Introduction ratée de la cimenterie d’Ain El-Kebira de Sétif. La brochure grand public de l’introduction en bourse en 2016 de cette cimenterie a donné le résultat net et les capitaux propres de cette société pour les années 2011 à 2014, avec un cours d’introduction proposé de 1600 DA par action. Il n’est pas fait mention de dividendes versés sur cette période. En prenant les chiffres de 2014, on obtient un PER de 5,75 et un PBR de 1, ce qui parait raisonnable. L’échec de l’introduction en bourse de cette entreprise est peut-être à chercher ailleurs que dans ses résultats financiers passés. Une explication avancée est que le lancement de cette introduction s’est fait à un moment proche du lancement de l’emprunt national. C’est possible, mais cet argument est fragile car le montant de cette introduction avortée était proche de 19 mds DA, soit 3,3% du montant récolté par l’emprunt national, à savoir 568 mds DA. Une possible explication est la peur d’une gestion pas très efficace de l’entreprise, à l’instar de ce qui s’est passé pour Saidal et El-Aurassi au moment de leur introduction. Une autre possible explication est l’état de surproduction que va connaitre le secteur sous peu, ce qui nous ramène à l’importance des anticipations des revenus futurs mentionnées ci-dessus.

La Crise, une opportunité pour investir ?

Les cours boursiers de certaines entreprises sont clairement impactés par la crise économique. Cette crise va probablement continuer et peut-être devenir plus sévère au cours des années prochaines, ce qui pose la question de l’opportunité d’acheter des actions en bourses ou plus généralement d’autres actifs comme l’immobilier.

Il y a deux expressions que les investisseurs anglo-saxons aiment bien rappeler. La première expression est « la période pour acheter est quand il y a du sang dans la rue », c’est-à-dire en temps de crise. Elle est attribuée au Baron Rotschild qui aurait en fait dit « la période pour acheter est quand il y a du sang dans la rue, même si c’est votre sang ». La seconde expression est « n’essayez pas d’attraper un couteau qui tombe ». Clairement, la première expression suggère que c’est en temps de crise qu’il y a des opportunités d’investissements. Au contraire, la seconde expression recommande la prudence et d’attendre que le couteau touche le sol, c’est-à-dire que la crise soit sur sa fin.

Autrement dit, qu’elle est le meilleur moment pour acheter ? C’est quand les prix sont bas ! Comment savoir s’ils ne vont pas continuer de baisser ? Il faut étudier de près les détails techniques et financiers de l’entreprise, son secteur, avoir de la perspective sur l’économie du pays. Il faut aussi se poser la question des investissements alternatifs et se rappeler que l’argent qui dort est grignoté par l’inflation, inflation qui va continuer d’être élevée au cours des années qui viennent. Et surtout prendre des risques, dans l’investissement financier, et de manière plus générale dans la vie. Le rendement est une rémunération du risque pris, à condition d’éviter de perdre sa chemise.

Deux autres règles d’investissement sont bonnes à rappeler. Il faut diversifier son portefeuille entre actions et obligations comme il faut diversifier les actions et les secteurs. Enfin, la prise de risque doit diminuer avec l’âge ; autrement dit la part des obligations dans le portefeuille doit augmenter avec l’âge. Certains suggèrent la règle suivante pour les Etats-Unis: soustraire de 100 l’âge de l’investisseur pour déterminer la proportion des actions dans le portefeuille.  

Recommandations

Les privatisations doivent se faire par la bourse pour augmenter sa taille et pour plus de transparence.

Exonération totale de l’impôt sur la plus-value pour toute proportion de l’entreprise introduite en bourse pour attirer plus d’entreprises.
Lancement de plans épargne-actions et retraites complémentaires pour stimuler la demande en actifs financiers.
Donner une plus grande importance au ratio « prix-earning » (PER) au moment de l’introduction en bourse pour éviter toute surévaluation du cours.
Changer le type de management des sociétés à majorité étatique et enlever toutes les interférences politiques pour les rendre plus efficaces et plus attractives à la bourse.
Augmenter le nombre de séances de transactions par jour.
Permettre de rajouter des écarts maximaux au cours d’une même journée, même en cas de transactions.
Réduire le pas de cotation de 5 DA à 1 DA.
Donner des aides financières et des incitatifs fiscaux aux médias spécialisés en information financière pour informer et éduquer le public.  

 

Nour Meddahi

Professeur d’économie
Université de Toulouse