Scroll To Top

A la une / Actualité

DISPARITION DU GRAND SOCIOLOGUE ABDELKADER LAKJAA

“Ses dernières forces étaient au service du Hirak”

© D. R.

Par : FATMA OUSSEDIK (SOCILOGUE)
         KHAOULA TALEB IBRAHIMI (SOCIOLINGUISTE)
        TAYEB KENNOUCHE (SOCIOLOGUE)

Le professeur Abdelkader Lakjaa n’est plus. Il a été emporté par une longue maladie dont il ne voulait pas parler à ses amis. Toujours discret, s’exprimant par ellipse, il se contentait de formules lapidaires : “Ne t’inquiète pas, je vais mieux. Tout va bien.” Et nous ne l’avons pas senti partir. Le téléphone sonne ce samedi 7 novembre 2020, nous recevons la nouvelle portée par les larmes et la détresse d’une collègue et amie : “Kader est mort.” Par vagues lentes cette triste nouvelle nous enveloppe et nous noie dans une profonde douleur.

Nous lui avions parlé au téléphone la semaine précédente. Il était, encore, tout occupé à la réalisation d’un numéro spécial sur le Hirak. Et studieusement, ne souhaitant pas le décevoir, nous étions quelques-un(e)s, engagé(e)s  dans  la rédaction des articles qu’il nous avait commandés, voulant associer nos noms au sien dans le soutien au Hirak. Car son cœur battait, comme le nôtre, au rythme de ce mouvement social.Il battait de façon sereine, attentive et réfléchie. Comme l’était Kader.

Il nous laisse, aujourd’hui, orphelins de son intelligence, de son amitié qui ne s’est jamais démentie depuis les années 70. Il a, depuis, été de tous les engagements et de tous les combats. Il a défendu l’Université algérienne, la sociologie en général et la sociologie urbaine, en particulier, sans trêve depuis l’Université d’Oran. Il avait pour habitude d’affirmer que “la qualité à laquelle nous appelons est un droit !”

C’était le frère d’Oran qui savait, au terme d’une réunion, d’une soutenance, d’un séminaire, partager avec vous la meilleure paella de la ville. Le partage, il l’a mis en pratique dans sa fonction de professeur en associant toujours ses étudiants à ses recherches, arpentant avec eux les rues colorées et grouillantes de vie de Sidi el-Houari, les formant à voir, à écouter et à s’imprégner des réalités algériennes. 

À en rendre compte et à en saisir le sens caché. Ses travaux sont nombreux et il n’est pas question d’en rendre compte ici. Nous souhaitons rappeler que les plus récents d’entre eux ont été, précisément, consacrés à cette jeunesse : en janvier 2020, il proposait une recherche intitulée Les jeunes en Algérie, un désordre sociétal. Car il avait des projets ! 

Le partage c’était aussi le soutien fourni à ses collègues lors de chaque enquête menée dans l’Ouest. Il se chargeait de trouver localement de jeunes enquêteurs, vous éclairait sur le contexte. Il a aussi toujours professé la reconnaissance de l’apport scientifique de ses pairs, engageant avec eux des travaux, leur rendant hommage. Comme ce fut le cas pour Abdelkader Djeghloul, Djamel Guerid et d’autres grands noms de la sociologie algérienne, méconnus du public, qui ont contribué à la faire connaître à travers des publications internationales.

Son engagement de chercheur, de professeur a nourri son combat au sein de la société. Car, il a été de tous les combats. Le dernier fut mené au sein de la Cnuac. Il n’hésitait pas à venir de très loin pour être présent à chaque réunion. Il ne s’est absenté que tardivement, la maladie le minant. Il aura mis ses dernières forces et son intelligence au service du Hirak. Il y a mis aussi son intégrité, sa sagesse. 

Notre ami Kader était un intellectuel, un militant inlassable et un gentleman. Ce grand Monsieur, comme Djamel Guerid et d’autres universitaires de cette génération a pourtant connu les vexations des petits marquis du ministère de l’Enseignement supérieur, de l’administration universitaire, ces clients d’un régime qui a voulu une Université médiocre et poussé son élite à l’exil.

Kader, Djillali, l’Oranais, l’Algérien, le chercheur, le Pr de sociologie urbaine n’est jamais parti. Il est resté et a témoigné des tourments des siens, les paysans pauvres comme la jeunesse des quartiers populaires.

Son absence est pour nous aujourd’hui une chose étrange qui contient tout autant d’infini que sa présence. Son œuvre demeure. Elle nous accompagne. Son modèle d’homme et d’universitaire digne continuera de renforcer nos convictions. Son épouse, ses enfants savent combien nous partageons leur affliction et leur deuil. Qu’ils trouvent dans ces quelques lignes l’expression de notre profonde compassion.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER