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Tahar Ould Amar, journaliste et écrivain en langue amazighe, à “Liberté”

“Tamazight a besoin des moyens de l’État”

©D. R.

Dans cet entretien, Tahar Ould Amar, ancien journaliste et écrivain en langue amazighe, lauréat en 2008 du prix Apulée pour son roman Bururu et auteur de Tafunast I Ittezzgen pétrole, revient sur les acquis du Printemps berbère et surtout sur l’émancipation et les défis qui s’imposent pour tamazight.

Liberté : 20 Avril 1980-20 Avril 2017, quels sont, selon vous, les principaux acquis du Printemps berbère ?
Tahar Ould Amar :
Rappelons d’abord le contexte d’avant 80. Le pays était désespérément livré au stalinisme sans Staline imposé par un FLN alors parti unique. Son instrument de répression, la sécurité militaire, qui deviendra plus tard le DRS, régnait et sévissait en maître. Toutes les intelligences étaient étouffées. La jeunesse, exaspérée, s’est révoltée contre l’ordre établi : c’était le Printemps berbère. Depuis ce mois d’Avril 1980, il était dit que rien ne serait plus comme avant. Le grand acquis du Printemps berbère, c’est d’avoir cassé le mur de la peur et montré la voie aux générations qui allaient suivre. Il a permis aussi  et surtout la prise de conscience identitaire et linguistique à un peuple sevré arbitrairement de ses vrais référents.

La nouvelle Constitution a-t-elle réellement donné un statut à la langue amazighe ?
La reconnaissance symbolique de tamazight est indéniable. Le Parlement a voté “oui” pour l’officialisation de tamazight. Le pouvoir était forcé de la constitutionnaliser. La crainte de la contamination par ce que l’on appelle le Printemps arabe, le fait que le Maroc avait pris les devants en matière d’officialisation de tamazight et l’avènement du MAK l’y avaient certainement  contraint. Cela étant, tamazight a un statut de langue officielle, même si ce n’est pas au même titre que l’arabe. Ceux qui étaient chargés de la rédaction de l’article inhérent à l’officialisation de tamazight ont excellé dans l’art sémantique. Ils ont décidé que “l’arabe est la langue de l’État” et que tamazight “est également langue officielle”. Quoi qu’il en soit, tamazight a plus besoin que l’on mette à sa disposition les moyens de l’État, comme on le fait pour l’arabe, que des coquetteries constitutionnelles. Et ces moyens tardent à venir.

Quel serait, selon vous, le caractère idoine pour la transcription de tamazight ?
N’importe quel caractère, pour peu qu’il soit aménagé, peut transcrire tamazight. On peut même lui inventer des signes. Seulement, l’aménagement du caractère latin a commencé, il y a près d’un siècle. Personne n’empêche les partisans du caractère arabe, tifinagh ou même hiéroglyphe de se mettre au travail. Seulement voilà, ces derniers passent leur temps à disserter sur des questions qu’ils ne maîtrisent pas plutôt que de se mettre au travail. En réalité, seule la dynamique sociale décidera du caractère. Elle, elle a déjà décidé. Elle est passée à autre chose : la production tous azimuts. Voyez-vous, même l’État semble avoir opté pour le caractère latin. Je vous invite à jeter un coup d’œil aux affiches consacrées au scrutin du 4 mai : tamazight y est transcrite en latin et, cerise sur le gâteau, sans faute d’orthographe.

Tamazight est-elle “unique” ou plurielle ?
Tamazight, unique, je n’en connais pas. Je connais le kabyle que je maîtrise et le chaoui, le targui, le m’zab, le chenoui… que, hélas, je ne maîtrise pas. Une tamazight unifiée semble être l’option de l’État qui, 37 ans après le Printemps berbère, ne s’est toujours pas défaite de ses réflexes “unicistes”. Une tamazight standard sortie des laboratoires serait une langue étrangère qui, comme l’explique Stendhal à propos de la langue seconde, nous éloignerait de la réalité. Une réalité que l’État devrait prendre au sérieux.

Entretien réalisé par : Ramdane Bourahla

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