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Avis d'expert Mercredi, 14 Mars 2012 10:00 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

L’ALGÉRIE NE DOIT PAS RATER SON “DIVIDENDE DÉMOGRAPHIQUE” !

Par : Seghir * Smaïl

Dans un article précédent, l’auteur a proposé des mesures pragmatiques capables de mettre l’économie algérienne sur les rails d’un développement autoentretenu. Il avait aussi proposé que des chantiers plus structurés soient mis en œuvre pour accompagner le cercle vertueux de la croissance ainsi créé. Il se trouve que la dynamique démographique de l’Algérie d’aujourd’hui lui donne la possibilité de bénéficier du “dividende démographique” pour ancrer plus solidement les conditions de la croissance. Qualifié aussi “d’aubaine démographique”, ce concept renvoie à un moment exceptionnel de l’histoire démographique d’un pays qui lui donne la possibilité d’accroître rapidement son PNB.

Concept introduit pour la première fois par David Bloom de l’université Harvard, et aujourd’hui parfaitement connu des démographes, le “dividende démographique”  ne semble, curieusement, pas préoccuper outre mesure nos économistes et autres observateurs du développement national. Alors même que pour l’Algérie cette notion constitue un enjeu majeur.
De quoi s’agit-il ? Dit simplement, le dividende démographique exprime la situation où, dans un pays qui a achevé sa transition démographique, la proportion de la population en âge de travailler dépasse celle des personnes dépendantes, c’est-à-dire les jeunes et les personnes âgées. Il se trouve que cette période dans la vie d’un pays ne dure pas longtemps, moins d’une génération en général, mais peut se traduire par des possibilités de croissance économique exceptionnelle, lui faisant gagner plusieurs points de PIB.
C’est la raison pour laquelle on parle aussi d’“aubaine démographique”. Cette croissance n’est pas pour autant automatique. Elle doit être mise en œuvre par des politiques ad hoc, capables précisément de bénéficier des effets du dividende démographique.Qu’en est-il pour l’Algérie ? Notre pays a achevé sa transition démographique et se trouve à présent dans cette partie de la “courbe de dépendance” où la dépendance globale diminue. Dans cette phase historique, les personnes en âge de travailler - entre 15 et 65 ans - dépassent en nombre les personnes plus jeunes et plus âgées. Dans le graphe ci-contre, l’Algérie se serait située entre le Brésil et la Chine en 2010.
Durant cette phase, avec une population au travail plus jeune, apportant davantage d’esprit d’entreprise et d’innovation, un pays peut atteindre les plus grands gains de productivité, d’épargne et d’accumulation de capital. À condition, bien entendu, que l’on mette en place des politiques appropriées. Selon les données les plus récentes sur la démographie algérienne, la “fenêtre d’opportunité” correspondant au dividende démographique, ouverte en 1970, devrait se refermer vers 2020. Il reste ainsi très peu de temps pour tirer profit du dividende démographique. Raison de plus pour engager sans délai les politiques indispensables.
Quelles sont les politiques à mettre en œuvre pour bénéficier du dividende démographique ? La politique première concerne l’emploi. Mais il ne s’agit pas seulement de créer davantage d’emplois mais surtout de disposer d’une main-d’œuvre bien formée. À cet égard, la qualité devra primer la quantité. Notre système d’éducation ne devrait plus continuer à former des jeunes qui ne trouvent pas d’emplois à la fin de leurs études.
Au contraire, on devrait identifier les quelque 200 profils dont nous avons besoin aujourd’hui et surtout demain. Cela suppose une vision totalement différente de la politique de formation adoptée jusque là. Au lieu de construire toujours plus d’écoles et d’universités, on devra davantage songer à rentabiliser au maximum les installations existantes. Par exemple, à quoi servent nos écoles et universités après 17 heures ? À rien ! On pourrait les utiliser pour former des formateurs, organiser des cours du soir pour différentes populations de travailleurs, etc. L’autre grand changement dans la formation concerne la pédagogie. Jusque-là, le système algérien a souvent privilégié la théorie sur la pratique. Il faudra au contraire accorder plus de temps aux travaux pratiques, que ce soit à l’hôpital, dans l’usine ou dans les laboratoires des entreprises.  
Enfin, les méthodes pédagogiques elles-mêmes devront évoluer. Comme le dit le regretté C. K. Pralahad, former des gens en les faisant simplement asseoir devant leurs professeurs n’est pas la meilleure façon de leur faire acquérir des compétences employables et monnayables. “Si nous savons former des pilotes d’avion sur simulateur, il n’y a aucune raison pour qu’on ne le fasse pas pour des conducteurs d’engins”, nous dit C. K. Prakalad qui veut souligner par là l’apport exceptionnel des nouvelles technologies dans l’enseignement.
Dès lors, nous devons développer de nouveaux outils pédagogiques en les utilisant de façon la plus innovante qui soit. Ces progrès ne sont possibles que si on réforme en profondeur notre système d’enseignement. Dans cette direction, on devra donner beaucoup d’autonomie aux universités algériennes pour pouvoir nouer des relations de partenariat fortes avec leurs homologues des pays développés comme le font les Indiens et les Chinois, encourager avec des mécanismes d’aides substantielles les grandes entreprises à créer leurs corporate universities, revoir de fond en comble le système public de formation professionnelle qui peine aujourd’hui à répondre aux besoins des métiers les plus basiques, favoriser l’initiative privée dans l’éducation professionnelle par des mesures fiscales audacieuses.
L’autre politique à mener de façon vigoureuse concerne l’entrepreneuriat. Seules des entreprises solides, capables d’offrir des emplois durables, peuvent constituer des solutions viables. Cela veut dire adopter des mesures qui encouragent l’investissement en le libérant totalement de toute entrave et en favorisant les recrutements par des dispositifs fiscaux plus attractifs pour les entrepreneurs. La création d’entreprises devrait ainsi constituer une priorité nationale, loin de l’ambition limitée des dispositifs d’emplois jeunes. Il faut au contraire encourager l’émergence d’entreprises compétitives et innovantes, capables de saisir et de valoriser les avantages comparatifs qu’offre l’Algérie. C’est là un effort absolument fondamental pour le développement économique algérien. Les infrastructures sont l’autre priorité pour accompagner efficacement la création d’entreprises. Il s’agit d’équiper le pays en infrastructures indispensables pour accueillir les projets industriels. À cet égard, l’effort autoroutier lancé au début des années 2000 participe certes de cette priorité. Mais pour que ces efforts donnent leur pleine mesure, il faut les prolonger dans deux directions.
En premier lieu, il s’agit de relier les nouvelles autoroutes à des grandes zones industrielles autour de nouveaux ports de taille mondiale, capables d’offrir aux entreprises les conditions logistiques indispensables dans le commerce international d’aujourd’hui. L’autre effort dans les infrastructures concerne les nouvelles technologies de l’information. Les projets actuellement considérés (e-Algérie 2013 et autres) devraient se donner plus d’ambition en révisant à la hausse les objectifs poursuivis.
En particulier, on devra généraliser et développer plus rapidement les liaisons à haut débit pour fournir aux entreprises et aux institutions de formation les possibilités de tirer profit des potentialités élevées offertes par les nouvelles technologies de l’information.  
La fenêtre d’opportunités du dividende démographique commencera à se refermer pour l’Algérie à partir de l’an 2020. Il nous reste ainsi à peine huit années pour engager les réformes et les efforts indispensables pour bénéficier de cette aubaine exceptionnelle. L’Algérie ne sera jamais en meilleure position pour mettre son économie en mouvement. Rater cette occasion, c’est rater son rendez-vous avec l’histoire. Le prix en serait alors particulièrement lourd.

S. S.
(*) Consultant en management
seghirsmail@yahoo.com
Liberté du 31/05/2010 “Des mesures pour enclencher le redémarrage
de l'économie algérienne.”
Bloom, D. E., D. Canning, et al. (2003): The Demographic Dividend: A New Perspective on the Economic Consequences of population Change.
Prem Chandra Saxena: Ageing and Age-Structural Transition in the Arab Countries: Estimated Period of Demographic Dividends and Economic Opportunity.

 
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