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Le journaliste khaled drareni condamné hier en appel à deux ans de prison ferme

Pourquoi ?!

Hier, au tribunal d’Alger lors du procès de Khaled Drareni. © Louiza Ammi/Liberté

La  sentence  prononcée  hier  par  la  cour  d’Alger  est  tombée  tel  un coupret.   L’annonce  du  verdict  a  provoqué  la  colère de  la corporation  et  suscité  une indignation générale  au  sein  de  l’opinion.  Une  journée triste pour la liberté de la presse en Algérie.

La sentence est  tombée  tel  un couperet dans une salle d’audience stupéfiée : Khaled Drareni est condamné, lors de son procès en appel à la Cour d’Alger, à deux ans de prison ferme pour “atteinte à l’intégrité du territoire national” et “incitation à attroupement non armé”. Ses coprévenus, Samir Belarbi et Slimane Hamitouche, ont écopé d’une année de privation de liberté, dont huit mois avec sursis pour “incitation à attroupement non armé”.

Ils ont été relaxés  pour  le deuxième chef d’inculpation.  Le fondateur  du  site électronique Casbah Tribune, 40 ans, a gardé une attitude stoïque au moment du  prononcé  du  verdict. Il  a  été  évacué  précipitamment  de  la  salle sous escorte de gendarmes, laissant derrière lui des confrères et des consœurs, les unes en pleurs, les autres en colère.

Atterrés par un jugement, qu’ils espéraient nettement plus clément, ces derniers n’ont pu s’empêcher de crier très fort en direction du président de l’audience et de ses deux assesseurs : “Khaled Drareni est un journaliste libre.” Sur le parvis de la salle des pas perdus, les clameurs dénonciatrices ne se sont guère émoussées.

“Khaled Drareni sahafi, machi khabardji” (Khaled Drareni est un journaliste, il n’est pas informateur), ont répété inlassablement ses confrères et ses amis, pendant plusieurs minutes, avant d’être forcés à quitter l’enceinte du palais de justice par les agents de la Sûreté nationale.

La foule a poursuivi sa protestation dans la rue. Des membres du Collectif de défense ont également été surpris par le jugement rendu. “S’il n’y avait pas eu l’interférence du président de la République et du ministre de la Communication dans cette affaire, il n’y aurait pas eu cette condamnation révoltante.

C’est un scandale pour la justice”, a déclaré Me Abdelghani Badi. Le chef de l’État a traité publiquement, sans le citer, le fondateur du site électronique Casbah Tribune de “khabardji”, lui reprochant d’avoir rendu compte de son audition par les services de sécurité  à  un  chancelier étranger, tandis que le ministre de  la  Communication, Ammar Belhimer, lui  a  dénié la  qualité de journaliste au motif qu’il n’est pas détenteur d’une carte de presse.

Assimilant le verdict de ce mardi 15 septembre à une sanction d’inspiration politique, Me Badi a pris à témoin l’opinion publique : “Nous sommes tous en danger, car nous ne sommes pas protégés par la justice.” Le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (Laddh), Me Nourredine Benissad, a eu du mal à trouver ses mots : “Je suis comme tout le monde sous le choc.

Évidemment, en tant  que Collectif  de  la défense, nous  allons introduire un pourvoi en cassation tout de suite.” Me Fetta Sadat a expliqué que les avocats du journaliste disposent d’un délai de 8  jours  pour  introduire  un  pourvoi en cassation  auprès  de  la  Cour suprême.  Cette  instance  n’est  tributaire,  a contrario, d’aucun délai pour statuer sur le respect, ou  pas, des procédures dans ce dossier. 

“La Cour suprême peut programmer l’affaire rapidement ou dans quelques années. Il se peut aussi  qu’une requête de mise en  liberté  conditionnelle aboutisse, ou  pas.  Le  sort  de  Drareni  dépend, en  fait,  d’une  décision politique”, nous a-t-elle déclaré.

La forte mobilisation, à l’intérieur du pays et à l’étranger, n’a pas suffi à libérer le  journaliste.  Hier, il  est  retourné  dans  sa  cellule  carcérale  au  centre pénitentiaire de Koléa. Impuissants devant le pouvoir judiciaire, journalistes, avocats, politiques et citoyens n’ont eu que la latitude d’exprimer une empathie avec Khaled  Drareni et condamner, à leur tour, son incarcération.

“Le jugement rendu par la Cour d’Alger dans l’affaire Khaled Drareni, Samir Belarbi et Slimane Hamitouche démontre la régression des libertés et la privation du droit de citoyenneté consacré par la Constitution en vigueur, et ce, à la veille de la révision unilatérale de ladite Constitution”, a réagi à chaud Mohcine Belabbas, président du RCD.

“La condamnation de Khaled Drareni à deux ans de prison ferme restera ancrée dans la mémoire et l’Histoire comme la plus odieuse instrumentalisation de la justice dans la gestion des conflits politiques et contre la citoyenneté”, a-t-il poursuivi.

“Solidaire avec Khaled Drareni, condamné à deux ans de prison pour exercice professionnel du métier de journaliste. Le chantage à la répression ne pourra jamais avoir raison de tout un peuple”, a surenchéri Ali Brahimi, juriste et ancien député.

“Pour le Parti des travailleurs, rien  ne  peut  justifier  la  condamnation  à  une peine de prison d’un journaliste en relation avec ses activités professionnelles. Il  exprime  sa  solidarité  inconditionnelle  avec  Khaled  Drareni et  réitère l’exigence démocratique de sa libération, ainsi que celle de tous les détenus d’opinion”, a affirmé Ramdane Taâzibt, cadre dirigeant du parti.

“C’est un jour de deuil  pour la presse algérienne”, ont  décrété  de  nombreux journalistes. Arrêté le  7 mars 2020 alors  qu’il  couvrait  une  manifestation de rue, Khaled Drareni est maintenu en garde à vue  au  commissariat central de la capitale, pendant trois nuits.

Poursuivi  pour  atteinte  à  l’intégrité  du  territoire  national  et  incitation  à attroupement armé sur la base des articles 79 et  100  du code  pénal, il  est placé sous contrôle judiciaire.

La chambre d’accusation près la Cour d’Alger a, néanmoins, ordonné contre lui, le 27 mars, un mandat de dépôt. Il  a  été  incarcéré, le  lendemain,  à  la prison de Koléa. 

Le  10  août, il  est condamné, en première  instance  par  le tribunal de Sidi M’hamed, à  trois  années  de  réclusion. Cette  peine a été réduite à deux années fermes, hier, à l’issue de son procès en appel.
 

Souhila H.

 


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