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Salah Lebdioui, Ambassadeur d’Algérie en france

“La période de crispation avec Paris s’est très vite dissipée”

© D.R.

“Les relations algéro-françaises sont très bonnes. La période de crispation qu’elles ont connue dernièrement a, très vite, été dissipée à la faveur de l’excellente relation entre les Présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron”, assure l’ambassadeur d’Algérie à Paris.

Liberté : Les ressortissants algériens bloqués en France en raison de la crise sanitaire ont le sentiment d’être d’abandonnés. Les services consulaires n'ont-ils pas su gérer la situation ?
Salah Lebdioui :
Tout d’abord, il faut savoir qu’une bonne partie de nos ressortissants bloqués en France a déjà été rapatriée en mars dernier. Toutefois, d’autres compatriotes se sont manifestés par la suite tant auprès de l’ambassade qu’au niveau de nos postes consulaires. Nous les avions encouragés à s’inscrire sur la plateforme créée à cet effet au niveau de la primature, du 15 au 23 avril 2020. Ceux qui ne l’ont pas fait, pour une raison ou une autre, ont été invités à se faire recenser au niveau de nos représentations diplomatiques et consulaires. Cette opération de recensement se poursuit encore aujourd’hui avec l’enregistrement de certains concitoyens qui n’ont exprimé le souhait de se faire rapatrier que ces derniers jours. Par ailleurs, d’autres ressortissants se sont finalement désistés à la dernière minute, sans pour autant en faire part à nos services. S’agissant de deux attroupements que vous évoquiez et qui n’ont mobilisé en fait que peu de nos ressortissants, ils sont en réalité l’œuvre de manipulateurs qui ne sont ni concernés ni intéressés par le rapatriement quel que soit leur statut.

Où en est l’opération de rapatriement ?
L’opération de rapatriement s’est organisée sur plusieurs périodes en fonction des demandes enregistrées. En fait, elle a débuté au lendemain de l’annonce de la suspension des liaisons aériennes et maritimes entre l’Algérie et la France, avec un pont aérien constitué de pas moins de 21 vols effectués les 17, 19 et 20 mars au départ de plusieurs villes françaises.  Depuis le 21 juillet dernier, l’Algérie a lancé une vaste opération de rapatriement depuis plusieurs pays dans le monde. En ce qui concerne la France, 22 vols et une traversée maritime ont été opérés entre la période allant du 21 au 31 juillet 2020, auxquels s’ajoutent 5 autres vols effectués au départ de Paris, entre le 4 et le 9 août courant, pour permettre le rapatriement, au total, d’environ 6 100 Algériens, et ce, en étroite collaboration avec Air Algérie. Il faut indiquer aussi que plusieurs nouvelles demandes de rapatriement n’ont été enregistrées que ces derniers jours. Le nombre de personnes inscrites est évolutif puisque nos différents services continuent à recevoir des courriels et des appels téléphoniques de citoyens algériens désirant être rapatriés. Mais ce qui est sûr, c’est que la majorité a déjà été rapatriée. Toutefois, les demandes restantes seront examinées pour permettre la programmation, prochainement, de nouveaux vols.

Le cas des Algériens en situation irrégulière a refait surface à la faveur de cette crise sanitaire. Peut-on savoir leur nombre et seront-ils renvoyés en Algérie ?
Depuis que la pandémie de Covid-19, toutes nos représentations consulaires ont cessé, par mesure de vigilance, la délivrance de laissez-passer au profit des retenus et des sans-papiers devant être réadmis en Algérie. C'est ainsi que le taux de délivrance des laissez-passer consulaires (LPC), que ce soit ceux sollicités par les autorités préfectorales françaises ou ceux émanant de nos concitoyens dans le cadre d'un retour volontaire, a, depuis janvier 2020, été réduit au strict minimum. De ce fait, les données de l'année 2019 laissent apparaître une quasi-égalité entre le nombre de laissez-passer consulaires délivrés à la demande des autorités françaises après audition, vérification de l'identité et de la nationalité des retenus et ceux délivrés dans le cadre des retours volontaires, en progression. Ces données confirment l'application par l'Algérie des dispositions de l'accord bilatéral de réadmission de septembre 1994 évitant toute mesure contraire à l'esprit et à la lettre de ce dernier. Le problème du document de voyage ne se pose pas pour les éventuels ressortissants algériens concernés par la réadmission dès lors que l'identité et la nationalité, vérifiées par nos services consulaires lors de l'audition ou sur la base de documents probants comme le prévoient les dispositions de l'accord de réadmission de 1994, sont établies. La représentation consulaire, sitôt ces conditions réunies, procède à la délivrance du laissez-passer sans délai. Ce problème est ainsi évacué quand il s'agit de prétendus Algériens ou se déclarant comme tels, alors qu'ils sont en fait d'une autre nationalité.

Régulièrement, les émigrés algériens décrient les services consulaires...  
Nos ressortissants sont connus pour être exigeants envers les services consulaires algériens et cela se comprend dans la mesure où, dès qu'ils franchissent le seuil du consulat, ils se sentent chez eux et considèrent qu'ils doivent être mieux traités que dans leur environnement habituel (préfectures, mairies, etc.). Il y a lieu de souligner, par ailleurs, que notre pays a consenti beaucoup d'efforts quant à l’acquisition de biens destinés à abriter les sièges de nos postes consulaires dans le cadre d'une politique tendant à améliorer les conditions d'accueil et la qualité des prestations offertes à notre communauté, ainsi que l’amélioration des conditions de travail de nos agents consulaires. Bien évidemment, le lien qui lie notre communauté au pays est tellement fort et ancré dans leur esprit, tous âges et générations confondus, qu’il nous encourage à œuvrer davantage en faveur de leur protection, de leur accueil et de leur assistance et nous incite à assurer une présence constante et une proximité plus importante à leur endroit.

Qu’en est-il de la place de l’économique dans votre programme d’action diplomatique ?
En effet, la dimension économique occupe une place de choix dans notre action diplomatique.  Ainsi et au-delà de ses missions classiques, l’ambassade, s’inscrivant dans une diplomatie économique dynamique au service des intérêts économiques et du développement de l’Algérie, est pleinement investie d’une mission tendant, d’une part, à mettre en exergue les opportunités d’affaires qu’offre l’Algérie dans le but d’attirer les investisseurs potentiels et, d’autre part, à demeurer à la disposition des opérateurs économiques algériens, publics et privés, pour les accompagner dans la conduite de leurs investissements et échanges commerciaux avec leurs partenaires en France. 
Notre représentation diplomatique coordonne également avec toutes les parties prenantes l’organisation des salons économiques respectivement dans les deux pays (dans différents domaines), en vue de nouer des partenariats et de renforcer l’interaction entre les opérateurs économiques sur la base de l’approche gagnant-gagnant. 
Dans la mesure où le tourisme est indissociable de l’économie, la promotion de la destination Algérie, qui est une composante importante de notre action diplomatique, constitue également un levier de la diplomatie économique.  

Où en est le projet d’ouverture de filiales de banques algériennes en France ?
La création en France de succursales de banques algériennes est un projet important qui nécessite, à l’évidence, une profonde et sérieuse étude de faisabilité, car son impact est aussi divers que varié. La conjoncture actuelle requiert une réelle implication de toutes les parties prenantes, mais aussi une mobilisation et un drainage d’une partie de la manne financière importante détenue par les ressortissants algériens en France et ailleurs, pour canaliser davantage la dynamique d’investissement dans tous les domaines d’activité que le pays s’attelle à lancer.

Pour nombre de pays, la diaspora est une force d’influence. Peut-on parler de diaspora algérienne en France au sens stratégique du terme ?
Force est de souligner que la diaspora algérienne est à la fois active et réactive. Elle comprend une élite qui intervient dans différents secteurs, aussi bien en Algérie qu’en France. En direction de notre pays, son apport est dans l’ensemble appréciable, même s’il est appelé à être renforcé, notamment dans le domaine universitaire, médical, l’entrepreneuriat, les start-up, etc. 
Une organisation et une structuration devraient être mises en place en coordination avec les institutions et les acteurs concernés. En France, comme dans plusieurs autres pays où elle existe, notre diaspora a, spontanément, manifesté sa disponibilité à apporter son aide à nos ressortissants bloqués en raison de la pandémie de Covid-19, un élan de solidarité formidable que je tiens à saluer vivement au passage. Certains, dans le cadre d’associations ou collectifs, d’autres individuellement, ont contribué à l’hébergement, à la fourniture en produits alimentaires et en médicaments à un nombre très important de nos compatriotes dans le besoin, et cela, en toute discrétion. Cette humilité n’a, en fait, d’égale que leur indiscutable “savoir-faire”, qui a, cependant, de notre point de vue, un besoin crucial du “faire-savoir” qui leur manque et qui favoriserait son appréciable action au profit tant de notre communauté à l’étranger que de notre pays. Dans le même esprit, il convient de souligner le rôle actif de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie en France qui œuvre également à la coordination des actions d’un potentiel important de notre diaspora composée essentiellement de chefs d’entreprise en sus de la jeunesse entrepreneuriale et des femmes très actives en cette période de crise.

Pour conclure, les relations algéro-françaises ont-elles définitivement retrouvé le chemin de la sérénité ?
Les relations algéro-françaises sont très bonnes. La période de crispation qu’elles ont connue dernièrement a, très vite, été dissipée à la faveur de l’excellente relation entre les Présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, laquelle tend à impulser une dynamique qualitative nouvelle à la coopération entre les deux pays dans tous les domaines. C’est, d’ailleurs, grâce à cette proximité entre les deux chefs d’État que le dossier “mémoire” a pu évoluer concrètement ces derniers mois à travers, notamment, la restitution des restes mortuaires des premiers résistants algériens conservés au Muséum national d’histoire naturelle en France.

Entretien réalisé par : Hanafi Hattou

 


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