Médicament
Saip : “Il faut produire plus et importer moins”
Par : Badreddine KHRISAvec 6 500 copies recensées, la pénurie de produits pharmaceutiques ne peut avoir lieu, estime cette organisation.
Le Syndicat algérien de l’industrie pharmaceutique (Saip) souhaite que l’Algérie entame impérativement sa transition progressive de l’importation vers la production des médicaments. L’organisation reconnaît néanmoins que l’on ne pourra jamais se passer de l’import. Elle cède, pour cela, ce créneau “aux partisans du gain facile”. Son président, le Dr Abdelkrim Djebbar, tire toutefois la sonnette d’alarme quant à la facture de l’importation qui ne cesse d’augmenter d’année en année et avoisinant actuellement les 2 milliards de dollars.
Il tient à souligner que chez nos voisins tunisiens et marocains, c’est le fabricant lui-même qui importe le complément à sa production concernant un médicament donné. Autrement dit, si le producteur n’arrive pas à fabriquer la quantité sur laquelle il s’est engagé, il recourra à l’importation. Par cette mesure, il évite toute asphyxie qu’il pourrait subir de la part de l’importateur. Cette réglementation a permis au Maroc de fabriquer 90% de sa consommation en produits pharmaceutiques. `La Tunisie produit, elle aussi, plus de 60% de ce qu’elle consomme. En Algérie, pour chaque produit recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (Oms), il existe, selon le Dr Djebbar, près de 18 copies qui peuvent être des génériques ou des médicaments similaires (le radical qui a changé). Pour les 350 médicaments préconisés par l’Oms pour une toute population, notre pays dispose de 6 500 copies.
C’est dire que dans ce domaine, affirme le président du Saip, l’Algérie “est copieusement gâtée”. Ce qu’il regrette, cependant, ce sont “les assauts” des visiteurs médicaux qui exercent une pression forte et inhumaine sur les prescripteurs. “Aujourd’hui, la nomenclature n’existant plus, la porte est ouverte à toutes les molécules, notamment les plus récentes”, déclare-t-il, citant l’épisode du médicament Médiator en France. Abdelkrim Djebbar relève également cette contradiction qu’“au moment où l’Algérie se dote enfin d’une politique du médicament qui commence à faire ses preuves, nous entendons, çà et là, des voix qui évoquent des pénuries”. Il récuse toute idée qui fait allusion à un quelconque manque de produits pharmaceutiques sur le marché national. “Non, il s’agit d’un jeu négatif que tout le monde a compris”, commente-t-il. Pour lui, ce sont des déclarations “infondées, injustes et parfois honteuses”. Et d’ajouter : “Ce ne sont que des tentatives de déstabilisation à l’encontre du ministère de tutelle.” Le président du syndicat dénonce à ce propos ceux qui “prétendent détenir le monopole de la douleur des autres”.
“Producteurs, importateurs, respectez vos engagements !”
Le président de cette organisation syndicale propose comme entre autres solutions d’établir un dictionnaire des molécules mères, génériques et similaires. “Il y a de quoi soigner les malades pour peu que l’on ne soit pas focalisé sur seuls les médicaments de spécialité et les princeps”, argue-t-il. Abdelkrim Djebbar pense que les mots “pénurie” et “rupture” de produits pharmaceutiques usités ces derniers mois renseignent sur le degré de “cupidité” de certains opérateurs qui activent sur le marché. À partir de là, il suggère de moraliser davantage la promotion médicale. Pour cela, la visite médicale doit être, relève-t-il, moralisée et revue, d’autant plus que c’est un élément considérable dans la régulation du médicament en termes d’importation, de conditionnement, de fabrication, de stockage et de distribution. Les producteurs affiliés au Saip sont, souligne-t-il, solidaires avec le ministre de la Santé. “Nous, véritables producteurs, soutenons la politique du ministère sans l’ombre d’un doute”, avoue le Dr Djebbar. Ce soutien trouve son origine, explique-t-il, des résultats palpables réalisés par la politique prônée par le ministre tels que la bonne couverture sanitaire avec une innocuité irréprochable, l’encouragement de l’investissement, l’intransigeance quant au transfert de technologie, la création d’emplois... Cela étant, le Saip appelle les importateurs, les producteurs et les conditionneurs à s’impliquer dans la politique adoptée par le gouvernement. Que tous ces opérateurs respectent leurs engagements en matière de quantités à importer ou à produire. Car, précise-t-on, il y a un défi majeur à relever à l’horizon 2014 qui est celui de produire 70% des besoins nationaux localement. Interrogé sur les 38 opérateurs accusés par le secrétaire général du ministère de surfacturation lors de son passage sur la chaîne Canal Algérie, le Dr Djebbar s’est dit non concerné par cette déclaration. “Le SG n’a jamais fait de reproche aux véritables producteurs. Au contraire, il les a félicités pour leur sérieux”, rétorque-t-il. Par ailleurs, le président du Saip a accueilli avec grande satisfaction la mise en place prochaine de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. “Cette structure est la bienvenue et doit, néanmoins, travailler dans la transparence totale”, nuance-il. Le Dr Djebbar se réjouit, en outre, de la remise des programmes d’importation aux importateurs et ceux de la production aux fabricants avant la fin de l’année. La tutelle s’est engagée pour le 15 du mois en cours et le rendez-vous a été respecté. Ce qui permettra aux différents opérateurs de mieux s’organiser et importer, soit les produits finis, soit les matières premières pour pouvoir travailler dans la sérénité.
Badreddine KHRIS



