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A la une / Actualité

Mahmoud Boudarène, psychiatre et docteur en Sciences biomédicales

“L’autisme du pouvoir est une menace pour la paix sociale”

© D.R.

“Le régime au pouvoir doit se débarrasser de son arrogance et manifester le désir d’émanciper à la fois l’action politique et civique. Il a une opportunité d’appeler la société à un pacte social. Le pays est en grave difficulté, le destin commun est menacé”, estime  Mahmoud Boudarène.

Liberté : Dans votre livre intitulé “La violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression”, vous dites que le pouvoir en place abuse de son autorité et use lui-même de violence depuis l’indépendance afin de soumettre le citoyen par la peur. Peut-il continuer longtemps dans cette voie sans compromettre sa survie ?
Le Dr M. Boudarène : Depuis l’indépendance de notre pays à ce jour, il y a privation des libertés et absence de démocratie. L’article 120 du FLN ­­— parti unique — a, durant des années, interdit toute forme d’organisation sociale. Une véritable stratégie du contrôle des opinions et une mise sous surveillance permanente des consciences. Mais il n’y a pas que cela. Des personnes ont été emprisonnées, torturées et d’autres physiquement éliminées parce qu’elles ne partageaient pas ou étaient opposées aux idées du système FLN. La société était soumise par la peur. En réalité, la violence politique a commencé avant l’indépendance. L’assassinat d’Abane Ramdane, par ses frères d’armes, a inauguré les purges à l’intérieur du FLN révolutionnaire. Un fratricide, le meurtre originel, la violence qui a profané la Révolution et qui l’a dépouillée de son caractère sacré. Dès lors, il n’y avait plus aucun obstacle. Tout était possible, permis. La violence d’État qui s’en est suivie trouve dans cette logique meurtrière toute son intelligibilité. Prendre le pouvoir et le conserver. La violence terroriste qui s’est abattue sur le pays durant les années 90 s’inscrit dans cette logique de prise du pouvoir. Une spirale infernale qui ne peut pas ne pas avoir de relations avec les abus d’autorité et la violence du pouvoir que nous observons aujourd’hui.

Pour vous, la société algérienne est  une “cocotte minute en ébullition”. En quoi  consistera l’acte de trop ?
Je pense personnellement que l’acte de trop est déjà en train de se jouer. Le pays est au bord de la banqueroute, le pouvoir en place en est responsable et il continue de nous dire que c’est lui qui va sauver le pays. Je pense que cette arrogance et ce mépris sont porteurs de danger plus aujourd’hui que par le passé. La peur est déjà dans la société, la panique ne manquera pas de survenir avec cette histoire de financement non conventionnel. Le recours à la planche à billets inquiète au plus haut point la population. L’affolement du cours de l’euro est un indice. Si la panique vient à s’emparer de la population, elle précipitera la faillite du pays et aggravera le désordre social déjà existant. Le pouvoir en place sait cela, il sait aussi qu’il doit, s’il veut le bien de la nation, associer le citoyen — la société — à la résolution de cette crise. Au lieu de faire confiance à celui-ci et de l’impliquer, il continue de le mépriser et de lui interdire toute forme de participation à la décision politique.

Le dialogue a disparu de l’espace social et politique. Les syndicats autonomes sont marginalisés.
Le Premier ministre a pris la décision de ne se concerter qu’avec les partis soutenant le programme du chef de l’État. Quelles répercussions pourraient avoir ces exclusions, surtout en ce temps de crise ?
Le pouvoir s’est enfermé dans sa propre logique. Une obstination qui confine à l’autisme. Un comportement suicidaire pour le régime lui-même et une menace pour la paix sociale et l’avenir de la nation. Les syndicats autonomes et l’opposition politique sont constitués de citoyens qui œuvrent aussi pour le bien du pays, le régime ne doit avoir — en principe — aucune raison de s’en méfier. Mais ce dernier y voit là une menace pour sa propre survie, pour ses affaires. C’est le propre des régimes autoritaires pour ne pas dire totalitaires. Pour autant, le dialogue est vertueux, en particulier aujourd’hui parce que nous sommes en temps de crise. Notre société est défaite, déconstruite. Les mécanismes de régulation et les valeurs sur lesquels elle était adossée se sont effondrés. Le pouvoir politique en est responsable justement parce qu’il a disqualifié l’action citoyenne et militante au seul profit de ses intérêts claniques. Si l’État vient à s’effondrer, le désordre social aidant, c’est l’avenir immédiat du pays qui sera mis en cause.  

Vous pensez que la charte pour la réconciliation nationale n’a pas pu stopper le cycle de la violence parce qu’elle n’a pas rendu justice aux victimes. C’est une approche différente de celle du pouvoir qui affirme que les actes terroristes perpétrés actuellement en Algérie s’inscrivent dans une dimension transnationale...
Seuls les services de l’État connaissent les vraies revendications politiques des auteurs des actes terroristes qui sont encore perpétrés chez nous. Ils se revendiquent peut-être d’une appartenance idéologique transnationale, parce qu’orphelins, sans doute, d’une filiation locale. Cependant, qu’il soit transnational ou pas, un acte terroriste demeure un acte terroriste. Sa signification est une. Il y a là une volonté de faire mal à la société, d’en découdre. C’est sur le pourquoi de ce désir d’en découdre qu’il faut s’interroger. La réalité est qu’avant de se revendiquer d’une dimension transnationale, le terrorisme était bien chez nous, il était antérieur et il était féroce. S’il a été réduit grâce notamment à la résistance du peuple algérien et à l’action de l’armée et des services de sécurité, le terreau sur lequel il a germé est toujours fertile et la matrice idéologique, dont il s’est nourri, est plus présente que jamais. Chacun peut le constater. Et c’est le fait de la loi sur la réconciliation nationale. Cette dernière a tourné précipitamment la page de la décennie rouge et a intimé l’ordre à la société de mettre le couvercle sur la marmite, quitte à ce que celle-ci continue à bouillir de colère, de ressentiment et de haine. Est-ce cela qui est recherché par le reniement des engagements tenus par les lois de la concorde civile puis de la réconciliation nationale ? Force est de constater que les responsables de cette tragédie n’ont pas été mis devant leurs actes et n’ont pas payé leur dette à la société.

Vous affirmez que pour que la violence sociale recule, il faut que la violence  politique et la violence de l’État disparaissent du paysage national. Cette option est-elle possible à court terme ?
Oui, je pense que cela est possible, à condition, bien sûr, que le régime au pouvoir se débarrasse de son arrogance et qu’il manifeste le désir d’émanciper à la fois l’action politique et civique. Il a une opportunité pour appeler la société à un pacte social. Le régime ne peut pas, en effet, prétendre trouver les solutions tout seul et continuer à ignorer la société civile et l’opposition politique nationale. Il faut qu’il accepte de partager le pouvoir et la responsabilité et éventuellement de s’en aller si le peuple le souhaite. Ce que je dis est peut-être empreint de naïveté politique mais la morale et le sens du patriotisme doivent, dans ce moment de danger pour la nation, passer avant toute chose. Le système doit mettre au-dessus de sa propre survie celle du pays. Je pense notamment à la jeunesse. C’est la vitalité de notre pays et elle est, jusque-là, superbement ignorée par le pouvoir en place. Il faut pour cela que le pouvoir politique fasse confiance au citoyen, en particulier à celui qui est engagé dans l’action sur le terrain. Il ne doit pas s‘en méfier comme il ne doit pas vouloir systématiquement le brider en l’embrigadant notamment dans l’une ou l’autre organisation qui lui est assujettie. Il doit libérer l’initiative et laisser le génie s’exprimer, quand bien même il pourrait être subversif et mettre en danger son hégémonie.


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Commentaires
1 réactions
elbahri le 27/09/2017 à 22h35

Professeure. Vous n'avez aucune sensibilité et compréhension envers les personnes atteintes d’autisme, encore moins pour leurs parents....Tout comme un colonisé, vous utiliser une terminologie sans savoir son impacte sur les autres......Et les autistes, ont-ils droit au respect.

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