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Actualité Mardi, 31 Décembre 2013 09:50 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Kamel Benkoussa, candidat à la présidentielle, hier au forum de “Liberté”

“Je veux instaurer une nouvelle république”

Par : Mohamed-Chérif LACHICHI

Avec plusieurs candidatures dites “atypiques”, la prochaine élection présidentielle promet d’être une joute très colorée.  

“Ce qui me pousse à me présenter, c’est mon courage d’Algérien. Je veux apporter mon expertise et ma compétence.” Voilà ce qu’a déclaré, hier, Kamel Benkoussa, candidat à la prochaine élection présidentielle et invité du Forum de Liberté. Âgé de 41 ans, ce natif de Charleville-Mézières en France est un expert financier qui a notamment exercé à la City de Londres en qualité de Senior Trader pour le compte d’un grand fonds d’investissement. Il fait partie de ces candidats à la magistrature suprême qui proviennent de la diaspora algérienne.
Une nouveauté qu’il tente d’expliquer à sa manière : “Alors que les Algériens veulent partir, moi, je reviens.” Il avancera même le chiffre de 29% d’Algériens qui voudraient, selon lui quitter, l’Algérie.
Devant les interrogations face à cette importante proportion d’Algériens “déserteurs”, il rétorque que ce chiffre a été analysé et même commenté. “Quand on vit loin de l’Algérie, on la regarde de plus près. Pour ma part, je suis très au fait de ce que vit l’Algérie, mon pays pour lequel je suis porteur d’un projet.”
Et le constat qu’il en fait est, pour ainsi dire, sans appel : il évoque “une situation délétère, un pays sous-géré, une économie dépendante, un débat politique inexistant, sinon très pauvre, une société déstructurée qui a besoin de reprendre confiance”.
Face aux arguments de ses détracteurs dont il dit en avoir conscience, Benkoussa rétorque tout simplement qu’il est Algérien : “J’ai un passeport algérien. Dois-je présenter aussi l’attestation communale de mon grand-père, moudjahid, ou me faudrait-il alors une prise de sang pour prouver ma compétence, mon amour du pays et de son peuple ?” Mais est-il finalement un lièvre ? Un candidat-alibi pour cautionner une élection courue d’avance ? “J’irai jusqu’au bout. 2014 n’est qu’une étape.”  C’est pour lui   le début d’une longue histoire.
Benkoussa dit s’inscrire, ainsi, dans la durée et  dans le droit fil de “l’histoire de ces gens qui se sont battus pour notre liberté”.  “Il faut que chacun puisse apporter sa pierre. Beaucoup d’Algériens veulent venir travailler dans leur pays d’origine pour participer à la construction de la nouvelle Algérie”, révèle-t-il.
Déclinant, par ailleurs, les grands axes de son programme, le candidat commencera, d’emblée, par la refonte de l’État, un chantier qui, semble-t-il, lui tient vraiment à cœur. Il préconise, ainsi, l’avènement d’une “nouvelle république” qui puisse permettre à chaque citoyen de se retrouver dans un pacte national. “Il faut rappeler que dans l’équation, le peuple est la donnée principale.” Pour Benkoussa, il est surtout question de changer les activités des acteurs et des institutions. “Il faut remettre le citoyen au centre du processus de décision.” Il appelle également à la réconciliation du citoyen avec l’État.
La modernisation de l’administration passe, d’après lui, par la décentralisation et la déconcentration d’Alger, la capitale du plus grand pays d’Afrique, un pays hypercentralisé. Il s’agit, selon lui, d’œuvrer à un plus grand équilibre régional.
Pour l’équilibre des pouvoirs, il prévoit dans son programme électoral que le wali puisse agir indépendamment du pouvoir politique. Il dénie, par ailleurs, au pouvoir exécutif le droit de s’immiscer dans les affaires de la justice : “Quand nos parents et nos grands-parents se sont donnés pour ce pays, il n’y avait pas d’échelles de valeur. Ils étaient tous égaux devant la justice ou plutôt l’injustice.” Pour lui, le juge doit être absolument indépendant. Quant à l’opportunité d’une Assemblée constituante, pour lui, cette instance rappelle de mauvais souvenirs aux Algériens. “Ce qui m’intéresse moi, c’est que les acteurs concernés soient impliqués et qu’ils puissent dialoguer.” Pour lui, l’État doit avoir la force de ses convictions et doit édicter des décisions éclairées : “Certes, il revient à l’État de trancher certaines questions mais il doit savoir d’abord écouter.” Revenant à son domaine de compétence, Benkoussa parle véritablement d’une “impasse économique et sociale” : “Avec la baisse des revenus des hydrocarbures, le pays accuse actuellement un déficit budgétaire de 18%. Ce qui est énorme.”
Pour lui, l’industrie, “la force motrice de l’après-pétrole”, devrait vite prendre le relais des hydrocarbures. “Il faut vite réindustrialiser ce pays et y créer de la richesse.”
Il regrette, ainsi, que le secteur industriel stagne aujourd’hui à 5% du PIB, alors que dans les années 70, il contribuait à plus de 20%.
Et si le tissu industriel algérien est, aujourd’hui, réduit à sa plus simple signification, c’est parce que, selon lui, des plans sociaux ont financé l’importation. “Il s’agit de traiter l’Algérien dans sa dignité et non pas lui demander de toucher des subventions et de se taire ensuite. Car si l’Algérie est un pays jeune, toujours en train de se construire, le peuple algérien n’est pas un enfant. Il ne faut attendre rien et de personne.” Pour lui, les revenus des hydrocarbures doivent être affectés selon une décision politique, mais toujours avec “un impact escompté et mesuré”.

La Singapour de l’Afrique

Dans son programme économique, Benkoussa envisage de placer l’entreprise au cœur du dispositif. Il fera valoir que l’article 35 de la Constitution prévoit une liberté d’investissement alors que l’Algérie a, selon lui, rétrogradé dans ce domaine. “En 1993, un porteur de projet déposait un dossier d’investissement ou de construction, et si au bout de 3 mois, l’administration ne lui a pas répondu, il pouvait considérer son projet comme approuvé. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pareil pour le réinvestissement des dividendes qui était taxé à 5% et à 45% pour les dividendes distribuées. Aujourd’hui, le taux a été ramené à 19% sans distinction.”
Il évoquera sur ce chapitre les difficultés de l’accès au foncier dont le mode d’attribution actuel est spéculatif, de l’accès au financement de 6 banques publiques qui drainent, à elles seules,  plus de 90% de l’épargne et qui ne prêtent pas. Dans l’élan de diversification de l’économie nationale, il entend aider les entrepreneurs algériens à structurer leurs investissements. Sur ce point précis, Kamel Benkoussa, qui a eu à exercer dans des salles de marchés, a des idées de placement judicieux : “On peut multiplier la richesse de l’Algérie par 5 en cinq ans”, promet-il. Son modus operandi consisterait alors à lancer des projets structurants, “des projets novateurs pour le pays, la région, l’Afrique et même pour le bassin méditerranéen”. D’après lui, l’Algérie est une solution pour beaucoup de pays, notamment pour limiter les flux migratoires. La  crise économique en Europe est, pour lui, une opportunité. Parmi ses priorités, il faut absolument désengorger le Nord de l’Algérie pour que notre pays puisse se tourner vers son flanc sud. Il envisage, ainsi, de lancer la construction d’infrastructures portuaires, de nouvelles villes, des lignes ferroviaires qui iraient jusqu’au Congo en passant par le Nigeria. “Ce sont des projets à haut rendement car la croissance est en Afrique, en Algérie. Et pas ailleurs.” Quant à la faisabilité de cette ambition, pour lui, l’Algérie a tous les atouts pour y parvenir. “Ce rêve qui n’en est pas vraiment un est tout à fait accessible.” Pour Benkoussa, l’Algérie peut être un sérieux moteur de croissance et un facteur d’intégration régional, continental et même au-delà : “Je veux faire de l’Algérie la Singapour de l’Afrique. Et ce ne sont pas des paroles en l’air, mais des mots mûrement, pesés, travaillés, réfléchis…”, assure-t-il.
Abordant la politique étrangère de l’Algérie, l’orateur rappelle qu’après l’Indépendance du pays, l’Algérie était devenue “une référence” en matière diplomatique. “Il y avait des conférences d’ambassadeurs qui permettaient alors un partage d’expérience afin de mieux connaître le monde.” Sur ce chapitre, Benkoussa s’est vu interpeller au sujet de la blague de François Hollande débitée devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Sa réponse est toute trouvée : “Le président français n’hésite pas à nous insulter. Quand on évoque l’insécurité en Algérie, on veut parler d’un peuple terroriste, un peuple indiscipliné et incapable de vivre de manière pacifique. Derrière le comportement de François Hollande, il y a un abandon de l’image de l’Algérie indépendante.” Il ne manquera pas alors de rendre un vibrant hommage au président Liamine Zeroual, “un  homme d’honneur” qui avait fait face à des enjeux majeurs en Algérie. “Pour défendre la nation, il nous faut un État fort. Et si nous sommes faibles aujourd’hui, c’est parce que nos  dirigeants ne sont pas à la hauteur. Il faut redonner sa grandeur à l’Algéri.” Interrogé sur l’éventualité d’un quatrième mandat pour l’actuel locataire d’El-Mouradia, Benkoussa préfère parler d’abord de “la santé de l’Algérie”. Quant à Bouteflika, c’est pour lui, un “homme malade” qui a apporté, peut-être, des choses au pays, mais qui a aussi failli : “Il a, certes, un bilan à défendre tout comme il a le droit de se présenter. Mais pour notre part, nous avons surtout une vision d’avenir à proposer.”


M.-C. L.

 

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