Scroll To Top

A la une / Actualité

La chronique politico-judiciaire montre que les lignes bougent dans le sérail

On rebat les cartes

© Archives Liberté

Les  événements  politico-judiciaires  qui  se   déroulent  en  ce moment semblent indiquer une recomposition progressive des rapports de force au sein du sérail.  Assurément, cela  constitue le signe  d’une remise en cause de la démarche qui a prévalu depuis mai 2019.

“Je m’apprêtais à rentrer en Algérie lorsque des informations crédibles me sont parvenues sur un projet d'arrestation arbitraire, immotivé et inique qui me vise. Je serai de retour au pays, une fois la situation normalisée et lorsqu'un président sera élu démocratiquement.” C’est ainsi qu’il s’exprimait, via son compte Twitter, fin juillet 2019, peu avant l’annonce par le tribunal de Blida de poursuites à son encontre en compagnie de son fils, Lotfi, et de Farid Benhamdine. 

Ancien homme fort du régime, notamment durant la crise du début des années 90, et ex-membre du Haut comité d’État, l’ancien ministre de la Défense et général à la retraite, Khaled Nezzar, condamné par contumace à 20 ans de prison ferme et visé par un mandat d’arrêt international, a pu finalement regagner le pays dans la discrétion et sans être visiblement inquiété. 

L’information divulguée par notre confrère El Watan fait état de son retour, il y a une dizaine de jours déjà, tandis que d’autres sources affirment qu’il est rentré bien avant. Condamné pour les chefs d’inculpation de “complot contre l’autorité de l’État et de l’armée” et “atteinte à l’ordre public”, Khaled Nezzar était dans le collimateur du défunt chef d’état-major de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, disparu il y a exactement une année, qui le soupçonnait de comploter contre lui en compagnie des deux ex-patrons des services de renseignements, Mohamed Mediène et Bachir Tartag, et le frère du président déchu, Saïd Bouteflika.

Khaled Nezzar qui avait révélé ses conciliabules avec Saïd Bouteflika dès le mois de mars 2019, alors que le Hirak gagnait en ampleur, réclamant la disqualification du cinquième mandat de Bouteflika, a été auditionné à la mi-mai de la même année en qualité de témoin. 

Mais comme pour son retour, nous ne saurons rien dans l’immédiat sur les raisons l’ayant conduit à quitter le pays quelques semaines plus tard, même si dans son entourage, on évoquait alors des soucis de santé. “Mazal, Mazal, Khaled Nezzar”, notait une banderole déployée lors d’une marche du Hirak dans la foulée de l’incarcération de Louisa Hanoune et des ex-patrons des services de renseignements.

“Le Hirak pacifique a poussé Bouteflika à démissionner. Pouvoir usurpé manu militari et la Constitution violée par des injonctions illégitimes. L’Algérie est prise en otage par un individu brutal qui a imposé le 4e et inspiré le 5e mandats. Il faut y mettre fin ! Pays en danger”, écrivait, le 15 juillet 2019, Khaled Nezzar à propos d’Ahmed Gaïd Salah avant d’en rajouter une couche quelques jours plus tard.

“Les décideurs du moment se sont déjà trompés de cible, jetant en prison sans vergogne un moudjahid (feu Bouregâa, ndlr) de la première heure et des manifestants pacifiques, pour avoir exprimé leur désir pleinement justifié de voir partir celui qui bloque le processus de changement réclamé par tous.”

Ce retour aussi inattendu que surprenant intervient dans un contexte, pour le moins particulier, marqué par une concomitance d’événements dont il est difficile pour l’heure de ne pas en percevoir quelques liens. Il survient, en effet, dans la foulée de l’annonce de la Cour suprême de sa décision de casser le jugement du tribunal militaire prononcé à l’encontre de Toufik, Tartag et Louisa Hanoune. 

Concours de circonstances, hasard du calendrier ou inspiration, il intervient également alors que Saïd Bouteflika connaît de nouveaux déboires judiciaires et que le député Tliba décide de déposer une requête de dénonciation contre les enfants du défunt chef d’état-major. Autre marqueur : réapparition de Tebboune après plusieurs semaines d’absence.

Si du point de vue juridique, Khaled Nezzar pouvait revenir, l’opacité, les circonstances et le contexte de son retour prêtent cependant à interrogation et font, d’ores et déjà, jaser dans les chaumières.

“Légalement, Khaled Nezzar peut revenir, et comme le jugement contre lui était par contumace, il peut s'opposer à ce jugement et le pouvoir revient aux autorités judiciaires qui peuvent le placer en détention préventive ou sous contrôle judiciaire dans l'attente d'une décision sur l'opposition qu'il a formulée (…) Politiquement, il semble que l'homme ait reçu de solides garanties de l'acquitter lors du prochain procès de Mohamed Médiène et de Tartag.

Si cela pouvait indiquer quelque chose, c’est que l'équilibre des pouvoirs au sein des clans a changé”, analyse Ahmed Betatache, spécialiste en droit constitutionnel et maître de conférences à l’Université de Béjaïa. 

Mais au-delà, faut-il voir dans ce retour d’un homme auquel on a souvent attribué de grands pouvoirs (réels ou présumés ?) les prémices d’un changement de paradigmes dans l’orientation politique du régime ? Va-t-il ouvrir la voie à une politique d’apaisement à l’égard des détenus d’opinion et politiques ?

Ou s’agit-il simplement d’un indicateur de changement de rapport de force à l’intérieur du sérail auquel cas, il faut s’attendre assurément à la prochaine libération des deux anciens patrons du renseignement, maintenant qu’il paraît clair que l’on s’achemine vers l’abandon des charges retenues contre eux ? Si ce retour peut signifier que l’ère d’Ahmed Gaïd Salah, entamée depuis plusieurs mois, est définitivement tournée, il reste qu’elle demeure une énigme générale.  
 

Karim KEBIR

 

 

 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER