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Grand laudateur de Bouteflika, Djamel Ould Abbes condamné pour corruption

Le crépuscule d’un “bouffon” du roi

© Archives Liberté

Personnage fantasque sur  les  bords, Djamel  Ould  Abbes  incarne sans doute les égarements de l’ère Bouteflika où la bouffonnerie était pour certains un mode de gouvernance.

Il s’était employé, sans convaincre, au temps de sa gloire à la tête du FLN d’avoir été condamné à mort pendant la Révolution. Mais loin de s’attirer des sympathies, contesté par des moudjahidine, dont Abdelkader Guerroudj, et le colonel Hocine Senoussi, ancien compagnon du colonel Lotfi, ce prétendu “fait d’armes” répété à longueur de meetings depuis 2017 ne lui épargnera pourtant pas les geôles de l’Algérie indépendante en cette fin d’été 2020.

Djamel Ould Abbes, ancien ministre et ancien secrétaire général du FLN, a été condamné, hier, à 8 ans de prison ferme pour des faits liés à sa gestion du portefeuille de la Solidarité nationale qu’il a occupé près d’une décennie durant. Chefs d’accusation : “détournement, dilapidation de deniers publics”, “conclusion de marchés en violation de la législation” et “abus de fonction”.

Hâbleur attitré et grand laudateur de la famille Bouteflika à laquelle il doit son ascension politique et son arrivée à la tête du parti majoritaire en 2016 en remplacement du trublion Amar Saïdani, Djamel Ould Abbes voit ainsi ses rêves de régner encore jusqu’au en 2034 — alors qu’il bouclera un siècle, comme il disait un jour — fondre comme neige au soleil.

Au crépuscule biologique s’ajoute désormais le crépuscule politique. Mais qui pouvait bien prédire ce sort à un homme qui confondait, encore il y a peu, le FLN et l’État ? Médecin, dont le diplôme a été obtenu dans l’ex-RDA, Djamel Ould Abbes entame sa carrière au lendemain de l’indépendance à Aïn Témouchent avant de se lancer dans la politique qui le mènera au Conseil national de transition en 1994 contre l’avis de son parti, le FLN.

À l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en 1999, dont la mère, semble-t-il, l’aurait adoubé, il se voit propulsé à la tête du ministère de la Solidarité nationale. Et depuis, il ne quittera plus les corridors du pouvoir. Mais ses moments de puissance et de gloire, il les connaîtra en 2016, lorsque sur injonction de Saïd Bouteflika, il hérite du poste de secrétaire général du FLN en remplacement d’Amar Saïdani, poussé vers la sortie.

Suffisant, arrogant, voire parfois méprisant, Djamel Ould Abbes multiplie alors les sorties pour louer non seulement les mérites de Bouteflika, mais aussi pour descendre en flammes tous ceux qui se hasarderaient à évoquer les problèmes de santé du président déchu, disparu des radars depuis 2013. “Certains disent que Djamel Ould Abbes cire les pompes du Président. Oui, je vais encore le faire !

Ce n'est pas une honte”, se gargarisait-il en mai 2017. “Abdelaziz Bouteflika est un lion qui, quand il rugit, terrifie les lapins et les loups, qui allaient se cacher”, assure-t-il à Tlemcen en février 2018. En septembre 2018, il affirme, au lendemain d’une visite d’Angela Merkel en Algérie : “Vous avez vu la chancelière allemande tendre l'oreille au président Bouteflika et l'écouter attentivement. Nous avons un Président géant, écouté par les grands de ce monde.”

Il pousse l’outrecuidance jusqu’à annoncer un jour que “Bouteflika allait même bientôt retrouver l’usage de ses jambes”. Maintenu contre vents et marées à la tête du parti malgré des contestations internes, qualifié de “bouffon” par ses contempteurs, Djamel Abbes a fait de l’humour un moyen de communication et se distinguait parfois par des déclarations qui ne manquaient pas de susciter des sarcasmes et d’alimenter la Toile. 

“Là, vous entrez dans les six mètres. Il faut demander à Luka Modrić [joueur du Real Madrid et de la Croatie, finaliste de la Coupe du monde 2018], il va vous répondre”, répliquait-il, ainsi, à un journaliste qui lui demandait en juin 2018 s’il avait rencontré Bouteflika.

Sans s’encombrer de railleries, Djamel Ould Abbes se prévalait même d’avoir étudié avec Angela Merkel, plus jeune que lui de dix ans, d’avoir été un ami personnel de Yasser Arafat et d’avoir côtoyé le prestigieux héros Ben M’hidi.

Mais comme les personnages à l’ambition démesurée, il se révèle parfois hautain et pédant, comme lorsqu’il tança un médecin devant les caméras ou encore un journaliste de Liberté qui l’interpellait sur les frasques de son fils. À l’automne 2018, il se voit lâché et débarqué de la tête du FLN.

Loin d’avoir vu venir le tsunami populaire qui emporta son parrain, Djamel Ould Abbes se voit rattrapé par la justice qui ordonne sa détention en juillet 2019. Depuis, il croupit en prison. Personnage fantasque sur les bords, Djamel Ould Abbes incarne sans doute les égarements de l’ère Bouteflika où la bouffonnerie était pour certains un mode de gouvernance.
 

Karim KEBIR

 

 


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