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Constitution du Panel de dialogue

Trois personnalités témoignent et dénoncent

© D. R.

À peine installé, le panel qui devrait conduire le dialogue politique prôné par le pouvoir est déjà frappé de suspicion. Il ne pouvait en être autrement dès lors que des animateurs du mouvement du 22 février, approchés dans un premier temps pour apporter leur contribution, ont été déclarés persona non grata par ceux, au pouvoir, qui ont composé le fameux panel. Les personnes ainsi écartées ont tout de suite témoigné sur les réseaux sociaux de leur mésaventure. Des témoignages qui ne sont pas pour aider Karim Younès dans sa mission. Bien au contraire. 


 Nacer Djabi : “Le pouvoir ne voulait pas de nous”

Le panel des six personnalités, chargé de conduire le dialogue, suscite la suspicion à cause de sa composante controversée et surtout la célérité avec laquelle il a reçu l’onction du pouvoir en place. Le témoignage du sociologue Nacer Djabi confirme le scepticisme de l’opinion publique. Dans un long texte publié sur son compte sur les réseaux sociaux vendredi soir, l’universitaire rapporte qu’il a été approché par des émissaires d’institutions de l’État — il n’a pas voulu en dire plus sur l’identité de ses interfaces — en vue d’intégrer une instance de dialogue. “J’ai donné mon accord de principe, convaincu que le processus du dialogue doit être lancé tôt ou tard. Lors des discussions, j’ai posé les conditions au dialogue, soit libérer les détenus d’opinion, arrêter de réprimer les manifestants, ouvrir le champ audiovisuel (…).”

M. Djabi affirme avoir insisté, devant les personnes qui l’ont contacté, sur l’impératif d’“un accord préalable sur la souveraineté de l’instance de dialogue sur sa composition, ses décisions et ses méthodes de travail. C’est après avoir obtenu cette garantie que j’ai pris attache avec des camarades, dont j’ai proposé les noms, parmi lesquels Saïd Salhi et Lyès Merabet, dont la participation aurait donné plus de crédibilité à la démarche”.

Il a effectivement réussi à faire adhérer le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (Laddh) et le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP). “J’ai informé mes contacts dans les institutions et Karim Younès de notre disponibilité à participer au panel mercredi soir. Nous avons convenu, tous les trois en sus d’Islam Benatia, de laisser M. Karim Younès rencontrer seul le chef de l’État après qu’il nous eut parlé du rendez-vous pris à la présidence de la République, initialement pour la journée de mercredi puis décalé à jeudi”, poursuit le sociologue.

“Nous avons refusé de partir à la présidence de la République dès le premier acte. Il fallait d’abord se constituer et gagner la légitimité populaire. Nous devions entamer notre mission dès l’annonce de la constitution du panel et la satisfaction de nos conditions. Nous aurions, ensuite, rencontré le chef de l’État et d’autres responsables d’institution”, précise-t-il. Lors d’une réunion informelle des personnalités qui devaient former le noyau dudit panel (Karim Younès, Smaïl Lalmas, Fatiha Benabbou, Islam Benatia et lui-même), Nacer Djabi dit avoir proposé de n’accepter aucune compensation financière ou avantage matériel, quels qu’en soient les pourvoyeurs, afin de “ne pas rééditer les tares des expériences passées par lesquelles le régime a pris habitude de corrompre les élites. Islam Benatia a adhéré à la proposition”.

Quelques heures plus tard, le quatuor Djabi-Benatia-Salhi-Merabet est écarté, sans être informé, du panel au profit d’autres membres visiblement adoubés par le sérail. “Les représentants de l’État n’ont pas voulu de nous. Ils ont préféré avoir en face des gens acquis. C’est un choix. À mon avis, le régime n’a pas l’intention de lâcher le pouvoir”, conclut notre interlocuteur. 
 

Souhila Hammadi

 

 


                                   
Saïd Salhi : “Voilà les raisons de mon retrait...” 
Au lendemain de l’annonce de la constitution du panel chargé de conduire le dialogue et la médiation, une des figures de la société civile, Saïd Salhi en l’occurrence, vice-président de la Laddh, contacté par Karim Younès pour y figurer, raconte les dessous de la mise en place de cette commission et les zones d’ombre l’ayant entourée. “Il était question d'une initiative de médiation indépendante qui explorerait les voies et moyens pour préparer les conditions et le climat en vue d'amorcer un dialogue sérieux et ouvert pour une solution politique pacifique et négociée entre le pouvoir et la rue (société)”, précise Saïd Salhi dans un post publié sur son compte facebook. “Nous avons eu une longue discussion franche et libre autour des défis, des différentes initiatives et feuille de route, des propositions de la société civile et des deux pôles des partis politiques, en plus de la feuille de route du pouvoir”, dit-il.

À son interlocuteur, Saïd Salhi, comme nombre de ses pairs au sein des dynamiques de la société civile, a tenu à rappeler les préalables sans lesquels aucune initiative de médiation n’est viable. “Nous avons eu une discussion autour de l'ordre du jour du dialogue ; j'ai précisé que le dialogue ne doit pas être exclusif : la présidentielle, seule, ne fait pas consensus dans la société.” Autre question soulevée : le rôle de l’institution militaire. “J’ai aussi évoqué la place de l'armée dans ce processus et j’ai demandé si elle n’allait pas interférer dans le processus ?

Il m’a expliqué qu'elle respectera les résolutions du dialogue.” Rassuré par les propos de Karim Younès, selon lesquels l’initiative est “ouverte et indépendante”, Saïd Salhi, par souci de transparence, consulte ses pairs au sein des dynamiques qui lui donnent le quitus de participer à la condition de ne pas transiger sur les préalables. Et les premières divergences sont apparues quant à la mise en œuvre des préalables, plus exactement des mesures d’apaisement, sur la formalisation du panel, sur son mandat. “J’ai alors pris la décision de me retirer”, explique Saïd Salhi.

Mais mieux encore, mercredi soir, il prend connaissance de la composante du panel dans lequel figurent Nacer Djabi, Lyès Merabet, Islam Benattia, Fatiha Benabou et Smaïl Lalmas. Ils décident alors de se concerter. C’est alors que  Nacer Djabi, Lyès Merabet et Saïd Salhi renouvellent à Karim Younès les préalables sur lesquels ils se sont entendus. “Il nous a informés qu’il avait rendez-vous à la présidence le lendemain jeudi à 10h ;

nous avons alors convenu qu’il soit chargé par la présidence de la coordination du panel mais, nous concernant, il n’était pas question que nous participions à cette cérémonie et que nous soyons installés par Bensalah, le chef de l'État. Une fois chargé officiellement, Karim Younès formera lui-même le panel et l’annoncera publiquement une fois l'ensemble des détenus libérés. Le lendemain, à onze heures, nous découvrons à la télé que c’est un autre panel qui a été reçu à la présidence.”
 

K. K.

 

 

 

 

 

Seïf Islam Benattia : “L’initiative est mort-née” 

Annoncé comme probable membre du panel devant conduire
le dialogue que le pouvoir allait désigner, Seïf Islam Benattia,
activiste du mouvement populaire, ne figurait finalement pas
sur la liste. Il explique son retrait par “l’empressement” du pouvoir à mettre en place ce panel pour régler la crise et dans lequel figurent des reliques du système, notamment Bouzid Lazhari, qu’il présente comme l’architecte de toutes les Constitutions sous Bouteflika.

Ce maître assistant à l’université dont le nom a figuré d’abord sur la liste des 13 personnalités proposées par le Forum du changement de la société civile, que préside Abderrahmane Arar, a indiqué avoir rencontré Karim Younès en présence du représentant du “pouvoir réel”, avec lequel ont été abordés tous les aspects, notamment les garanties pour que “le panel soit indépendant et que ses décisions soient souveraines”.

Devait s’ensuivre une troisième rencontre du noyau de ce panel, qui s’est déroulée mardi dernier, en présence de Karim Younès, de Smaïl Lalmas, de Nacer Djabi, de Fatiha Benabbou et de lui-même. Selon ses révélations, Karim Younès qui était l’interface avec le pouvoir, à côté du représentant du pouvoir réel, a rassuré que ce panel allait s’élargir à d’autres membres, en informant qu’il allait rencontrer le SG de la Présidence pour avoir des garanties, puis le chef de l’État. Mais lui et Nacer Djabi ont formulé des réserves à ce sujet.

“Nous avons estimé qu’il était impossible d’aller à la Présidence sans connaître les autres membres du panel, ses prérogatives et les garanties. Cependant, nous avons senti, émanant du pouvoir, un empressement pour constituer ce panel. Et après des discussions avec Lyès Merabet et Saïd Salhi, nous leur avons donné notre accord de principe, tout en leur précisant que nous n’irons pas à la Présidence.

Seul Karim Younès devait y aller pour y rencontrer le SG, discuter des garanties, s’informer des personnalités pour que le panel se réunisse et, à ce moment seulement, prendre une décision finale”, a-t-il révélé. Mais, jeudi, après l’annonce officielle, Benattia dira avoir été conforté dans son jugement, en apprenant que figurait sur la liste le nom de Bouzid Lazhari.  “Il a cousu de fil blanc les Constitutions algériennes, notamment celle de 1996, et la révision de celle 2013. 

Il est complice du régime qui nous a plongés dans la crise que nous vivons. Il a été trois fois membre du Conseil de la nation au titre du tiers présentiel, a soutenu les putschistes dans les années 90. Comment peut-on vivre dans la crise créée par cette piètre Constitution qu’il a élaborée et s’asseoir autour d’une table avec lui pour discuter de la démocratie ?” a-t-il lancé. Sur un ton de défi, il a poursuivi : “Le représentant du Sud et celui d’Oran n’étaient même pas au courant de sa présence.” Pour Benattia : “Le panel est mort-né.”

 

A. R.

 

 

 

 

 

 


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