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Alors que l’institution souffrait d’un déficit de crédibilité

Justice : un retour en grâce raté

L’indépendance des magistrats, une chimère. © Billel Zehani/Liberté

Sur les réseaux sociaux, les Algériens portent des jugements sévères sur les magistrats, réduisant leurs préoccupations à l’aspect pécuniaire.

Hier sur les réseaux sociaux, la reprise de l’activité judiciaire ne constituait plus un fait saillant. Pourtant, la veille, à l’annonce de la suspension de la grève des magistrats par le président de leur Syndicat, Issad Mabrouk, des commentaires, tantôt ironiques tantôt acerbes, ont inondé la Toile. “J’espère que les autres syndicats grévistes ne vont pas nous faire le même coup que les magistrats” ; “Le peuple se suffit à lui-même” ; “Frawha avant vendredi” ; “Si seulement vous aviez patienté jusqu’à la disparition de l’impact de la gifle sur la joue de votre consœur !”

Ces échantillons de posts, souvent accompagnés de la photo de la juge violentée lors de l’intervention des brigades de la Gendarmerie nationale dans l’enceinte de la cour d’Oran dimanche 3 novembre, sont devenus viraux en quelques heures, tant ils résument ce que retient l’opinion publique nationale du mouvement des magistrats : l’abdication en contrepartie d’avantages matériels. À tort ou à raison, les magistrats traînent, comme un boulet, une réputation d’une justice inféodée au pouvoir exécutif. 

Leur image s’est davantage ternie par la systématisation des mandats de dépôt contre des manifestants, des activistes et des personnalités politiques, dont un ancien moudjahid, ex-officier de l’ALN, âgé de 86 ans. À présent, il ne leur reste presque plus de crédibilité. Et pas seulement en Algérie. Un chroniqueur et influenceur égyptien, Mouâtaz Matar, a regretté, dans une séquence vidéo partagée et commentée des milliers de fois, que “les juges algériens trahissent le peuple, qui les a portés sur les épaules, pour de meilleurs salaires”.

Il a cité les slogans scandés lors de la 37e marche des étudiants : “Ô juges ! N’ayez pas peur du gang, le peuple est avec vous” et “Zeghmati, on n’humilie pas la justice”, allusion à l’installation des présidents et de procureurs principaux de tribunaux et au recours à la force publique depuis mercredi dernier.  Au moment de l’enclenchement de la grève le 26 octobre, les Algériens ne se sont pas particulièrement intéressés à l’événement, dès lors que les revendications du corps étaient circonscrites dans un registre socioprofessionnel, sans lien avec la révolution citoyenne.

Un élan de solidarité et d’empathie s’est néanmoins exprimé, suite à l’incident survenu à la cour d’Oran et au durcissement de la position du SNM, du CSM (Conseil supérieur de la magistrature) et du Club des magistrats algériens vis-à-vis du département de tutelle. Probablement par calcul, ces derniers ont exprimé une connexion avec leurs concitoyens insurgés contre le régime, en exigeant l’indépendance de la justice et en soutenant fermement qu’ils rendent des verdicts au nom du peuple dont ils sont issus.

Des professions de foi contredites par les actes. Sous couvert du service minimum assuré, des juges n’ont pas gelé leur participation à l’organisation de l’élection présidentielle, d’autres ont prolongé la détention préventive de Lakhdar Bouregâa et de détenus porteurs de la bannière amazighe, tandis que le juge d’instruction de la chambre 1 au tribunal de Sidi M’hamed a placé sous mandat de dépôt quatre manifestants arrêtés à Alger le vendredi 1er novembre.

En revanche les permis de communiquer et les autorisations de visite aux personnes incarcérées, les certificats de nationalité et les casiers judiciaires ne sont pas signés et les procès sont renvoyés aux calendes grecques. “On nous accuse d’être des juges du téléphone et du talkie-walkie. C’est faux (…) Chaque juge est responsable de la suite qu’il donne au dossier qui lui a été soumis. Les décisions portent son nom”, s’est défendu le président du SNM lors d’un sit-in à la cour d’Alger, le jeudi 31 octobre.

Ce jour-là, il a également déclaré : “Nous n’allons pas parler des salaires durant cette période, parce que nous ne sommes pas égoïstes.” Pourtant, quatre jours plus tard, Issad Mabrouk a suspendu la grève, presque unilatéralement (sans convoquer d’AG, mais en consultant, de son propre aveu, 56 membres du Conseil national par téléphone) avec un seul acquis substantiel : un accord salarial applicable dès le mois de décembre avec effet rétroactif à compter du 1er janvier 2019.

Il a cédé à l’exigence du départ du ministre de la Justice, garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati, à l’annulation du mouvement annuel ayant touché 2 998 magistrats et à… l’affranchissement du pouvoir judiciaire. Le point n’est, certes, pas tout à fait évacué. Le SNM a annoncé la mise en place d’un groupe de travail chargé d’“enrichir les textes et la réglementation liés à la justice”. Aucune échéance n’est fixée pour l’ouverture de ce chantier. 
 

Souhila Hammadi

 



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