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LES ISLAMISTES D’ENNAHDHA DÉFAITS DANS UNE ÉLECTION PROPRE ET HONNÊTE

Tunisie : une leçon de démocratie

Le verdict est tombé : les Tunisiens ont corrigé le cours de leur révolution. Le mouvement Ennahdha, qui avait récupéré la révolution, est battu à l’issue d’un scrutin libre. Désormais, la fatalité dictature ou islamiste, qui a tant collé au monde arabe, s’effondre.

Entre les islamistes, exclus du jeu politique par le passé, et les démocrates, les Tunisiens ont tranché en faveur de ces derniers, préférant la démocratie à l’aventure. Même si le score ne confère pas une majorité au parti de Béji Caïd Essebsi et laisse une assez grande marge de manœuvre au mouvement de Rached Ghannouchi, il n’en demeure pas moins que cette élection sonne comme un désaveu des islamistes, présentés comme seule alternative au régime de Ben Ali, mais aussi à la troïka formée au lendemain de la chute de Ben Ali et de l’amorce de la période de transition. D’ailleurs, le parti du président Marzouki a réalisé un score qui en dit long sur la popularité de cet ancien opposant, mais aussi de la sanction de l’électorat tunisien à l’égard d’un président provisoire, qui n’aura pas trop convaincu.
La défaite des islamistes était prévisible, depuis leur écrasante victoire en 2011.
D’ailleurs, beaucoup de ceux qui ont donné leur voix au mouvement Ennahdha s’en étaient mordu les doigts juste après, en craignant pour les libertés individuelles, notamment le statut des femmes, et surtout en voyant des courants extrémistes s’exprimer ouvertement et remettre en cause les acquis de la révolution.
Pour beaucoup de Tunisiens, le cours de la révolution a été détourné. Et les débats, qui traînaient en longueur dans l’Assemblée constituante, donnaient raison au scepticisme grandissant des Tunisiens.
Mais, au-delà des aspects politiques et des risques sur les libertés publiques, les Tunisiens ont surtout reproché au mouvement islamiste son incapacité à trouver des solutions à la crise financière dans laquelle se débat le pays. Réalistes, les Tunisiens sont très attentifs à la situation financière du pays et se demandent à quoi ont servi tous les prêts et autres dons reçus par le gouvernement, qui était contraint, en dernier ressort, à puiser dans les poches des fonctionnaires, en multipliant les taxes et autres retenues. Pourtant, le parti de Ghannouchi était conscient, dès son retour tonitruant en 2011, qu’il ne devait pas gérer seul le pays. Il avait essayé de négocier des postes de figurants avec d’autres partis, pour prendre en charge la présidence provisoire de la République, ainsi que l’Assemblée constituante, mais ce cocktail n’a pas eu les résultats escomptés.
En dernier recours, il était obligé d’opter pour un gouvernement “apolitique”, histoire de limiter les dégâts et de sauver ce qui pourrait l’être en vue de ces élections législatives. Mais c’était trop tard. Le peuple tunisien avait déjà pris sa décision.
Les dirigeants d’Ennahdha n’avait du modèle turc que le nom ; la peur des Tunisiens de voir leur pays vivre l’expérience égyptienne ou, pire, celle du voisin libyen a fini par faire pencher la balance vers les anciens du régime, mais aussi les démocrates, les laïcs et les animateurs de la société civile, qui n’ont pas baissé les bras face à la propagande islamistes et les assassinats politiques dont ont été victimes des figures de l’opposition démocratique.
Face à la redoutable machine de mobilisation du mouvement Ennahdha, Nidaa Tounes aura compté essentiellement sur la société civile tunisienne, très active et décidée à ne plus se faire avoir comme en 2011. Finies les illusions, place au réalisme. Et c’est sur ce chapitre que la société civile tunisienne a pesé afin de barrer la route à une seconde razzia islamiste.
Le fort taux de participation aux législatives tunisiennes constitue un gage de crédibilité de plus pour ce scrutin qui s’est déroulé dans des conditions parfaites et qui a été salué par l’ensemble de la communauté internationale.
Les Tunisiens, après avoir été les précurseurs des révoltes arabes, ont donné une seconde leçon au monde entier : le changement démocratique pacifique est possible et les pays de la région ne sont pas condamnés, fatalement, à choisir entre les dictatures et les islamistes. Reste à savoir si les islamistes radicaux que Ghannouchi tentait de calmer en étant au pouvoir ne vont pas muscler leur discours, voire désavouer le “modéré” Ennahdha, et opter pour une action plus extrémiste, voire être tentés par le maquis. Cela reste possible. Toutefois, le mouvement de Ghannouchi, en dépit de sa défaite symbolique, garde quand même assez de poids, en étant la seconde force politique du pays, pour que l’on compte avec lui dans la nouvelle étape qui s’ouvre à la Tunisie.


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