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Avis d'expert Mercredi, 09 Mai 2012 10:00 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Discours, promesses, propositions

Les leçons de la campagne électrorale

Par : Dr Abderrahmane Mebtoul (*)

Le taux de participation sera le plus grand test de crédibilité pour les pouvoirs publics en place.


Malgré ces discours d’un autre âge comme ce président de parti candidat qui prône un taux de réussite de 90% au baccalauréat afin dit-il d’éviter le désespoir de la jeunesse, ou de la majorité qui promet l’éradication du chômage sans taux de croissance, j’ai suivi les longs discours  lassants et irréalistes  des différents candidats dont bon nombre ont déserté les radios
qui a laissé place à la musique, des meetings clairsemées que l’on essaie de remplir en vain, voulant montrer leur visage
uniquement à la télévision qui a évité tout débat contradictoire.
Cela  explique en grande partie que la campagne  se termine avec un désintérêt de la majorité de la population et ce de toutes les régions du pays jamais connu même au temps du parti unique. Comment ne pas avoir  constaté lors de la fête du travail du 1er mai 2012   passée inaperçue  avec ce même désintérêt général où n’existent plus ces corps sociaux intermédiaires crédibles capables de mobiliser et surtout de convaincre, laissant en cas de malaise social une confrontation directe services de sécurité/citoyens. J’ai donc pu constater à l’instar de bon nombre d’amis le bas niveau de la campagne électorale, facteur de démobilisation,   qui au  lieu d’affronter les véritables problèmes, politiques, sociaux, culturels et économiques  et de livrer  des solutions  réalistes  tenant compte de la transformation  et de la crise multidimensionnelle  du monde confronté à une crise durable, se livrent à des discours chauvinistes hystériques. Comme si certains candidats  étaient les seuls nationalistes brandissant toujours comme ennemi l’extérieur alors que le mal est avant tout en  nous,   et  se livrant à des  promesses utopiques  auxquelles la majorité de la population  algérienne confrontée à la dure réalité quotidienne  ne croit plus. Cela  explique,  face à une profonde injustice sociale, les revendications sociales pour un partage immédiat  de la rente des hydrocarbures par le doublement  du salaire immédiatement  quitte à aller vers un suicide collectif.  Ces candidats  ne vivent-ils pas sur une autre planète en voulant vendre des chimères ? Sans avoir une vision de sinistrose car  nous avons assisté à bon nombre de réalisations depuis l’indépendance politique, mais également à  beaucoup d’insuffisances, il s’agissait de dresser une trajectoire pour l’avenir  2012/2020 du pays, tenant compte des bouleversements géostratégiques mondiaux  à venir, mais nécessitant pour cela de dresser le bilan politique  économique et social   de 50 années d’indépendance sans complaisance  lors d’un large débat  national sans exclusive.
Tout le monde sait  que les députés n’ont aucun pouvoir réel  sinon comme par le passé de lever la main, comme acte de soumission, pour  un  salaire de 300 000 DA par mois  sans compter les avantages. Ils n’ont aucune  influence sur la politique économique, sur le  mode de gouvernance et  sur le  changement du  fonctionnement de la société qui est  la réponse stratégique  si l’on veut mobiliser. La  population algérienne désabusée, galvaudée par tant de promesses non tenues, en mal de repères avec ces discours  contradictoires  de responsables au plus haut niveau    ne croit plus en rien.  
La facilité est de penser   que c’est en pondant des lois que l’on change le fonctionnement d’une société,  mentalité bureaucratique sclérosante, l’Algérie ayant les meilleures lois du monde que contredisent quotidiennement les  pratiques sociales. Or il s’agit impérativement de mettre en place d’autres mécanismes de régulation du pouvoir politique et économique.  
De  l’avis de la majorité des rapports internationaux   le blocage en Algérie est d’ordre systémique avec des impacts mitigés de la dépense publique dominante et ce   malgré une aisance financière jamais égalée depuis l‘indépendance politique  où l’on dépense sans compter. La rente du pétrole s’épuisera dans 14/16 ans et celle du  gaz non conventionnel dans 25 ans au moment où la population algérienne  dépassera 40 millions d’habitants, les réserves de change, source de toutes les convoitises intérieures et extérieures,  dues à cette rente (estimées au 31/12/2012 à 205 milliards de dollars par le FMI)  n’étant qu’une richesse virtuelle éphémère.  L’urgence est  un Etat de droit (indépendance de la justice), une autre gouvernance,  avec cette corruption socialisée qui met en danger la sécurité nationale,  un  changement profond dans la politique socio-économique devant permettre  un développement harmonieux, conciliant l’efficacité économique  et une profonde justice sociale, car les réformes à venir non évoquées par  les candidats seront douloureuses devant être partagées dont le  dégraissement de la fonction publique qui est  plus gros effectif actuellement.
Cette vision doit s’inscrire dans le cadre du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique. Sans les réformes structurelles,  l’Algérie risque des tensions sociales  de plus en plus vives, horizon 2015/2020. Où est donc  la politique  hors hydrocarbures loin des discours chimériques, certains voulant nous ramener à l’ère soviétique  suicidaire où en 2012,  98% sont le fait d’exportation d’hydrocarbures et important  70/75% des besoins des entreprises et des ménages ? Peut-on parler du fait de cette extériorisation de véritable indépendance économique et politique ?
Contrairement  à ceux qui prônent le statu quo et le satisfecit pour continuer dans l’actuelle voie qui mène à l’impasse, en fait pour protéger les  intérêts étroits de la rente aux dépens de l’intérêt national,  ces tensions ne peuvent que mener  à  une déstabilisation avec le risque d’une intervention étrangère du fait que  la situation géographique   de l’Algérie aura pour  impact une déstabilisation  du bassin méditerranéen  et du Sahel.
Je  ne le ne souhaite pas pour mon pays  mais hélas, l’actuelle politique risque de conduire à cette situation d’où l’urgence d’un changement. Pourtant je ne suis pas  pessimiste quant à l’avenir de l’Algérie devant renouer avec les valeurs du 1er novembre 1954. Du fait des enjeux externes et internes, seul un   rassemblement national, axé sur une  profonde moralisation de la société, ce qui ne saurait signifier unanimisme signe de la décadence de toute société incorporant toutes les sensibilités, peut permettre à l’Algérie de  devenir un acteur  actif  au niveau de la région euroméditerranéenne et de l’Afrique son espace social naturel. étant issu d’une grande famille  de révolutionnaires qui a tout donné pour l’indépendance du pays, n’ayant de leçons à recevoir de personne, c’est pour toutes ces raisons  que je voterai blanc le 10 mai 2012.
à mes nombreux amis de toutes les régions de l’Algérie, je conseille  de ne pas sombrer  dans la provocation et l’intolérance. La population  algérienne, dans son immense majorité, aspire à l’état de droit, à la démocratie, tout en préservant son authenticité à la liberté, à la justice sociale, à un revenu décent provenant du travail et de l’intelligence et donc  au  changement, différé transitoirement du fait de rapports de forces contradictoires qui se neutralisent,  qui est inéluctable et ce au profit exclusif de  note beau pays, l’Algérie.


A. M.
(*) Professeur des Universités - Expert international en management stratégique

 

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