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Multiplication des incendies dans les installations industrielles à Bordj Bou-Arréridj

Le danger permanent

© D. R.

Les conséquences d’un incendie sont économiquement fâcheuses, car dans  la majorité  des  sinistres,  l’entreprise  disparaît  et  le  personnel se retrouve au chômage.

Bordj Bou-Arréridj  a  connu  ces dernières  années une recrudescence des incendies, surtout au niveau du  chef-lieu. Des sinistres ont, surtout, touché des établissements privés importants, ainsi que des unités de production et autres   dépôts  de  stockage  privés. 

Ces  sinistres  donnent   un  aperçu quantifiable et bien réel  des  dangers  des  installations  industrielles  pour l’environnement et la population.

Depuis des années, les Bordjiens n’ont cessé d’appeler à une sérieuse prise en charge des risques industriels et à mettre en place une stratégie pour sécuriser les sites à l’aide d’un plan préventif : “agir avant le sinistre”, en appliquant les consignes de sécurité.

Après une longue lutte pour fermer l’usine d’amiante en 2007, et ensuite contre le stockage d’environ 50 000 tonnes de déchets d’amiante entreposés dans deux sites à ciel ouvert, aujourd’hui les Bordjiens sont confrontés à d’autres risques industriels.

“Aujourd’hui les risques industriels ne sont plus une menace fictive ou réservée juste à d’autres, mais ils représentent plutôt un danger réel qui peut menacer à tout moment les multiples sites industriels et les garages de stockage”, dira Farid, un ancien membre d’une association locale de lutte contre l’amiante à Bordj Bou-Arréridj, qui ajoute que l’incendie d’un établissement industriel ou commercial a des impacts, directs et indirects, sur l’homme, l’entreprise et l’environnement.

En  effet,  le  coût  humain  est  important  pour  la  victime  et  ses proches : intoxication liée aux fumées et gaz, asphyxie, brûlures (la température des flammes peut aller de 600 à 1 200°C), blessures liées à l’effondrement des structures, angoisse et stress liés à la fermeture de l’établissement, handicap, décès...

Par ailleurs, un incendie a des conséquences financières pour le salarié, qui peut perdre son emploi, et pour le chef d’entreprise qui  en assume quasiment toutes les conséquences financières (indemnisation des victimes, remplacement du matériel, reconstruction des locaux, arrêt de la production…).

On déplore généralement de gros dégâts (fermeture plus ou moins longue de l’entreprise) auxquels vient s’ajouter une perte d’exploitation plus ou moins grave : perte de données informatiques n’ayant pas été copiées, destruction des stocks et des outils de production, sous-traitants se tournant vers d’autres clients, dégradation de l’image de marque… Les conséquences d’un incendie pour l’entreprise sont souvent économiquement irrémédiables : dans la majorité des sinistres, l’entreprise disparaît et le personnel se retrouve au chômage. 

L’entreprise n’est pas la seule à être endommagée en cas de sinistre. L’environnement en subit également les consé-quences : pollution de l’air par les gaz de combustion, des sols, de l’eau par les produits extincteurs et les eaux de ruissellement, pollution visuelle (dégradation du paysage), production de déchets parfois non destructibles…

“Un bâtiment en feu peut contenir des substances ou des déchets dangereux susceptibles de dégager des émissions toxiques dans l’atmosphère ou de contaminer les sols, les eaux souterraines ou les eaux de surface. Les sites de production et les infrastructures peuvent présenter des risques élevés, en particulier en raison des processus qui peuvent y être utilisés.

Une entreprise de fabrication de produits en plastique peut, par exemple, utiliser des quantités infimes de substances dangereuses ; il n’en demeure pas moins qu’un incendie catastrophique pourrait créer des sous-produits toxiques de combustion, comme des dioxines et des furannes.

Un incendie dans un immeuble de bureaux classique peut potentiellement, lui aussi, impacter l’environnement en raison de la combustion des meubles, des plastiques, du matériel électronique et des produits d’entretien”, précise Mokhtar, un chercheur à l’université Bachir-Ibrahimi de Bordj Bou-Arréridj.

À Bordj Bou-Arréridj, où ce genre d’incident devient inquiétant, les responsables concernés sont d’autant plus interpellés aujourd’hui pour prendre des décisions fermes et les mesures nécessaires dans ce domaine très sensible et dangereux. Les risques y sont parfois sous-estimés ou passés sous silence au profit de la rentabilité. 

La conformité des installations en question
Face à la population riveraine des sites à risque, les industriels, souvent soucieux de faire fructifier leurs affaires et de maintenir intacte leur production, font la sourde oreille et plaident pour la conformité de leurs installations avec la réglementation, alors qu’il suffit parfois d’une petite faille dans le dispositif (parfois inexistant, non conforme ou usé par le temps) ou d’une erreur humaine pour provoquer une catastrophe environnementale et humaine. Aux yeux des citoyens, l’origine de ces catastrophes peut être volontaire, criminelle ou accidentelle. 

Cette dernière hypothèse est généralement la plus crédible, et les conclusions des rapports de la gendarmerie, de la police et de la Protection civile écartent la piste criminelle. Les conclusions des enquêteurs ont toujours relevé que la majorité des incendies qui se sont déclarés dans des établissements classés ne sont pas d’origine criminelle, mais la conséquence de négligence ou de non-conformité.

En effet, selon des experts, parmi les causes de ces incendies, l’absence de réseau de lutte contre le feu, à savoir le poteau d’incendie, le robinet d’incendie armé, la bâche à eau et l’extincteur automatique. L’autre constatation est l’absence de système de désenfumage naturel ou mécanique dans ces établissements et de système de détection automatique de fumée.

“Ce système permet l’intervention rapide, la maîtrise du feu et la réduction des dégâts humains et matériels”, explique un technicien en système d’alarme. L’autre insuffisance constatée est l'absence de personnel qualifié en matière de lutte contre les incendies. “Les propriétaires ont recruté des gardiens qui n'ont ni expérience ni notions en la matière, alors que ces équipes doivent être formées en hygiène et sécurité”, tient à préciser un ancien militaire à la retraite et formateur en agents de sécurité.

En plus, quelques garages de stockage, loués généralement chez de tierces personnes et situés loin des unités de production, sont presque sans moyens d’alerte. “Pour fuir le fisc, plusieurs établissements privés ou importateurs activent clandestinement, sans autorisation d’exploitation”, selon un fonctionnaire de la direction du commerce. “Le stockage constitue, quant à lui, un risque sur l'environnement. Cette activité industrielle est couverte par une étude d'impact.

L'une  des causes  des  graves  incendies : le non-respect des normes de stockage en hauteur et en lots et le stockage de produits inflammables sans protection”, dira un autre expert en gestion des crises, qui ajoute que la Protection civile doit, au préalable, émettre un avis pour la construction des installations en approuvant les plans d'aménagement après l'étude des dossiers techniques tels le réseau anti-incendie, le système de désenfumage et de détection d'incendie.

“L'exploitation vient en deuxième position, par la programmation de visites de conformité des bâtis, des moyens et équipements de lutte contre l'incendie, et ce, conformément aux plans approuvés dans la phase d'étude”, précise-t-il. 

Quid des normes de sécurité ?
En plus, les établissements sont tenus d'avoir un plan d'intervention interne pour déterminer la conduite à tenir en cas d'incidents, sur la base des scénarios d'accidents identifiés dans les études de danger. Ces établissements doivent également programmer des manœuvres en direction des établissements pour assurer la coordination entre les agents de sécurité affectés et les éléments de la Protection civile.

Pour de nombreux Bordjiens qui nous ont interpellé sur le sujet : en plus de tout ce qui se dit sur le non-respect des consignes de sécurité en général, il y a l’absence de contrôle qui a encouragé le non-respect des normes et la modification du plan d'étude initial ou tout simplement des bâtisses sans permis de construire.  La réglementation est pourtant claire dans ce domaine.

La loi 04-20 du 25 décembre 2004 prévoit des règles de prévention des risques majeurs et de gestion des catastrophes. Elle repose sur deux axes fondamentaux : d’une part, la surveillance des installations à risques majeurs, tant par l’exploitant que par les autorités publiques locales (walis et APC) ; d’autre part, sur le principe de précaution et de prévention par la mise en œuvre des outils de planification et de gestion environnementale.

Des règles qui devraient être assorties de mesures fermes d’application sur le terrain pour éviter de pâtir à l’avenir des risques d’explosion, d’incendie et de fuites toxiques que recèlent les unités industrielles. Joint par téléphone, le représentant local du patronat algérien, Mustapha Saïm, nous dira que toutes les normes de sécurité sont respectées. “Si on investit ce n’est pas pour perdre. Les assurances ne remboursent jamais la totalité des pertes.

S’il  y  a  un  sinistre, nous sommes  les  seuls  perdants. Les  banques, les fournisseurs, les charges et les salaires continuent d’être payés même si la production est arrêtée. Qui souhaite se retrouver dans cette situation ? Personne ! Tout investisseur cherche par tous les moyens à préserver son outil de travail, ses biens, son capital, et la sécurité en est l’une des principales préoccupations.

Dans  toutes  les  installations,  l’investisseur  doit  respecter un cahier des charges et les plans de sécurité selon aux normes internationales. On ne peut pas avoir l’autorisation d’exploitation si on n’a pas respecté et adopté toutes ces consignes de sécurités.

Avant et après le lancement d’un projet, des commissions nous rendent des visites inopinées pour tout vérifier. Même nous, nous organisons régulièrement des contrôles internes et le suivi des recommandations.” Pour M. Saïm, l’erreur humaine est la principale cause de ces incendies. Généralement, c’est l’ouvrier qui ne respecte pas les consignes de sécurité. 

“Par exemple, on retrouve dans tout l’établissement des panneaux indiquant l’interdiction de fumer, mais à chaque visite il y a un ouvrier qui fume en cachette ! Un veilleur de nuit qui dort au lieu de surveiller le site, et j’en passe”, explique-t-il. 

“C’est comme les accidents de la route, le facteur humain est toujours la première cause”, précise-t-il. “Toutefois, nul n’est à l’abri de la négligence”, a-t-il conclu. Du côté de la direction de l’industrie, qui rappelle que ces incendies sont des accidents qui ne reflètent en aucun cas le manque de sécurité dans ces établissements, sinon ils n’auraient jamais obtenu l’autorisation d’exploitation.

“La possession d’une autorisation d’exploiter dûment délivrée par une commission, qui engage périodiquement des visites de contrôle ponctuées de recommandations et/ou réserves, qui sont systématiquement prises en charge, figure également parmi ces règles”, dira le directeur de l’industrie de Bordj Bou-Arréridj, Abdessalem Belouahchi, qui rappelle que la wilaya de Bordj Bou-Arréridj compte 387 PME sans parler des micro-entreprises qui dépassent les 6 500 à travers la wilaya.

Le directeur de l’environnement, Ahmed Krabène, a rappelé que, depuis le début de l’année, 398 établissements ont été inspectés. “Nous avons dressé des mises en demeure et des fermetures aux établissements qui ne respectent pas les normes”, ajoute-t-il sans donner plus de détails. Le directeur de l’environnement, qui était en pleine campagne de nettoyage à Boumergued, a reconnu l’impact négatif d’un incendie sur l’environnement. “Il n’y a pas que les incendies qui polluent”, dénonce-t-il.

 

Par : CHABANE BOUARISSA


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