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Alors que l’équipe de Karim Younès peine à convaincre

Les partis du pouvoir, l’autre casse-tête du panel

Karim Younès, coordinateur du panel. © D. R.

Alors qu’il a rencontré hier après-midi les deux personnalités historiques que sont Youcef Khatib et Benhadj Mohand Ouamar, secrétaire général de l’ONM, le panel fait face à un nouveau défi : comment se comporter avec les partis du pouvoir, publiquement exclus du dialogue ?

Après le refus du pouvoir de répondre favorablement à ses “préalables”, exprimés par le chef d’état-major de l’armée, le panel de médiation, que coordonne Karim Younès, fait face à un nouvel écueil. Il fait sienne l’exclusion des partis de l’ex-alliance présidentielle du dialogue, mais il risque de recevoir un nouveau niet du pouvoir qui réclame un “dialogue inclusif”.

Malgré l’adversité, l’équipe de Karim Younès tente de recoller les morceaux. Le panel de “médiation et de dialogue” multiplie les sorties et les contacts. Il a rencontré des “acteurs du hirak” et s’apprête à convier des personnalités nationales au dialogue. Mais cela ne semble pas suffire pour convaincre un grand nombre d’Algériens, notamment les partis de l’opposition, d’adhérer à ce dialogue autour de l’élection présidentielle. Pour cela, Karim Younès a tenté une première manœuvre.

Il a mis sur la table des préalables. Il s’agit notamment de la libération des détenus d’opinion, de la levée des restrictions sur les médias, de la suppression des barrages à l’entrée de la capitale chaque vendredi, de l’allègement du dispositif sécuritaire mobilisé à chaque manifestation et du départ du gouvernement de Noureddine Bedoui. La proposition avait été bien accueillie par le chef de l’État. Abdelkader Bensalah avait, en effet, montré des dispositions à satisfaire ces revendications. Mais le détenteur du pouvoir réel, à savoir le chef de l’armée, a refusé catégoriquement ce que qu’il a qualifié de “diktats”.

Cela n’a pas empêché Karim Younès de camper sur ses positions et de rappeler à chaque fois que c’est l’État qui s’est engagé à prendre des mesures d’apaisement. Il attend toujours la mise en pratique de ces promesses. Cela n’est toujours pas le cas, malgré la relaxe d’un jeune homme détenu à Annaba pour port de l’emblème amazigh avec décision de lui restituer cet emblème qui, légalement, n’est donc plus un objet de délit.

Ce même refus risque, une nouvelle fois, de se dresser contre l’équipe de Karim Younès. Alors que le pouvoir exige un “dialogue inclusif”, le panel rappelle que les Algériens refusent tout dialogue avec les partis qui ont soutenu le cinquième mandat. “Ce n’est pas moi qui ordonne ou rejette quoi que ce soit.

Tous les manifestants, tous les partis politiques et toutes les personnalités nationales refusent de discuter avec ces partis politiques qui ont soutenu le régime jusqu’à la dernière minute et qui excluaient d’autres partis en leur temps”, indique Karim Younès, contacté hier par téléphone. Selon lui, toutes les plateformes produites jusque-là insistent sur ce point. “Je ne peux pas aller à l’encontre de la majorité des Algériens”, a-t-il indiqué.

Cette nouvelle donne sonne comme un affront chez les partis de l’ancienne alliance présidentielle. Si le MPA et TAJ ont carrément disparu des radars depuis l’emprisonnement de leurs présidents, Amara Benyounès et Amar Ghoul, le FLN et le RND tentent de résister. Tandis que Mohamed Djemaï fait face à une fronde interne, Azzedine Mihoubi essaie, lui, de donner du RND une image de parti fréquentable. L’ancien ministre de la Culture, qui a fait partie des laudateurs zélés d’Abdelaziz Bouteflika, veut faire participer son parti à un futur dialogue.

Tout en évitant de s’attaquer frontalement à ceux qui demandent d’exclure son parti, il rappelle que l’exclusion ne “doit pas faire partie de la démocratie”. Pourtant, tous ces partis de l’opposition ont été mis sur la touche du temps de la splendeur du régime Bouteflika. Au sein des deux partis, l’idée de “bloquer” l’APN, une institution déjà en panne, fait son chemin.

Un geste qui sera perçu comme un défi de plus envers des Algériens qui réclament un changement radical du système. Il reste maintenant à savoir si le pouvoir va accepter cette nouvelle “exigence” de parties appelées à servir d’intermédiaires au dialogue. Parce qu’un nouveau refus pourra sonner le glas de ce dialogue qui s’annonce déjà quasiment comme une œuvre impossible.

Le panel à la rencontre de personnalités historiques
En attendant, Karim Younès et son équipe continuent de faire comme si la situation était normale. Hier après-midi, des représentants du panel ont rencontré des personnalités nationales. Il s’agit notamment de l’ancien moudjahid Youcef Khatib, ancien chef de la Wilaya IV historique, et du secrétaire général par intérim de l’ONM, l’Organisation nationale des moudjahidine.

“Le commandant de la Wilaya IV historique et les membres de la fédération ont valorisé le travail du panel, tout en lui souhaitant du succès dans sa noble mission”, indique un communiqué du panel. Pour Karim Younès, le contact de ces deux personnalités est d’abord symbolique. “Ce sont deux personnalités historiques qui ont adopté les revendications du peuple algérien depuis le début.

Il s’agit de personnes qui constituent une référence pour les jeunes générations”, a indiqué le coordinateur du panel. Pour lui, les discussions sont “intéressantes” en attendant d’autres contacts dans les prochains jours. D’autres personnalités seront consultées avant de passer, probablement, aux partis politiques. Dans les derniers jours de cette semaine, le panel va rencontrer des acteurs du mouvement associatif. Mais notre interlocuteur n’a pas donné plus de détails.

Avant d’entamer ces rencontres, le panel de médiation et de dialogue a déjà constitué des commissions de travail. Il s’agit d’un groupe chargé des affaires politiques, d’un autre à qui l’on a confié les questions juridiques et des chargés de la communication et de la vulgarisation auprès des femmes et des jeunes. Constitué de plusieurs personnalités, le panel de médiation et de dialogue a suscité des polémiques et, parfois, de la méfiance, dès le début.

Ainsi, la présence du constitutionnaliste Bouzid Lazhari, une figure du bouteflékisme, a été fortement décriée. Puis, deux personnalités ont quitté le groupe. Il s’agit de l’économiste Smaïl Lalmas qui a claqué la porte du panel quelques heures seulement après un discours où Ahmed Gaïd Salah a dit refuser tout préalable au dialogue. L’universitaire Azzedine Benaïssa l’a suivi quelques jours plus tard. Ce dernier a tenu à rendre hommage à l’armée avant de se retirer sous la pression de la rue. D’autres figures ont rejoint l’équipe.

C’est le cas de l’universitaire Amar Belhimer, de la journaliste Hadda Hazem, de l’avocate Fatma-Zohra Benbraham et du médecin Mohamed Bekkat-Berkani. Depuis leur rencontre avec le chef de l’État le 27 juillet dernier, les membres du panel n’ont rencontré, publiquement, aucun responsable du pouvoir. “Nous discutons avec la société et la classe politique”, a expliqué Karim Younès.
 

Ali Boukhlef

 

 

 



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