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Actualité Samedi, 11 Février 2012 10:00 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Enseignement supérieur

Une réforme à contre-courant

Par : Yacine S

C'est donc au moment où la France remet en cause son propre système que l'Algérie décide de le singer.

Après la mise en place du système LMD (licence, master, doctorat), on est passé à la création des classes préparatoires et des grandes écoles. Inspirée du processus de Bologne, qui vise à harmoniser les enseignements et à uniformiser les diplômes pour favoriser la mobilité des étudiants en Europe, la première réforme a déjà fait l'objet de nombreuses analyses. Elle ne retiendra pas notre attention ici.
La seconde est tout simplement la transposition à contretemps de “l'exception française” qui, plus est, dans un environnement qui ne s'y prête pas. La France est, en effet, le seul pays au monde où l'enseignement supérieur fait cohabiter universités et grandes écoles. En dehors des études de santé (médecine, odontologie, pharmacie), les premières ont la réputation d'accueillir les enfants des classes populaires et sont tournées vers la recherche. Les autres sont perçues comme le temple des élites et son orientées vers l'entreprise. Pourtant, elles ne rayonnent pas dans les classements internationaux comme celui de Shanghaï. La France a enfin pris conscience de ce handicap et a entrepris un rapprochement entre les deux blocs.
“Les mots université et grande école sont obsolètes”, a jugé récemment Pierre Nora, président de la Conférence des grandes écoles (CGE), qui réunit quelque 200 établissements publics ou privés. Le plus souvent accessibles après deux années de “prépa” et un concours très sélectif, les grandes écoles ont eu pour fonction de reproduire les élites.
Un ou deux élèves de seconde sur une classe de 30 pouvait y arriver. Le système de sélection était tel que l'intelligence n'en donnait pas le sésame. Et des élèves pouvaient afficher d'excellentes notes dans les matières dites techniques ou de spécialité sans y arriver. Leur ambition se brisait sur l'épreuve de langue étrangère (anglais, le plus souvent), de culture générale et de l'entretien oral.  
Et là, ce n'est pas une question de vocation ou de niveau mais tout simplement de distinction sociale. Les plus favorisés sont ceux qui ont multiplié les séjours linguistiques à l'étranger, qui vont au théâtre et qui sautent de musée en galerie d'exposition. Pour l'entretien, il faut des codes sociaux que seuls les enfants “bien nés” connaissent. Sans compter le coût pour les écoles privées (12 000 euros par an à HEC). C'est pour cela que les énarques de France, les dirigeants du CAC 40, les responsables politiques se ressemblent. Comme des “petits pois”, a même osé le président Nicolas Sarkozy en parlant des magistrats.
En plus de laisser sur la rade de très nombreuses potentialités, le système français est à la traîne en ce qui concerne la recherche scientifique, ignorée par les grandes écoles, pourtant bien mieux dotées en moyens que les universités.
Depuis quelques années, des brèches commencent à s'ouvrir dans cette citadelle avec le pari de les rendre de plus en plus béantes. Pour de nombreuses grandes écoles, les fameuses “prépas” ne sont plus la seule antichambre. Des concours “passerelles” sont aménagées pour les élèves titulaires d'un BTS, du DUT (diplôme universitaire technologique) et d'une deuxième ou troisième année de licence. Des partenariats sont noués entre grandes écoles et lycées des quartiers populaires. Appelés “cordées de la réussite”, ces partenariats peuvent prendre la forme d'actions multiples comme le tutorat, l'accompagnement académique et scolaire, l'accompagnement culturel ou l'internat d'excellence. Des entreprises y participent en proposant des simulations d'entretiens de recrutement et des offres de stages aux jeunes impliqués dans le dispositif.
La prestigieuse école Sciences Po Paris vient de réformer son concours d'entrée, avec comme principale innovation la suppression de l'épreuve de culture générale.
Une réforme plus globale initée par M. Sarkozy tend à regrouper les universités et les grandes écoles avec l'objectif d'affronter la compétition internationale. Début février, le gouvernement français a désigné les derniers lauréats des “initiatives d'excellence” (IDEX) : cinq nouveaux projets qui s'ajoutent aux trois choisis en juillet 2011. Il s'agit de faire émerger huit super-universités capables de visibilité à l'international et d’“attirer les meilleurs talents”. À titre d'illustration, l'IDEX de Paris-Saclay associe deux universités, dix grandes écoles (polytech, HEC ...) et sept organismes de recherche.
Ces méga-universités devraient s'organiser selon le modèle anglo-saxon, aujourd'hui dominant.
C'est donc au moment où la France remet en cause son propre système que l'Algérie décide de le singer. “Les frontières entre les deux systèmes d'établissement sont de plus en plus poreuses. Aujourd'hui, l'insertion professionnelle fait partie des missions de l'université tandis que les grandes écoles doivent faire de la recherche”, observe encore Pierre Nora. Encore qu'en France, la méritocratie n'est pas un mot creux. Même “bien né”, un jeune doit quand même franchir les épreuves de sélection. On ne rentre pas dans un établissement prestigieux au moyen d'une dérogation spéciale ni sur un coup de fil de “papa” ou de “tonton”.


Y S.

Commentaires

Sirius 11-02-2012 13:00

#5
Quant à dire que la recherche scientifique en France est à la traîne, je ne sais pas sur quelle base vous affirmez cela avec un tel aplomb... Le classement de Shangai ne mesure pas la qualité de l'enseignement ni celle de la recherche stricto sensu, mais plutôt la visibilité des universités! Et si on ne trouve pas de Grandes Ecoles françaises dans les premiers rangs du classement, c'est parce qu'elles sont de petites tailles. Il n'en demeure pas moins que l'écrasante majorité des quelque 50 prix Nobel français sont sortis de Normale Sup' et la totalité des 10 médaillés Fields de Mathématiques en France sont sortis de cette même Normale Sup', alors pour un échec... Quant aux frais d'inscriptions élevés de 12 000€ pour HEC, réservés aux riches... vous oubliez de dire que ces frais sont nuls pour Polytechniques, Normale Sup', les Mines... mieux encore, ils reçoivent même un salaire durant leur scolarité! Voilà ce que vous bouliez de dire avec tant d'autres choses encore...
Répondre a Sirius

Sirius 11-02-2012 12:48

#4
Vous mélangez tout Monsieur Yacine : méritocratie, classement de Shanghai, frais d'inscription... alors si pour saper le concept de Grandes Ecoles, c'est réussi. En revanche, si c'est pour éclairer le lecteur, c'est raté!
Les Grandes Ecoles en France ont du bien et du mauvais, et on est pas obligé de calquer ce qui est mauvais, à savoir les discriminations sociales! D'ailleurs, en Algérie, ce que j'ai remarqué, c'est que ce sont les enfants des plus pauvres qui réussissent mieux à l'école! Par ailleurs, étant donné que le Bac en Algérie n'est plus aussi sélectif, il faut bien instaurer un système de sélection pour faire émerger une vraie élite qui puisse apporter de la valeur ajoutée tant à l'industrie qu'à la recherche scientifique! L'apport des Grandes Ecoles (Polytechniques , Mines, Ponts et Chaussées...) dans l'industrie française n'est pas discutable, dans le nucléaire, les travaux publics...
Répondre a Sirius

Mak53 11-02-2012 12:42

#3
Comment parler d'Université (qui n'ont même pas le niveau de Zaouïa) et de grandes écoles " où une grande partie des étudiants n'a pas le niveau des CEP d'antan" et d'apporter des réformes, quelles qu'elles soient. A mon humble avis commencer par réformer l'école primaire, donner beaucoup plus d'importance aux langues, le français notamment , que nous le voulant ou pas cette langue reste, objectivement parlant, la seule entrée dans le monde occidental pour éventuellement maitriser ensuite l'anglais, langue universelle par excellence, et peut être parler ensuite de grandes écoles, université, et réformes et modernité. Qui sait peut être devrions-nous être, dans une trentaine d'années, obligés d'apprendre le chinois.
En d'autres termes l'arabisation telle que menée actuellement sert plus à mettre nos enfants sur des voies ..plutôt qu'à leur ouvrir des perspectives.
Répondre a Mak53

Maaliche 11-02-2012 10:43

#2
bien dis, mais il faut connaitre la réalité des grandes écoles en algérie pour comparer. Et puis, on ne sait pas que veux l'Algérie de ses grandes écoles!!
Répondre a Maaliche

indigné 11-02-2012 10:27

#1
Ah oui, on ne peut avoir une université de bon classement mondiale avec un coup d'appel de papa, mama ou tonton.
Répondre a indigné

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