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Économie / Avis d'expert

Géostratégie

Quelles perspectives pour la coopération algéro-chinoise ?

Deux grandes élections ont une influence décisive sur l’avenir du monde, en ce mois de novembre 2012. Celle des États-Unis d’Amérique et celle de la Chine, qui est une grande puissance et dont la stratégie ne peut être isolée.

La Chine s’inscrit au sein des pays émergents appelés BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et l’Afrique du Sud. Ces cinq pays représentent 40% de la population mondiale et en 2015, selon le Fonds monétaire international, ils devraient assurer 61% de la croissance de l’économie mondiale.
En 2011, ils représentaient environ 40% de la population mondiale, 27% du PIB mondial et extrapolé par le FMI en 2025 à environ 40% du PIB mondial devant, donc, assister à d’importants bouleversements géostratégiques. À l'intérieur du parti, une lutte se déroule depuis 2010 entre les partisans d'une libéralisation politique et de la rupture avec l'héritage maoïste et ceux de la ligne dure conservatrice , lobbys très puissants qui veulent conserver le statut quo. Or l’enjeu diplomatique ne sera que le reflet de ces deux tendances où l’aile  réformiste est plus réaliste face aux enjeux mondiaux. Dans ce cadre, suite à l’interview que j’ai accordée à l’Agence de presse Xinhua (Chine Nouvelle), j’entrevois cinq axes stratégiques pour les dirigeants qui seront issus du  XVIIIe congrès du Parti communiste chinois, fixé le 8 novembre 2012 avant de terminer par faire un inventaire de la coopération algéro-chinoise.
Premièrement  pour le XVIIIe congrès du Parti communiste chinois, fixé au 8 novembre 2012, l’essentiel est d’assurer la cohésion  entre les membres du comité  central  et du  bureau politique  qui n’ont pas toujours des vues convergentes notamment sur l’importance du   rôle de l’Etat dans l’économie  représentant parfois des groupes d’intérêts différents  et surtout de donner à l’opinion  publique chinoise et internationale un minimum de moralité dans la lutte contre la  corruption.
2- Deuxièmement, sur le plan de la politique socioéconomique, le grand problème des futurs dirigeants chinois est de maintenir un  taux de croissance supérieur à 10% afin d’éviter le chômage qui sera fonction de l’évolution de la croissance mondiale notamment en Europe, premier lieu d’exportation chinois et les USA, et second lieu d’exportation. Il s’agira, également, d’optimaliser l’importance de ses réserves de change (3 181 milliards de dollars au 1er janvier 2012) par le canal de ses fonds souverains pour ses investissements  à travers le monde. Par ailleurs, il s’agira de s’attaquer à la surchauffe de l’économie, notamment comment lutter contre la hausse du taux d’inflation et les inégalités afin d’assurer la cohésion sociale, équilibre spatial et équilibre socioprofessionnels. L’équilibre entre les villes, la Chine connaissant une urbanisation accélérée et les campagnes seront une priorité en relançant également l’agriculture du fait de la forte pression démographique.
3- Troisièmement, sur le plan stratégique lié aux deux points précédents, avec ce rajeunissement des dirigeants qui connaissent bien les nouvelles mutations tant internes que celles du monde, il s‘agira de réaliser une transition maitrisée d’une économie administrée vers une économie de marché concurrentielle plus humanisée. Dans ce cadre, il s’agira pour les futurs dirigeants d’une plus grande libéralisation du crédit, d’un assouplissement de la fiscalité en direction notamment des PMI-PME privées car environ 100 000 sociétés publiques, accaparent l’essentiel du crédit  et dont plus de 50% de l’efficacité économique est relativement faible.
4-Quatrièmement, les dirigeants chinois  devront arbitrer entre  l’importance de leurs besoins en énergie (ayant les plus grandes  réserves mondiales en gaz schistes, plus de 35 000 milliards de mètres cubes gazeux contre 25 000 aux USA, selon l’AIE) et la protection de l’environnement comme le montre les importants investissements consacrés aux énergies renouvelables où ils peuvent être les leaders, supposant un nouveau modèle de consommation énergétique (mode de transport et mode de construction notamment).
5-Cinquièmement, l’action sur le plan diplomatique où en ce XXIe siècle la puissance d’un pays se mesure à la puissance économique, la Chine utilisant ses leviers diplomatiques pour assurer son succès économique, bien qu’étant membre permanent du conseil de sécurité et pouvant influencer sur les  grandes décisions internationales. Si la Chine maintient le taux de croissance actuel sur une décennie, elle risque à l’horizon 2020 de rivaliser avec les États-Unis d’Amérique, première puissance économique actuelle, voire la dépasser et son  influence diplomatique  s’étendra avec l’élargissement des couches moyennes porteuses de développement. Certains stratèges parlent d’ailleurs, horizon 2020, d’un duo USA-Chine avec la possibilité d’une marginalisation de l’Europe. Le devenir de l’Europe est en Afrique, y compris l’Afrique du Nord, qui devrait être l’ horizon 2030/2040, avec le 1/4 de la population mondiale en majorité jeunes, sous réserve du renouveau de la gouvernance, le vecteur de la croissance de l’économie mondiale. Mais en cas d’un ralentissement brusque de son économie, avec comme conséquence des remous sociaux intérieurs, l’influence de la Chine tout en tenant compte du vieillissement de sa population, risque de diminuer. Donc, le défi des futurs dirigeants chinois issus du XVIIIe Congrès dépendra des perspectives économiques chinoises intimement liées  au niveau interne à l’État de droit et à la cohésion de son front social et au niveau extérieur largement influencées par la re-mondialisation.
6.-Enfin, pour terminer quelles perspectives pour la coopération algéro-chinoise ? Il est utile de rappeler que les relations entre la Chine et l’Algérie sont bonnes sur le plan politique depuis la guerre de Libération nationale.  Mais dans la pratique des affaires, il n’y a pas de sentiments pouvant exister un large fossé entre les discours politiques et la dure réalité économique. Les deux tiers des échanges de l’Algérie se font avec l’Europe et si l’on inclut les États-Unis d’Amérique, ce taux dépasse les 80%. Le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique a atteint le record historique de 166,3 milliards de dollars en 2011. En matière d’investissement chinois en Algérie, le montant a atteint 1 milliard de dollars en 2010, tandis que les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Chine se sont élevés à 5 milliards de dollars en 2009.   En 2011, environ 6,42 milliards de dollars et pour les cinq premiers mois de l’année 2012,  à 3,28 milliards de dollars. Durant la même période de référence 2012, la Chine a importé un milliard de dollars à partir de l’Algérie, avec une croissance de ses importations de 30,9 % tandis que l’Algérie a importé 1,2 milliards de dollars de la Chine avec une croissance de 39,7 %. Comparé au PIB chinois de 2011, d’environ 7 466,2 milliards de dollars et dépassant pour l’import-export (non compris les services) un volume de plus de 3 000  milliards de dollars, et pour l’Algérie un PIB de 183 milliards de dollars et pour  l’import-export  un volume d’environ 110 milliards de dollars, les échanges ente la Chine et l’Algérie  sont très faibles loin des potentialités des deux pays. L’intensification des échanges dépendra des réformes structurelles au niveau des deux pays.



(*) Dr A. M.
Professeur des Universités, Expert International en management stratégique