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Jean Glavany, rapporteur de la mission parlementaire d’information sur le Maghreb

“Il y a de grands points d’interrogation pour l’avenir”

©D. R.

Dans cet entretien, l’ex-ministre et membre (PS) de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française clarifie ses dernières déclarations concernant la situation politique en Algérie, les relations de cette dernière avec la France ainsi que la coopération des deux pays dans la lutte antiterroriste.

Liberté : Vos commentaires assez détonants, la semaine dernière, sur le contenu du rapport de la mission d’information parlementaire sur la France et le Maghreb, que vous avez élaboré en compagnie de votre collègue du parti Les Républicains, Guy Tessier, ont-ils suscité des réactions de l’autre côté de la Méditerranée ?
Jean Glavany :
Il n’y a eu aucune réaction officielle à ma connaissance. Je pense que les gouvernements maghrébins sont composés de gens sérieux qui attendront que le rapport soit publié dans son intégralité pour regarder ce qu’il y a dedans. Ce qui compte est ce qui y est écrit, et non pas les commentaires.

Au cours de votre conférence de presse, vous vous êtes dit frappé par le fait que “tout tourne autour des hommes et de leur fragilité”, en évoquant la vieillesse et la maladie des dirigeants du Maghreb. Pouvez-vous préciser votre pensée ?
J’ai voulu dire que ces trois pays centraux du Maghreb, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, sont dans une situation politique fragile qui mérite d’être confortée, y compris parce que cette situation repose sur des tensions politiques, économiques et sociales. Ces pays sont à la croisée des chemins. Ils sont dirigés par des hommes, mortels comme nous tous, mais qui sont, soit âgés, soit malades. Il y a de grands points d’interrogation pour l’avenir. L’état de santé des dirigeants pèse sur cette fragilité dont j’ai parlé. Dans mon propos, il n’était surtout pas question de faire des attaques personnelles, surtout que je respecte certains dirigeants du Maghreb profondément.

Qui, en particulier ?
Je pense notamment au roi du Maroc qui a tenu en août dernier un discours sur l’islam radical. Dans mon rapport écrit, je dis des choses extrêmement élogieuses sur ce discours et je dis également ma critique à l’égard de la presse française et occidentale qui ne l’a pas relevé alors qu’il s’agissait d’un acte politique majeur. Vous voyez donc que mon propos est plus équilibré que certains commentateurs veulent le dire.

Justement, vos propos au sujet de l’Algérie ont été particulièrement sévères, en évoquant notamment l’hostilité dans le gouvernement à l’égard de la France…
Je n’ai pas dit cela. J’ai dit qu’il y avait au sein du gouvernement algérien des personnes en particulier qui ont une attitude très anti-française. Ils ne sont pas nombreux, mais ils existent. Il y a aussi, au sein du gouvernement, des gens qui sont des alliés de la France et avec lesquels nous travaillons en excellents termes. La situation est plus complexe que cela. Encore une fois, je n’ai pas dit que le gouvernement algérien dans son ensemble et sans distinction rejetait la France, mais il y a en son sein des personnalités qui ont une attitude extrêmement agressive à l’égard de la France.

À votre avis, quel est le courant majoritaire actuellement dans le gouvernement algérien, le pro ou l’anti-français ?
Je suis incapable de vous le dire. Je pense et j’espère que le courant anti-français n’est pas majoritaire. Mais je ne peux pas m’engager sur une évaluation que je ne connais pas.

Un des points faibles dans la relation entre la France et l’Algérie dont vous avez parlé concerne la coopération dans la lutte contre le terrorisme. Cela contredit totalement le discours officiel dans ce domaine…
Pour ma part, je vois les choses de manière pragmatique et concrète et non pas d’une manière théorique. Ce que j’ai dit est que globalement, la coopération bilatérale entre les services français et maghrébins était bonne, voire très bonne, mais qu’elle était sûrement perfectible. J’ai pris l’exemple de l’Algérie, en disant qu’effectivement, lorsque les soldats français de la force Barkhane pourchassent des terroristes et que ceux-ci se mettent à l’abri derrière la frontière algérienne, on a des problèmes de communication simples. On n’arrive pas à joindre le bon numéro de téléphone pour prévenir les autorités militaires algériennes de ce franchissement et signaler les groupes terroristes. Il y a encore des progrès à faire.

Comment voyez-vous l’avenir des rapports franco-algériens, en tenant compte de tous les points négatifs que vous venez de citer ?
Notre rapport constitue justement un plaidoyer en faveur de relations prioritaires avec l’Algérie et les autres pays du Maghreb. Je pense que la France et plus globalement l’Europe doivent s’investir davantage dans le développement harmonieux de leurs relations avec cette région. Nous devons faire tous les efforts possibles pour que la coopération, politique, économique, sécuritaire et culturelle soit encouragée. C’est d’ailleurs la principale motivation du rapport.
Nous partageons au sein de la Commission des affaires étrangères, droite et gauche réunies, le sentiment qu’il y a au Maghreb un enjeu majeur pour la France et l’Europe et que notre intérêt objectif consiste à approfondir nos connaissances sur cette région. C’est un pari très volontariste de la commission.

Il existe, dans le cas de l’Algérie, un profond désaccord sur les questions de la mémoire. Êtes-vous optimiste quant à un règlement du problème ?
Cette question est centrale dans le rapport. Même si beaucoup d’Algériens, des responsables politiques et culturels me disent que le temps passant, il y a une nouvelle génération d’Algériens qui donne moins d’importance à ce sujet d’histoire, il reste que celui-ci demeure délicat et sensible et que toute initiative qui va dans le sens de l’apaisement et de la réconciliation doit être encouragée. C’est un sujet qu’il ne faut pas fuir mais au contraire aborder avec courage.

Propos recueillis à Paris par : Samia Lokmane-Khelil



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