Discours, promesses, propositions
Les leçons de la campagne électrorale
Par : Dr Abderrahmane Mebtoul (*)
Le taux de participation sera le plus grand test de crédibilité pour les pouvoirs publics en place.
Malgré ces discours d’un autre âge comme ce président de parti candidat qui prône un taux de réussite de 90% au baccalauréat afin dit-il d’éviter le désespoir de la jeunesse, ou de la majorité qui promet l’éradication du chômage sans taux de croissance, j’ai suivi les longs discours lassants et irréalistes des différents candidats dont bon nombre ont déserté les radios
qui a laissé place à la musique, des meetings clairsemées que l’on essaie de remplir en vain, voulant montrer leur visage
uniquement à la télévision qui a évité tout débat contradictoire.
Cela explique en grande partie que la campagne se termine avec un désintérêt de la majorité de la population et ce de toutes les régions du pays jamais connu même au temps du parti unique. Comment ne pas avoir constaté lors de la fête du travail du 1er mai 2012 passée inaperçue avec ce même désintérêt général où n’existent plus ces corps sociaux intermédiaires crédibles capables de mobiliser et surtout de convaincre, laissant en cas de malaise social une confrontation directe services de sécurité/citoyens. J’ai donc pu constater à l’instar de bon nombre d’amis le bas niveau de la campagne électorale, facteur de démobilisation, qui au lieu d’affronter les véritables problèmes, politiques, sociaux, culturels et économiques et de livrer des solutions réalistes tenant compte de la transformation et de la crise multidimensionnelle du monde confronté à une crise durable, se livrent à des discours chauvinistes hystériques. Comme si certains candidats étaient les seuls nationalistes brandissant toujours comme ennemi l’extérieur alors que le mal est avant tout en nous, et se livrant à des promesses utopiques auxquelles la majorité de la population algérienne confrontée à la dure réalité quotidienne ne croit plus. Cela explique, face à une profonde injustice sociale, les revendications sociales pour un partage immédiat de la rente des hydrocarbures par le doublement du salaire immédiatement quitte à aller vers un suicide collectif. Ces candidats ne vivent-ils pas sur une autre planète en voulant vendre des chimères ? Sans avoir une vision de sinistrose car nous avons assisté à bon nombre de réalisations depuis l’indépendance politique, mais également à beaucoup d’insuffisances, il s’agissait de dresser une trajectoire pour l’avenir 2012/2020 du pays, tenant compte des bouleversements géostratégiques mondiaux à venir, mais nécessitant pour cela de dresser le bilan politique économique et social de 50 années d’indépendance sans complaisance lors d’un large débat national sans exclusive.
Tout le monde sait que les députés n’ont aucun pouvoir réel sinon comme par le passé de lever la main, comme acte de soumission, pour un salaire de 300 000 DA par mois sans compter les avantages. Ils n’ont aucune influence sur la politique économique, sur le mode de gouvernance et sur le changement du fonctionnement de la société qui est la réponse stratégique si l’on veut mobiliser. La population algérienne désabusée, galvaudée par tant de promesses non tenues, en mal de repères avec ces discours contradictoires de responsables au plus haut niveau ne croit plus en rien.
La facilité est de penser que c’est en pondant des lois que l’on change le fonctionnement d’une société, mentalité bureaucratique sclérosante, l’Algérie ayant les meilleures lois du monde que contredisent quotidiennement les pratiques sociales. Or il s’agit impérativement de mettre en place d’autres mécanismes de régulation du pouvoir politique et économique.
De l’avis de la majorité des rapports internationaux le blocage en Algérie est d’ordre systémique avec des impacts mitigés de la dépense publique dominante et ce malgré une aisance financière jamais égalée depuis l‘indépendance politique où l’on dépense sans compter. La rente du pétrole s’épuisera dans 14/16 ans et celle du gaz non conventionnel dans 25 ans au moment où la population algérienne dépassera 40 millions d’habitants, les réserves de change, source de toutes les convoitises intérieures et extérieures, dues à cette rente (estimées au 31/12/2012 à 205 milliards de dollars par le FMI) n’étant qu’une richesse virtuelle éphémère. L’urgence est un Etat de droit (indépendance de la justice), une autre gouvernance, avec cette corruption socialisée qui met en danger la sécurité nationale, un changement profond dans la politique socio-économique devant permettre un développement harmonieux, conciliant l’efficacité économique et une profonde justice sociale, car les réformes à venir non évoquées par les candidats seront douloureuses devant être partagées dont le dégraissement de la fonction publique qui est plus gros effectif actuellement.
Cette vision doit s’inscrire dans le cadre du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique. Sans les réformes structurelles, l’Algérie risque des tensions sociales de plus en plus vives, horizon 2015/2020. Où est donc la politique hors hydrocarbures loin des discours chimériques, certains voulant nous ramener à l’ère soviétique suicidaire où en 2012, 98% sont le fait d’exportation d’hydrocarbures et important 70/75% des besoins des entreprises et des ménages ? Peut-on parler du fait de cette extériorisation de véritable indépendance économique et politique ?
Contrairement à ceux qui prônent le statu quo et le satisfecit pour continuer dans l’actuelle voie qui mène à l’impasse, en fait pour protéger les intérêts étroits de la rente aux dépens de l’intérêt national, ces tensions ne peuvent que mener à une déstabilisation avec le risque d’une intervention étrangère du fait que la situation géographique de l’Algérie aura pour impact une déstabilisation du bassin méditerranéen et du Sahel.
Je ne le ne souhaite pas pour mon pays mais hélas, l’actuelle politique risque de conduire à cette situation d’où l’urgence d’un changement. Pourtant je ne suis pas pessimiste quant à l’avenir de l’Algérie devant renouer avec les valeurs du 1er novembre 1954. Du fait des enjeux externes et internes, seul un rassemblement national, axé sur une profonde moralisation de la société, ce qui ne saurait signifier unanimisme signe de la décadence de toute société incorporant toutes les sensibilités, peut permettre à l’Algérie de devenir un acteur actif au niveau de la région euroméditerranéenne et de l’Afrique son espace social naturel. étant issu d’une grande famille de révolutionnaires qui a tout donné pour l’indépendance du pays, n’ayant de leçons à recevoir de personne, c’est pour toutes ces raisons que je voterai blanc le 10 mai 2012.
à mes nombreux amis de toutes les régions de l’Algérie, je conseille de ne pas sombrer dans la provocation et l’intolérance. La population algérienne, dans son immense majorité, aspire à l’état de droit, à la démocratie, tout en préservant son authenticité à la liberté, à la justice sociale, à un revenu décent provenant du travail et de l’intelligence et donc au changement, différé transitoirement du fait de rapports de forces contradictoires qui se neutralisent, qui est inéluctable et ce au profit exclusif de note beau pays, l’Algérie.
A. M.
(*) Professeur des Universités - Expert international en management stratégique



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