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A la une / Actualité

Appels à l’application de l’article 102 sur fond de crise économique

Panique au sommet

Abdelaziz Bouteflika, président de la République. ©APS

Le pouvoir est-il juste incommodé par l’effet médiatique provoqué par le retour impromptu du débat sur l’état de santé de Bouteflika ou soupçonne-t-il des manœuvres de quelques clans ?

Cela ressemble à s’y méprendre à la réaction simultanée qui a suivi l’initiative du groupe des “19” qui avait réclamé, en vain, une audience au président de la République. C’était il y a presqu’une année. Quelques jours seulement après la sortie du président de la Chambre basse du Parlement, Saïd Bouhadja, à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire, du président du Sénat et du secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbes, c’est au tour du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, de monter au créneau pour brocarder ceux qui appellent à l’application de l’article 102 de la Constitution, une disposition qui porte sur la déclaration de l’état d’empêchement du président de la République pour cause de maladie grave ou durable.
“Premièrement, les politiques du groupe de l’article 102 sont des désœuvrés. Deuxièmement, ils font partie d’un réseau qui était au courant des problèmes financiers du pays”, a affirmé Ahmed Ouyahia dans des déclarations à l’issue de la réunion du bureau politique du RND, à une chaîne de télévision privée off shore, érigée, depuis quelque temps, comme le canal officiel et relais privilégié du “pouvoir”.
Ahmed Ouyahia ne lève pas cependant la confusion entretenue sciemment par certains d’entre ceux qui réclament l’application d’une disposition constitutionnelle, laquelle situe le rôle échu au Conseil constitutionnel en cas de maladie grave et durable du Président, et ceux qui suggèrent, en termes à peine voilés, à l’armée de faire valoir son poids pour sortir le pays de la grande impasse politique mortifère dans laquelle il s’est fourvoyé.
Il rappelle simplement que la “réponse la plus forte au groupe de l’article 102 a été donnée mercredi dernier par le Président lui-même qui a présidé un Conseil des ministres”. “Je rassure le citoyen que notre Président exerce ses fonctions.” Avant lui, Bouhadja avait soutenu que “le Président avait été plébiscité par le peuple algérien à l’issue d’un suffrage transparent et démocratique” en rappelant que les “élections sont la voie unique de la légitimité et que le développement de l’édifice démocratique et son ancrage ne pourront se faire sans le respect des institutions constitutionnelles”.
Il a mis en garde contre ce qu’il qualifie “d’aventure” et ouvert le feu sur ceux qui, “par désespoir, tentent de semer le doute sur les institutions, ignorant sciemment la logique constitutionnelle”. Pour Bensalah, le Président qui tire sa légitimité des élections de 2014, se “porte bien et exerce ses prérogatives constitutionnelles normalement”. Ne reste plus que la réaction, comme de coutume, de l’UGTA et d’autres organisations satellites.
Si en novembre 2016, le “pouvoir”, dans ses divers démembrements, a réagi à une action collective initiée par un groupe comprenant autant des figures politiques que révolutionnaires et artistiques, on a peine à croire que cette sortie, visiblement concertée d’Ouyahia, de Bensalah, de Bouhadja et d’Ould Abbes, vise seulement à répondre à Soufiane Djillali, un des partisans de l’application de l’article 102, et à Nouredine Boukrouh qui intervient le plus souvent à travers son compte personnel sur les réseaux sociaux. Le “pouvoir”, habité par la “soupçonnite”, y voit-il “le diable” à travers les sorties répétées, ces derniers temps, de ces deux personnalités ? En d’autres termes, soupçonne-t-il qu’ils se font les relais de quelque clan ? Ou alors l’effet médiatique provoqué par le retour impromptu du débat sur l’état de santé de Bouteflika, notamment sur les réseaux sociaux, l’incommode-t-il, dans un contexte de crise économique aiguë, de changement brutal à la tête du gouvernement dont on n’a pas encore percé tous les secrets et de manœuvres en perspective de 2019 ? S’il est établi que dans les mœurs politiques du régime, on a souvent réagi à l’unisson à l’adversité, cela ne peut cacher, au regard du contexte actuel, la panique qui semble avoir gagné le sommet de l’État.
Surtout que la pression augmente au fur et à mesure que la rente s’épuise. “La confusion sur la gouvernance générée par l’incapacité du pouvoir à circonscrire encore les querelles de chapelle dans le sérail, indique que le pays est entré dans une phase où le pire peut advenir”, prédit le RCD lorsque Boukrouh, loin de se laisser démonter, n’écarte pas l’éventualité de voir le “groupe de personnes qui exerce une influence sur le Président” d’ordonner, un jour, de “tirer sur le peuple en cas de troubles”. C’est dans un entretien au confrère El Watan, dans sa livraison d’hier.

Karim Kebir


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