culturels et religieux”.
La guerre des mots entre Paris et Ankara se déplace sur le terrain algérien et fait remonter à la surface l’exigence de repentance, ou du moins la reconnaissance officielle par la France de ses crimes commis en Algérie. Vendredi, le porte-parole du FLN, Kassa Aïssa, a estimé que le Premier ministre turc n’a fait qu’exprimer “une exigence historique” de l’Algérie. Dans une déclaration à l’AFP, le porte-parole du FLN a rappelé que son parti “n’a jamais cessé de réclamer la reconnaissance par la France de ses crimes commis durant la colonisation”. Pour lui, “la France a reconnu le génocide arménien. Pourquoi n’en fait-elle pas autant pour le génocide algérien ?” s’est demandé Kassa Aïssa. Officiellement, Paris ne veut pas parler de repentance s’agissant de son passé colonial en Algérie, même si le président Sarkozy avait consenti à lâcher que “le système colonial était injuste par sa nature” lors de sa visite à Alger en 2007. Mais il avait refusé toute idée de repentance.
Ses chefs de diplomatie successifs se sont montrés plus irrités en abordant la question avec leurs homologues algériens. Si Alain Juppé avait appelé à “ne pas ressasser indéfiniment” le passé colonial, son prédécesseur, Bernard Kouchner avait, quant lui, estimé que tant que la génération de Novembre était au pouvoir en Algérie, les relations entre les deux pays ne seraient pas normalisées.
Même si, officiellement, Alger n’a pas voulu envenimer davantage les relations avec Paris, en mettant en veilleuse la proposition de loi criminalisant le colonialisme déposée par un groupe de députés, il n’en demeure pas moins que cette proposition de loi pourrait à tout moment être dépoussiérée.
Azzeddine Bensouiah