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Actualité Samedi, 07 Juillet 2012 09:50 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Le 8 mai 1945

L’effroyable et inhumaine répression après la libération de l’Europe

Par : Djamel Bouatta

Le 8 Mai 1945 a contribué à ce qu’une nouvelle génération de résistants prenne, neuf années plus tard,  la direction exclusive de la lutte pour l'indépendance. Ces journées sanglantes ne devaient donc être qu'un des  premiers actes de Novembre 1954. La France rentrée par les armes ressortira de l’Algérie par les armes.  

Le jour même qui vit le peuple français festoyer pour sa libération avec la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le 8 mai 1945 fut aussi celui où se fit entendre le désir de liberté du peuple algérien et sa détermination à se défaire du joug colonial. Le coup d’envoi de ce processus qui conduira à la guerre de Libération nationale, le révolution de Novembre 1954, est donné à Sétif, Guelma et Kherrata. Puis les manifestations gagnent l’ensemble du territoire national.
Les Algériens, qui avaient consenti de lourds sacrifices pour contribuer à la victoire de la démocratie sur le nazisme, à la libération de la France, ont vite déchanté. La fête et les espoirs de liberté, ce ne sont pas pour eux.  Colonisés, ils étaient, occupés ils le resteront : ce fut la réponse de la France libre. Ils ne restait aux Algériens qu’à compter sur eux-mêmes. Ils ont repris le combat et dans sa forme pacifique. Alors qu’ils avaient été contraints à vivre dans la clandestinité, les Algériens ont brusquement débordé des espaces que la France leur avait réservé pour envahir les principales rues de leur pays. Tout le peuple a battu le pavé dans une formidable communion. Des hommes de tous âges et, pour la première fois, des femmes également, en masse, pour lancer les youyous qui deviendront le symbole de la résistance contre l’occupant français.  À Guelma, les paysans, chassés par les colons sur des terres ingrates, ont déferlé sur la ville qui leur avait été interdite. À Sétif également, ses indigènes de la périphérie sont descendus sur les quartiers européens, dans une discipline exemplaire. Les enfants devant, puis les femmes et des hommes en queue des cortèges. Ambiance colorée et bon enfant… Arrivés au centre-ville, des drapeaux frappés du croissant rouge se sont élevés au-dessus de la foule compacte, les premiers cortèges étant rejoints par d’autres manifestants qui guettaient leur passage. Des youyous sur fond de chants patriotiques. Le défilé était réglé comme une horloge. Ce ne fut pas un mouvement spontané. Les Algériens commençaient à s’organiser. L’administration coloniale a saisi l’enjeu des manifestations qui a coïncidé avec les célébrations de la victoire sur le nazisme par les Alliés ainsi que par l’URSS. Le processus répressif est parti de Sétif. L’intervention brutale policière pour retirer le drapeau algérien de la manifestation et le meurtre d'un manifestant furent le point de départ de l’émeute, de la révolte généralisée plutôt, prélude de la révolution de Novembre 1954. Cette journée témoignait, s’il en faut, des récriminations et des haines qui s’étaient accumulées contre les colons et l’administration de la France coloniale.  45 000 morts algériens pour une centaine de victimes parmi les Français. À Kherrata, pas loin de la capitale des Hauts-Plateaux, le village fut investi par les manifestants, un juge et sa femme furent tués, ainsi qu'une dizaine de personnes. Des fermes du Constantinois furent prises d'assaut, leurs habitants et des gardes forestiers furent tués. Au total, les manifestations firent une centaine de victimes parmi les Français… La réponse des autorités françaises et des milices composées de pieds-noirs, les français d’Algérie, allait être terrible, la répression faisant 45 000 morts algériens.
À la spoliation, au génocide et aux déportations, les autochtones devaient subir également la misère qui perdura jusqu’à la guerre de Libération. En 1939, le quotidien Alger Républicain publiait une série d'articles du prix Nobel de littérature, Albert Camus. Cet auteur natif d’Algérie, certes pas du tout raciste mais qui a choisi “sa mère” la France lorsque s’était imposé pour lui le dilemme identitaire, a bien rendu la misère dont étaient affligés les indigènes  : “Des enfants en loques disputer à des chiens le contenu d'une poubelle...”, “des douars entiers venir fouiller le sol pour en tirer une racine amère mais comestible appelée la tarouda et qui, transformée en bouillie, soutient, du moins, si elle ne nourrit pas”. La colonisation avait fait des Algériens des étrangers dans leur propre pays, astreints depuis 1830 au code de l'indigénat qui les soumettait aux caïds, supplétifs de l'administration coloniale. Aux humiliations s’ajoute la misère, un mélange détonnant qui va relancer la résistance et la lutte contre la colonisation et cette fois dans des formes modernes de mobilisation. Le PPA (Parti du peuple algérien) de Messali Hadj, emprisonné puis déporté en avril 1945, est le premier parti moderne. Il est suivi par celui plus modéré de Ferhat Abbas, le pharmacien de Sétif qui, plus tard, devient le premier président de l’Algérie en qualité de président du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), les Amis du manifeste et de la liberté.
Les idées nationalistes se développèrent d'autant plus vite que les Français d’Algérie ainsi que le gouvernement français ne voulaient pas entendre parler du moindre changement, de la moindre réforme. En 1937, même un projet qui aurait donné la citoyenneté française à seulement 25 000 musulmans déclencha parmi les Français d'Algérie une vague de protestations telle que le gouvernement, qui était alors celui du Front populaire, recula piteusement. Le racisme fait florès en Algérie. Un certain professeur Porot, une “sommité” de la faculté d'Alger, osa ainsi déclarer dans un congrès international : “L'indigène nord-africain, dont les activités supérieures ou corticales sont peu évoluées, est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par son diencéphale.” La science au secours de la colonisation de peuplement, comme les scientifiques nazis pour la prééminence de la race aryenne. Presque un siècle plus tard, un président français, Nicolas Sarkozy, s’est aventuré dans le même labyrinthe dans un discours à Dakar au Sénégal sur l’homo africanus qui n’est pas rentré dans l’histoire!  

Crimes contre l’humanité et le genre humain.
L'espoir d'un changement apparut chez les Algériens pendant la Seconde Guerre mondiale. D’abord chez ceux, nombreux, embrigadés pour libérer la France métropolitaine. Ils se sont frottés à d’autres Occidentaux que les colons d’Algérie, ils ont découvert les concepts de liberté, de démocratie et de solidarité universelle, tout comme ils ont également découvert la Société des Nations, puis l’ONU et leurs principes de décolonisation. En outre, la France officielle avait lâché quelques déclarations promettant un autre statut pour les peuples des colonies, au moment où ils étaient embrigadés dans les armées des pays colonisateurs.  
Voilà pourquoi tout se déchaîna à l'occasion des manifestations saluant l'armistice avec l'Allemagne, le 8 mai 1945. Quelques jours auparavant, lors des manifestations du 1er mai 1945, le PPA fit une démonstration à Alger et dans d’autres grandes villes, en défilant avec ses slogans : “Libérez les détenus politiques”, “À bas le colonialisme”, “Vive l'Algérie indépendante”. Pour la première fois le drapeau algérien fut brandi. Le premier emblème a été cousu par la femme de Messsali Hadj.  Le gouvernement français était dirigé par le général de Gaulle, un gouvernement au sein duquel participait le Parti communiste français qui lui aussi s'opposait à l’époque fermement à l'indépendance des colonies, prônant plutôt l'unité de l'Empire français. Quant aux socialistes, également dans le gouvernement de coalition, ils ont carrément applaudi  !
À Sétif, ce mardi 8 mai 1945, le rassemblement commença très tôt devant la mosquée du quartier de la gare. L'autorisation de manifester avait été donnée par les autorités, la police et la sous-préfecture. Des banderoles avec  : “Vive l'Algérie libre et indépendante”, “Nous voulons être vos égaux” et “À bas le colonialisme”, étaient brandies dans le cortège. Un drapeau algérien apparut, identique à celui brandi une semaine auparavant à Belcourt, haut lieu du militantisme politique dans l’Algérois.   Le commissaire reçut l'ordre du sous-préfet de faire enlever les banderoles et surtout le drapeau algérien. Saal Bouzid, un manifestant, fut tué par le tir d'un policier, ce qui déclencha les émeutes qui firent une vingtaine de morts parmi les Européens. Les jours suivants, de très nombreux nationalistes algériens furent arrêtés. Les assassinats de militants ou de simples paysans venus en ville le jour du marché se multiplièrent. Les troupes chargées de la répression se mirent à l'œuvre, déployant leurs trophées afin de terroriser la population : certains des hommes de la Légion étrangère exhibaient leurs bras aux manches retroussées, couverts de bracelets de femmes qui avaient, disaient-ils, été arrachés à leurs victimes auxquelles ils avaient coupé soit le bras, soit la main.
De vrais bouchers passibles de la Cour pénale internationale (CPI). Quant aux tirailleurs d'Afrique noire, ils laissaient pendre autour de leur cou des colliers d'oreilles de leurs victimes. Les trophées d'oreilles humaines avaient été une pratique courante de l'armée française lors de la conquête de l'Algérie : elles étaient alors payées 10 francs la paire au soldat qui les ramenait. Si ce ne sont pas des crimes contre l’humanité et le genre humain, où classer alors ces horreurs ?Pendant que l'aviation et la marine bombardaient des villages entiers, l'armée de terre ratissait et instaurait un couvre-feu total de plusieurs jours. La Légion étrangère grava plus tard son sigle et la date de 1945 sur un rocher en haut des gorges de Kherrata, là où les victimes étaient jetées du haut d'un pont.
Cette France coloniale n’est pas si éloignée du Cambodge des Khmers rouges ou du Rwanda génocidaire. Le même 8 mai, à Guelma dans le Constantinois, les manifestations firent l'objet, elles aussi, d'une terrible répression.


D. B.

 

Commentaires 

 
#2 mecipsa 08-07-2012 21:08
Nous voyons bien que la culture ne fait pas partie des politiques des gouvernements Algériens, cinquante après, rien n'a été fait pour réhabilité l'identité de notre histoire, rien n'a été fait pour que les grands hommes de l'Algérie soient connu du peuple, je ne pas de l'histoire récente, mais ancestrale, bien entendu que ceux qui ont écrit l'histoire récente doivent être connus, même ceux dont on a retrouvé les noms de l'histoire des guerres contre les arabes doivent être connus et faire connaître les faits pour lesquels ils sont rentrés dans l'histoire du pays, c'est de cette façon qu'un pays se bâti, c'est pas en niant la vérité de l'histoire que l'on avance.
 
 
#1 abdoul 07-07-2012 13:19
L'Etat algérien devrait donner la première place a cette date dans son panthéon nationale. Tout les acteurs de la Révolution algérienne ont pris conscience ce jour que tout devait changer
 
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