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Actualité Mercredi, 23 Novembre 2011 10:00 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Législatives au Maroc

Le PJD, un parti makhzénien ?

Par : Mohamed-Chérif LACHICHI

Avez-vous peur du PJD ? Non, pas plus qu’un autre parti makhzénien. L’entrisme des islamistes du PJD, désormais révélé au grand jour, ne date pas d’aujourd’hui.

Le PJD, un parti majoritairement royaliste, était déjà représenté par 47 députés dans l’ancienne législature. Il participe également aujourd’hui à la gestion de plusieurs communes et villes. Il a des élus dans toutes les circonscriptions électorales du royaume. Cultivant à outrance l’ambiguïté, le PJD est un parti d’opposition qui excelle dans l’art de la nuance. Pendant que certains appelaient à l’annulation du festival Mawazine, lui, il propose un simple report. Allez savoir pourquoi ? Le PJD qui a appelé à voter pour la nouvelle Constitution rejette tamazight comme langue officielle à côté de l'arabe, comme le stipule clairement la nouvelle loi fondamentale. “Au PJD c’est toujours oui, mais… Pour moi, je ne vous le cache pas : tout ceci n'a rien à voir avec l'Islam. Pour moi, cela reste encore de la politique politicienne et au pire de l'hypocrisie, au sens coranique du terme !”, se plaint Ghislaine, informaticienne. Par ailleurs, le roi étant le commandeur des croyants et l’Islam étant la religion d’État, une certaine connivence est née depuis de longues années entre le courant islamiste au Maroc et le Makhzen réputé plutôt conservateur et traditionnaliste. L’influence agissante de cette alliance politique sur la société marocaine (qu’il faut moraliser ?) commence à étouffer une jeunesse éprise de liberté et du reste très ouverte sur les valeurs occidentales. Le sort des femmes n’est pas très enviable malgré les ouvertures de la dernière Moudawana et la nouvelle Constitution. De moins en moins tolérée dans l’espace public, la femme doit faire face au Maroc, tous les jours, à un harcèlement machiste d’un autre âge. Cela va des insultes aux altercations qui se terminent souvent au commissariat. Sans grandes conséquences, bien sûr, pour l’homme. Pour se rassurer, certains Marocains préfèrent parler plutôt d’un regain de conservatisme au lieu d’une montée de l'islamisme. à court d’euphémisme, certains évoquent une vague “angoisse collective due à une perte de repères et d'identité”. Pour preuve Bled skizo chante le groupe casablancais Hoba Hoba Spirit. Certains évènements ont surtout montré, au Maroc comme en Algérie d’ailleurs, que les haines se cristallisent, de plus en plus souvent, chez nous, autour de questions religieuses. C’est comme si on voulait remplacer, là aussi, un totalitarisme par un autre.

Le contre-exemple tunisien
Les derniers développements régionaux interpellent les intellectuels marocains. La montée d’un parti islamiste en Tunisie en l’occurrence Ennahda est loin de constituer ici un fait anecdotique pour la simple raison qu’il se produit dans l’un des derniers bastions laïcs du monde arabo-musulman. Bien évidemment, pour l’élite marocaine, cet événement ne pouvait passer inaperçu. Est-ce à dire que le Maroc risque de devenir, un jour, une théocratie moyenâgeuse ? “Mais non, nous y sommes déjà ! Le roi utilise la religion comme un levier de pouvoir. La nouvelle Constitution a même reproduit le caractère sacré de la personne du roi”, s’inquiète une “gréviste” du Ramadhan qui avait participé en 2009 à une rupture collective et publique du jeûne à Mohammadia.
Des préoccupations citoyennes
très terre à terre
“Nous n’avons pas besoin de vous rappeler à vous Algériens les atrocités commises au nom de l’Islam, un mot dont le sens originel signifie pourtant paix, “salam” en arabe.” La question semble tranchée et l’interpellation sérieuse. Ainsi, les Marocains ne se font guère d’illusions. Ils ne veulent surtout pas épiloguer sur la hauteur des minarets. Ils sont plutôt à la recherche de solutions socioéconomiques viables. La société civile sait pertinemment ici que ce qui a créé, dans nos pays, un terreau à l’islamisme, c’est bien la corruption, la répression, la misère sociale, l’analphabétisme, le népotisme, le chômage… Le projet islamiste, qui se veut égalitaire, fait au Maroc de nombreux adeptes particulièrement dans les milieux défavorisés. Il recrute à tour de bras dans la frange des exclus et chez les laissés-pour-compte dans les derbs populaires. Les gens trop longtemps brimés aspirent aujourd’hui à plus de justice sociale. Le problème est que celle-ci ne relève pas seulement du divin mais aussi des hommes. Des créatures loin d’être parfaites. Hélas…

Surenchère islamiste
Quand ils sont au “pouvoir”, les islamistes ont, au fond, les mêmes aspirations que les autres hommes politiques. L’essentiel pour eux est de durer… “Regardez-les, aujourd’hui, sur leurs strapontins : ils font comme les autres dirigeants arabes, ils cherchent, tous, à obtenir des Occidentaux des ‘certificats de bonne conduite’, alors que leur doctrine à eux s’oppose fondamentalement aux pratiques de ce qu’ils appellent, en interne, les Croisés ou encore le grand Satan mécréant.” Depuis quelque temps, le PJD a cherché à paraître comme un parti islamiste “fréquentable”. Lors de la présentation du programme du PJD, Abdelilah Benkirane avait donné des gages aux alliés occidentaux du Maroc, et notamment mis en avant “la priorité donnée à l'Europe et aux États-Unis, avant l'Afrique et les pays arabes, parce que nous sommes conscients de l'importance de ces deux partenaires”. Dans un télégramme diplomatique révélé par le site WikiLeaks Mohammed VI avait, pour sa part, averti un sénateur américain que “les islamistes, qu'ils soient modérés ou extrémistes, ils sont tous anti-américains !”.

Effeuillage islamiste
Pourtant l’offensive de charme des dirigeants islamistes en direction de l’Occident n’a désormais plus de limites. On frise aujourd’hui l’indécence. On a entendu dire qu’Ennahda pourrait présenter en Tunisie une candidate non voilée à la présidence de l'Assemblée Constituante, ce qui est du point de vue, de l’exégèse, une pure “hérésie”. Si l’information est avérée, ce sera un précédent. Plus qu’un cas de jurisprudence islamique : on n’a jamais vu dans le monde et dans l’histoire politique un parti islamiste, vainqueur aux élections, désigner une femme sans “hijab” à la tête d'un pays musulman ! Au Maroc, Lahcen Daoudi, numéro 2 du PJD, a affirmé que si un juif marocain voulait rejoindre le PJD, il serait le bienvenu (SIC). Le président du groupe parlementaire du parti islamiste a même assuré que des juifs marocains avaient voté pour sa formation aux dernières élections. On demande à voir !

La leçon du FIS
Les islamistes au Maghreb ont eu, tout le loisir, d’étudier les erreurs stratégiques commises par leurs amis du FIS en Algérie. Aux portes du pouvoir, le discours radical n’a plus sa raison d’être. Les intentions d’Ennahda ou du PJD marocain sont jugées trop tolérantes et trop généreuses pour être honnêtes. Ils n'ont pas intérêt à dévoiler leur jeu tant qu'il n'ont pas encore obtenu le pouvoir. Et tout le pouvoir ! Ils savent très bien que des déclarations intempestives et attentatoires aux libertés pourraient contrarier leur “inexorable” ascension.

Benkirane ne croit pas à “Liberté”
“Liberté” ? “Ah ! Que reste-t-il de liberté dans notre région ?” C’est par cette boutade que nous a, d’emblée, accueilli au téléphone Abdelilah Benkirane, secrétaire général du parti Justice et Développement (PJD) interrogé par nos soins en juillet sur les résultats du scrutin référendaire. Parfait francophone, l’homme politique marocain est député de la circonscription de Salé depuis 1997. Il est militant islamiste depuis… 1976. Sa gouaille et sa voix nous a rappelé celle du défunt cheikh Nahnah.

M6 n’aime pas les barbus
Le souverain chérifien semble s’être toujours méfié de la mouvance islamiste que le Makhzen tente aujourd’hui de “domestiquer” à travers le PJD. Selon Mohamed Darif, spécialiste de l’islamisme marocain, le roi ne serait pas prêt à gouverner avec les islamistes. Le souverain éprouverait, d’après lui, une profonde aversion envers les islamistes, qui le concurrencent sérieusement sur le plan religieux.

La voix du Makhzen
Quand le pouvoir politique fait bon ménage avec le pouvoir économique la tentation devient toujours trop grande. Très enclins à l’économie de bazar, les islamistes aux affaires seraient une aubaine pour une faune d’affairistes proches du Makhzen, le véritable cœur du pouvoir au Maroc. L’argument servi au roi aurait été de neutraliser le PJD en l’associant au pouvoir. Soit, mais ce n’est pas le seul parti islamiste en embuscade au Maroc. Car si le PJD prend le pouvoir, les radicaux islamistes du mouvement Aâdl wa el-ihsane (non agréé mais toléré) auront, eux, le champ libre pour activer dans l’opposition. Attention, un parti islamiste peut en cacher un autre.
Mohamed-Chérif Lachichi

 

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