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La répression des magistrats a suscité une polémique

Les juges, les raisons d’un désamour

Les magistrats, ces mal-aimés, veulent recouvrer leur liberté. © Billel Zehani/Liberté

Des hommes et des femmes politiques ont été mis en prison dès qu’ils ont été présentés devant des juges qui réclament aujourd’hui le soutien de leurs concitoyens. Et, ironie du sort, c’est encore un juge qui reconduit la détention provisoire du moudjahid Lakhdar Bouregâa pendant que les juges étaient censés être en grève.

Une semaine après le début du débrayage des juges, la question du soutien populaire et de la classe politique à une corporation qui a toujours suscité des controverses se pose avec acuité. Dans son bras de fer avec le ministère de la Justice, le Syndicat national des magistrats (SNM), qui s’est montré bizarrement absent ces derniers mois, s’est interrogé sur l’absence de soutien populaire et politique à sa grève.

Les interrogations des juges qui, pour une fois, cherchent le soutien populaire sont justifiées. En effet, au lendemain de la grandiose marche du vendredi 1er novembre, les magistrats ont senti que leur action était passée sous silence et le mouvement populaire a poursuivi son petit bonhomme de chemin sans trop s’intéresser à cette catégorie à part qui, pour la deuxième fois depuis le début de la révolution populaire, croise le fer avec le pouvoir.  C’est un sentiment d’abandon qui a envahi des milliers de fonctionnaires d’une institution judiciaire qui a toujours mauvaise presse auprès de larges pans de la société.

Ce désamour est pourtant largement explicable. Le jour même des manifestations populaires de vendredi, plusieurs manifestants ont été arrêtés par des policiers, et des juges n’ont pas hésité, une nouvelle fois et malgré la répression qu’ils ont subie, à mettre en prison des citoyens pour le seul fait d’avoir exprimé une opinion sur les réseaux sociaux, d’avoir porté l’emblème amazigh ou parfois pour manifestation publique.

Des hommes et des femmes politiques ont été mis en prison dès qu’ils ont été présentés devant des juges qui réclament aujourd’hui le soutien de leurs concitoyens. Et, ironie du sort, c’est encore un juge qui reconduit la détention provisoire du moudjahid Lakhdar Bouregâa pendant que les juges étaient censés être en grève. Pis encore, de nombreux observateurs, y compris des hommes de loi et anciens juges, à l’image d’Abdellah Haboul, ne comprennent pas pourquoi les juges ont attendu une décision du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) portant sur des affectations et des mutations de fonctionnaires de la justice pour réagir.

De mémoire collective, la justice est souvent associée au pouvoir politique qui l’instrumentalise pour réprimer les opposants, interdire les manifestations publiques ou déclarer quasiment illicites et de manière systématique les grèves d’autres corps sociaux. Les images des médecins aux visages ensanglantés, des enseignants tabassés ou encore des blogueurs mis en prison pour de simples écrits contre le pouvoir sont toujours vivaces. Ce sont ces scènes, ces décisions qui ont poussé de nombreux Algériens à éviter de se solidariser avec les juges. 

Malgré cela, les images de juges agressés et matraqués à l’intérieur de la cour d’Oran ont créé un élan de solidarité inimaginable il y a quelques jours. Malgré une image plutôt négative qu’elle dégage, la justice est perçue, par de nombreux citoyens, comme une citadelle imprenable, un espace sacré inviolable par d’autres forces. Voir des gendarmes forcer les juges à reculer pour les obliger à ouvrir une session criminelle a choqué au-delà de l’institution judiciaire. Preuve en est qu’un appareil de répression peut toucher même ses propres serviteurs. Serait-ce le déclic qui redorera son blason à la justice ?

 

Ali Boukhlef

 



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