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Les USA lâchent les Frères musulmans

Les Frères musulmans n’auraient été considérés que comme des “remplaçants” transitoires à Moubarak et non comme une “alternative”.


Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a estimé, jeudi, sur une télévision pakistanaise, que l'armée égyptienne avait déposé le président Mohamed Morsi début juillet dans le but de rétablir la démocratie. “L'armée n'a pas pris le pouvoir, d'après ce que nous pouvons en juger, jusqu'à présent. Pour conduire le pays, il y a un gouvernement civil. En fait, elle rétablissait la démocratie”, a expliqué le secrétaire d'État sur la télévision Geo. “Des millions et des millions de gens ont demandé à l'armée d'intervenir. Tous avaient peur d'une descente dans le chaos et la violence”, a-t-il précisé.
Le choix du pays n'est pas fortuit. Au Pakistan, les États-Unis caressent certainement le rêve d’une vigoureuse reprise en mains par l’armée. Le pays est stratégique à plus d’un titre pour le Pentagone, la CIA et Washington, mais il est entre les mains d’un pouvoir plutôt proche des islamistes, son Premier ministre étant aussi parvenu à placer à la tête de la présidence un membre influent dans son parti. Comme l’avait opéré avant lui son homologue turc pour s’emparer des principales institutions du pays et mettre ainsi au pas l’armée. Dans la réalité, Washington est favorable au coup d’État qui a renversé la gouvernance islamiste du Caire. Et peut-être même que les États-Unis y ont contribué, dès lors qu’ils ont fait violence à leur principe pour ne pas voir dans le coup d’État militaire égyptien du 3 juillet un coup d’État. Selon Global Research de New York, les Frères musulmans n’auraient été considérés que comme des “remplaçants” transitoires à Moubarak et non comme une “alternative”, et si l'armée égyptienne a choisi cette position offensive en démettant un président élu démocratiquement, elle n’a pu l'avoir fait qu'avec le “feu vert du Pentagone”.
L'administration Obama, tout le monde le sait, s’est refusée à dénoncer le coup d'État pour permettre au Congrès de continuer à subventionner l'armée égyptienne et investir dans le pays à hauteur de 2 milliards de dollars par an. La reconnaissance du coup d'État par Washington obligerait le Congrès à supprimer tous les crédits envers l'armée égyptienne.
D’ailleurs, le secrétaire d’État adjoint américain, William Burns, a dû encore batailler dur la semaine dernière avec les membres du Congrès sur cette question et ses évolutions en Égypte et dans la région. Dans la réunion à huis clos, W. Burns a expliqué aux républicains favorables aux islamistes, derrière John Mc. Cain, que si les aides militaires américaines au Caire n’ont pas cessé depuis 1979, lors de la signature de l’accord de paix entre l’Égypte sous la présidence d’Anouar Sadat et Israël, même après la chute de Hosni Moubarak et à l’arrivée des Frères musulmans, c’est parce que cela contraint le Caire, son armée notamment, à respecter ses engagements dans le sens de la paix avec Israël. Devant les congressistes, le secrétaire d’État adjoint a tenu à dire que la poursuite des aides militaires serait d’une “importance vitale”, en vue d’assurer la sécurité du Sinaï et, surtout, d’Israël. L’arrêt des aides américaines, a-t-il encore plaidé, pourrait porter atteinte à la compétence du Caire de “contrôler le canal de Suez et d’assurer la sécurité du passage des convois” par cet itinéraire.
Et de rappeler que le soutien aux Frères musulmans découlait de la même logique : assurer les intérêts nationaux des États-Unis dont ceux d’Israël, leur gendarme dans la région. Morsi, on s’en souvient, ne s’était jamais présenté comme un anti-américain. Idem pour les Frères, même au temps de Moubarak, dictateur déchu qui bénéficiait du parapluie américain. Il se dit aujourd’hui au Caire que les Américains avaient en son temps marchandé avec les militaires égyptiens la prise de pouvoir des islamistes, en contrepartie d’un “alignement sans réserve” des dirigeants de ces derniers sur les positions américaines. Avec la chute de Morsi, la coalition anti-Assad s'est effondrée suite également aux déboires de la Turquie où Erdogan et son parti l’AKP ne sont plus au firmament.
Le vent contre les islamistes souffle dans ce pays que les Frères et leurs franchises maghrébines avaient érigés en modèle de démocratie islamique. En Tunisie, la place Bourguiba prend les allures de la place Tahrir du Caire et de son Tamarrod qui a fait chuter Morsi. Au Maroc, si ce n’est l’intervention énergique de Mohamed VI, le parti islamiste au pouvoir se serait soumis à des élections législatives incertaines pour lui. Personne ne peut encore préjuger des développements en cours dans la sphère arabe, et surtout pas en Égypte où le chaos n’est pas à éliminer. Il reste qu’après avoir encouragé les “Printemps arabes” via la diplomatie du chèque qatarie, les États-Unis semblent revenus des expériences islamistes.


D. B