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L’anglais pour remplacer le français : lecture et point de vue

© D.R.

Le ministre, illégitime, de l’Enseignement supérieur du gouvernement, illégitime, dans sa sortie privée, le 8 juillet à l’université de Constantine, car il ne pouvait faire autrement, sinon il aurait été, comme tous les autres ministres, poursuivi et chassé par la population, déclare en s’adressant aux étudiants que “le français ne vous mène nulle part !”. Et le voilà qu’il récidive dans son œuvre “imbécile” à exiger des recteurs d’université des entêtes en arabe et en... anglais.

Si nous devons nous conformer aux lois du pays et à la loi fondamentale, c’est tamazight qui aurait été exigée et non l’anglais. Mais là n’est pas notre propos, nous y reviendrons ultérieurement.
Depuis quelques semaines, des ministres du gouvernement se relayent pour appeler à une réforme “linguistique” de l’enseignement supérieur, dont l’objectif est de remplacer le français par l’anglais !
Belle manière de vouloir détourner l’attention des véritables problèmes qui minent et ruinent notre enseignement supérieur et notre école d’une manière générale.
Une polémique, stérile, inutile, voire dangereuse ; mais ont-ils au moins le souci et la responsabilité de leurs actes irréfléchis et irresponsables ?
Nous avons déjà, dès 2015, le professeur Rouadjia et moi-même, évoqué ce sujet et attiré l’attention sur les manœuvres de certains cercles tapis dans le milieu éducationnel et qui sont responsables de tous les maux de l’éducation, allant de la maternelle à l’université, et qui sont toujours à l’œuvre.
Je reproduis ici, en partie, l’article, avec des modifications en rapport avec la conjoncture qui prévaut dans notre pays.
Un pays qui vit des moments historiques par cette mobilisation citoyenne qui, au fil des semaines, est en train de donner un nouveau visage de l’Algérie et de son peuple ; une Algérie qui se bat pour recouvrer sa liberté et sa dignité, une Algérie, de la jeunesse, comme celle qui vient de remporter la Coupe d’Afrique des nations et qui nous a tant réjouis et honorés.
Une Algérie qui veut se débarrasser de cette “meute” de dirigeants indignes, qui, pour préserver des positions de prestige et de rente, se mettent en génuflexion devant un cadre en le glorifiant et en l’implorant d'être encore leur président pour les sauver.

Ce ministre-là en fait partie !
Certes il n’agit pas seul, il est conforté par tout un personnel qui a longtemps sévi dans le milieu éducatif.
Mais d’où vient donc ce “lobby”, qui ignore le parler et l’écrit de ces deux langues, opte pour l’anglais et se pose du même coup comme son défenseur acharné ? Du fait sans doute que ce lobby qui est composé plus d’arabophones que d’arabisants ressent un certain malaise lié au complexe d’infériorité vis-à-vis des francisants, complexe que l’on tente de lever ou d’effacer par la valorisation de l’anglais qui se révèle être moins entaché de péché colonial que ne l’est la langue française, laquelle est toujours perçue sous le seul angle “colonial” ou “colonialiste”.
Les motivations implicites ou déclarées de ce choix en faveur de l’anglais se ramènent en somme aux arguments suivants : puisque l’anglais est une langue d’usage universel, celle de la technique et du commerce, donc plus parlée dans le monde que le français, il n’y aura dès lors aucune raison de ne pas opter pour l’anglais, ce qui suppose l’effacement progressif du français du paysage social de l’Algérie.
Ce discours s’entend en effet souvent parmi les milieux arabophones dont l’ignorance du français n’a d’égale que leur ignorance de la langue de Shakespeare, ignorance flagrante qui les incite pourtant à en exalter les vertus.
Sous prétexte que le français est la langue du colonialisme, ces arabophones prétendent devoir lui substituer l’anglais, comme si la langue anglaise n’avait pas partie liée, elle aussi, avec l’expansion coloniale européenne au cours du XIXe siècle, comme si elle était en outre une simple langue de “technique et de commerce” pure, innocente et, donc, indemne de tout péché “originel”.
Vouloir substituer au français l’anglais et croire ou faire croire que ce dernier est bien plus profitable à l’Algérie que le premier, c’est faire l’objet de faux débats qui ne nous avancent pas d’un iota sur la voie de la compréhension de notre société.
Le vrai débat n’est pas le choix d’une langue étrangère au détriment d’une autre langue étrangère ; le vrai débat est celui de savoir comment concilier l’usage non pas d’une seule langue mais de plusieurs langues étrangères avec la nôtre ou les nôtres. Vouloir, comme le suggèrent certains ministres et une partie des arabophones, substituer au français l’anglais revient à dire qu’il faille substituer à une langue “coloniale” ou colonialiste une autre langue colonialiste.
Ces coteries d’arabophones érigées en défenseurs ignorants de la langue anglaise se distinguent en effet des arabisants, et cette distinction est si fondamentale qu’elle mérite d’être notée. La différence entre les deux dénominations réside dans le fait que les arabophones se nourrissent plus au lait de l’idéologie islamo-nationaliste saisie dans sa version étroite, étriquée et dogmatique, alors que les arabisants s’alimentent aux sources de la culture arabo-musulmane saisie dans ses multiples dimensions religieuse, linguistique, mystique, philosophique, etc. Si les arabisants au sens de gens de lettres, de culture et d’ouverture d’esprit sur l’autre se font rares dans notre pays affligé de faux clivages linguistiques et de querelles byzantines, les arabophones, compris au sens de repli sectaire sur soi et de rejet de la culture française confondue à tort avec le système colonial, s’accroissent au contraire en nombre et en importance. Leur force tient autant à ce nombre qu’à l’indigence des idées qu’ils véhiculent aussi bien dans leur environnement social, dans les médias qu’au sein des institutions dans lesquelles ils se trouvent intégrés. Constitués en réseaux de solidarité claniques solidement implantés en amont comme en aval de certaines institutions sensibles, tels l’éducation nationale, l’enseignement supérieur et certains secteurs de la magistrature, ces arabophones monolingues, qui se font les chantres de la langue anglaise à laquelle ils n’entendent goutte, prétendent que les maux culturels dont souffre l’Algérie proviennent essentiellement des usagers de la langue française dans notre pays, et non de l’école fondamentale qui les a formatés dans le sens de la fermeture, de la haine ou du rejet de l’autre. 
À l’inverse de ces arabophones aux horizons intellectuels bornés, les vrais arabisants entichés de modernité et de rationalité savent que l’apprentissage des langues étrangères, y compris celui de l’ancien colonisateur, constitue un facteur d’enrichissement de la culture nationale, une nouvelle fenêtre ouverte sur le savoir universel, qui est un patrimoine commun de l’humanité civilisée. L’anglais, le chinois, le russe, etc. sont, comme langues porteuses de civilisation, les bienvenues en Algérie.
Que le français, comme langue, soit condamné ou stigmatisé chez nous par certaines coteries arabophones et arabophiles au motif que c’est la langue de l’“ex-colonisateur” ne doit pas nous faire oublier qu’elle fait partie, qu’on le veuille ou non, d’un pan entier de notre histoire culturelle, sociale et urbaine. Faut-il, sous prétexte de liquider l’héritage colonial, éliminer de nos paysages urbains les édifices légués par la France, tels que les monuments historiques, les immeubles d’habitation et les églises ?

L’école, instrument de pouvoir
Que la détestation de la langue française par ces arabophones soit le plus souvent motivée par leur complexe d’infériorité envers les “francophones”, cela ne fait pas de doute. Ce qui ne fait pas de doute aussi, c’est que ces derniers sont plus utilitaristes que francophiles dans la mesure où le français, dont ils sont les usagers, leur sert davantage d’instrument de promotion sociale et de faire-valoir que de référence culturelle digne de ce nom. Autrement dit, c’est moins le contenu culturel qui les intéresse que l’aspect formel et technique rattaché au prestige de la langue française. Ces francophones, contrairement aux apparences, ne sont pas épris de la France et de sa culture ; ils sont seulement fascinés par ses réalisations techniques et par les formes les plus superficielles de sa civilisation.
Le désir de beaucoup de substituer au français l’anglais s’explique par ce clivage linguistique dont les antécédents remontent à l’aube de l’indépendance. Le rejet du français est lié donc, chez ces arabophones frustrés, à l’idée d’être rejetés ou privés des postes prestigieux : technique, politique, administratif et diplomatique, les amène à dénigrer le français et les francophones, à exalter les vertus de la langue anglaise dont ils ignorent aussi bien le signifiant que le signifié, à glorifier la langue arabe et à jeter leur dévolu sur le secteur éducatif tout en faisant de l’histoire nationale et du nationalisme algérien leur domaine privilégié, leur chasse gardée… Tous ceux qui ne partagent pas leurs idées, sentiments, opinions ou convictions religieuses sont considérés comme des “traîtres”, des suppôts du colonialisme français et marqués au sceau de l’infamie. Les Berbères, qu’ils soient modérés ou extrémistes, suscitent également méfiance et suspicion. Les Kabyles surtout seraient tous ou presque “pro-français”, s’ils n’étaient pas tout bonnement susceptibles de se convertir en masse au christianisme sous l’impulsion secrète des missionnaires français.
Ces arabophones sont légion à l’université. Leur idéologie tout comme leur discours fortement teinté d’un nationalisme à base religieuse les rapprochent du fondamentalisme et de l’extrémisme, version Hassan Al-Banna. Nourris plus d’une culture stéréotypée, faite de raccourcis et d’a priori que d’une culture puisée aux sources vives de la civilisation historique de l’Islam, ils s’efforcent par tous les moyens d’occuper le champ intellectuel et universitaire par la seule idéologie de l’exclusion de ceux qui rejettent leurs présupposées idéologiques.
Enfermés dans leurs fausses certitudes, ces hommes “aux pâles figures”, autrement ; ces conservateurs infiltrés dans les rouages de la sphère éducationnelle, faisant de l’école un instrument de pouvoir, de l’enfant un outil de contrôle par son dressage et son endoctrinement pur et simple à la seule cause de l’ordre établi. Ces fonctionnaires et enseignants, majoritairement inféodés naguère et maintenant à la pensée unique, celle du souverain du moment, sont l’un des facteurs non négligeables, entre autres, de la décomposition de l’école, et se trouvent tous articulés autour d’une donnée centrale : l’idéologie. C’est ainsi que l’institution éducative, qui s’est détournée de son rôle éducatif et de sa mission de dispensatrice du savoir, s’est transformée en une machine d’abrutissement et de perversion de la conscience collective, dont les dix années de terreur et de sang ont été une véritable et grave cassure dans la société où la dualité ne s’exprimait plus seulement en termes de classe sociale, mais également en termes de culture et de référents identitaires.
N’a-t-on pas connu et vu des intellectuels, des professeurs, des hommes de lettres, de culture, et des journalistes assassinés par des adolescents parce qu’ils étaient, à leurs yeux, porteurs de civilisation occidentale et donc de modernité ?

Une étude sociologique sérieuse et approfondie montrerait sans nul doute l’énorme responsabilité de l’école et de ses promoteurs dans la dérive, voire la déraison de cette société faite d’adolescents immatures inconscients, en perte de repères, parce que formés, pour ne pas dire dressés et endoctrinés dans cette école qualifiée de “démocratique”, fondamentale et authentique.
Une autre conséquence aussi dramatique que cette école hâtivement arabisée et imposée a fini par engendrer une masse d’adolescents et de jeunes adultes impuissants à formuler une pensée critique tant leur esprit a été structuré sitôt par une idéologie, où l’obscurantisme le dispute à l’indigence culturelle et à la civilité. 
En témoigne en effet le langage à contenu grossier ou vulgaire débité par les jeunes à l’occasion des matches de foot dans les stades de nos villes. Outre ce langage qui résonne désagréablement aux oreilles allergiques à la vulgarité s’ajoute, chez ces jeunes formés à l’école algérienne, la quasi-impossibilité de traduire clairement leur pensée lors d’un échange oral avec autrui. Comparés à leurs pairs arabes, libanais, égyptiens ou syriens, lesquels s’expriment avec aisance et clarté, nos adolescents font au contraire preuve de confusion et d’un parler digne de la langue du sabir. Autrement dit : incompréhensible. Un système d’enseignement authentiquement bilingue avec comme deuxième langue le français aurait pu être un outil contre cette médiocrité linguistique, mais l’étude des langues, et du français en particulier, a été réduite à la portion congrue avant de tomber, dans les années rouges, en complet déclin ; parallèlement, l’initiation à ces langues a été le plus souvent confiée à des enseignants dont beaucoup ont été insuffisamment formés. Le dénigrement du français, joint à l’idée “imbécile” de vouloir le remplacer par l’anglais, n’est point d’ordre pédagogique, mais bien d’ordre idéologique, puisqu’il obéit de manière évidente à une manœuvre politicienne ayant comme objectif l’exclusion de l’élite francophone des postes et des centres de décision, qu’arabophones et arabisants n’ont cessé de convoiter. La conséquence de cette école algérianisée a été de produire plus d’illettrés et d’analphabètes monolingues que d’élèves véritablement éduqués au sens le plus moderne de ce mot.
La crise de l’école et ses conséquences sur la société sont suffisamment graves pour ne pas exiger une réelle réforme, rapide et globale, ainsi qu’une réflexion d’ensemble. Cette crise de l’éducation et ses résultats désastreux ont conduit donc à une véritable crise de la société reflétée par la production d’une génération de désenchantés, par un retard de la société dans la compétition internationale, par les défis qui nous sont lancés par la mondialisation, toutes choses en somme aggravées par une absence totale de prise de conscience de ce phénomène, y compris dans ses aspects les plus visibles, tels que le chômage massif des jeunes, les phénomènes de délinquance de plus en plus importants et variés que la seule répression ne saurait endiguer. Au total, seule une réforme audacieuse affranchie de l’idéologie, ouverte à l’universel, soucieuse d’efficacité et de cohérence et dans laquelle l’enfant passe d’un palier à un autre sans rupture, où le primaire prépare le collège et celui-ci le lycée et où ce dernier prépare l’université, voilà la réforme qui devrait retenir enfin l’attention de tous les responsables de ce secteur sensible et stratégique qui est l’éducation nationale.
En conclusion, le français n’est pas le mal de l’école algérienne mais bien ceux qui ont toujours utilisé l’école à des fins idéologiques et d’embrigadement de la société, plus clairement l’école algérienne a été plus à vocation militante que citoyenne. Alors, messieurs, vouloir prétendre améliorer le niveau de nos étudiants en remplaçant le français par l’anglais en occultant les véritables problèmes de cette école “sinistrée” par votre incompétence, cela a un mot : “Tetnahaw gaâ” !

Par : Dr Mohamed Maïz (*) Universitaire

 


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