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Formation continue en Algérie: attestation ou certificat?

La Formation continue (FC) est sans aucun doute l’investissement le plus sûr qui permettra, d’une part d’améliorer la qualité des services offerts à la société, et d’autre part de rehausser le niveau des pratiques et des compétences dans tous les domaines disciplinaires autant au niveau de la formation professionnelle qu’universitaire. En d’autres termes, les institutions de formation étatiques et privées doivent impérativement prêter une attention particulière aux impacts et retombées positives de la formation continue comme prestation de service sur le quotidien de la population en particulier et de la société en général.

Sans prétendre avancer qu’il existe en Algérie une culture de formation continue, cette dernière est en plein essor grâce aux développements des multiples offres de formations des différents organismes et institutions notamment privés dans tous les champs disciplinaires comme celui de la formation professionnelle, de la technologie, des sciences humaines et notamment des sciences de la santé. En effet, la formation continue est depuis quelques années au centre d’un grand débat dans tous les domaines disciplinaires et surtout en milieu de santé. Il est évident que la gestion de cet important bassin de fournisseurs de formations continues et des offres de formation pose de nombreux problèmes de reconnaissance académique et notamment de leur finalité pédagogique et sociale.  

Il est reconnu qu’aucun professionnel ne peut prétendre exercer son métier avec les seuls acquis de sa formation initiale ou universitaire. Ceci est vrai pour toutes les activités, y compris la profession médicale. L’exercice professionnel amène tout praticien à constater de possibles besoins de formation complémentaire en particulier au regard de l’évolution rapide des savoirs et de l’apparition de nouvelles techniques. La nécessité de faire des apprentissages ne fait que débuter et être présente durant toute la carrière professionnelle. En effet, ce siècle est caractérisé par un renouvellement rapide des connaissances et il est difficile pour un professionnel de demeurer au fait des dernières données scientifiques disponibles. Pour se conformer à ces dernières, mettre à jour ses connaissances et de maintenir de bonnes habiletés professionnelles, il est fondamental d’organiser des formations continues.

D’autre part, il existe un écart entre le monde de la recherche et celui de l’exercice professionnel. Afin de permettre l’implémentation des nouvelles découvertes scientifiques, des heures de formation continue ont été préconisées. De plus, il existe également un écart entre la pratique professionnelle quotidienne et la pratique idéale basée sur des données probantes. L’obligation morale de fournir des services de qualité à la population, quel que soit le domaine professionnel, ne nécessite pas simplement une mise à jour des connaissances, mais surtout leur transfert dans la pratique professionnelle courante. La formation continue est le lieu idéal pour la mise à jour des connaissances, le transfert des apprentissages et de se tenir au fait des pratiques et techniques récentes.

Par ailleurs, la profusion des offres de formations, que ce soit dans le domaine professionnel ou universitaire en contexte de la formation continue, donne matière à réflexion quant à la crédibilité de leur finalité pédagogique et sociale : certificat ou attestation de formation. De plus, il y’ a également matière à réflexion quant à la qualité de conception de leurs curriculums de formation et de leurs programmes disciplinaires. Il en est de même de l’absence d’évaluation de ces formations par un organisme compétent, autonome et doté d’expertise pédagogique reconnue. Il est également important de considérer la qualité des apprentissages en absence des normes de pratiques pédagogiques en vigueur surtout de pratique d’enseignement. En d’autres termes, il y a un vaste champ de réflexion pour discerner et décortiquer tous ces aspects suscités, et surtout pédagogiques de toutes les offres de formations continues en Algérie.

En général, une formation continue répond principalement à des objectifs de perfectionnement et de développement des habiletés professionnelles requises pour assumer une ou des fonctions données. Selon la durée de chaque formation et de son volume horaire, la finalité de chaque session de formation est soit un certificat ou une attestation de formation. Le diplôme est réservé à la formation initiale que ce soit du champ de la formation professionnelle ou du domaine universitaire. Par ailleurs et contrairement à une attestation de formation, un certificat peut faire partie du curriculum ou du programme d’une formation initiale universitaire.  

Dans cette contribution, on compte traiter de la finalité pédagogique des formations continues de niveau universitaire que ce soit du domaine public ou privé, et cela, quel que soit le domaine disciplinaire y compris les sciences de la santé. Il est d’emblée important de noter qu’aucune formation ou programme en contexte de la formation continue n’est reconnu directement par le ministère de l’Enseignement supérieur (MESRS). Les offres de formation qui prétendent l’être ne le sont que seulement à l’intérieur de leur institution d’une manière tacite ou implicite en absence de toute évaluation ni par le MESRS, ni par un organisme autonome et compétent dans le domaine de la pédagogie, et de la conception des programmes et des curriculums de formation.

Selon l’Association Française de Normalisation (AFNOR), une attestation de formation est un document écrit et délivré par l’organisme formateur reconnaissant au titulaire un niveau de capacité vérifié par un contrôle. Dans notre contexte socioculturel, une attestation de formation atteste le plus souvent de la participation à une action de formation sans évaluation des apprentissages. À cet effet, une attestation de formation ne prouve pas chez nous la qualité et la profondeur des apprentissages. Selon le domaine professionnel, ces formations sont le plus souvent informationnelles, unidirectionnelles sur le plan des enseignements et sans impact sur le transfert des apprentissages, car les délais d’assimilation ou de construction des connaissances sont trop courts. En général, une attestation de formation continue s’étale sur un à deux jours et totalise en moyenne 20 heures de formation.

De plus, ces attestations de formation font rarement partie d'un programme d'apprentissage qui soit cohérent, c'est-à-dire, qui réponde aux exigences d'une planification méthodique et pédagogique des enseignements, des apprentissages et surtout, qui « contextualise » adéquatement les formations en tenant compte des particularités de la formation de chaque domaine professionnel. De plus, les connaissances acquises par les professionnels lors de ces formations courtes se traduisent difficilement sur le terrain par la transformation des attitudes, des habiletés et des pratiques en milieu de travail.

Un certificat de formation, par contre, doit comptabiliser 140 heures d’apprentissages étalés sur une période suffisante de deux à douze mois, selon que l’apprentissage soit quotidien, hebdomadaire ou mensuel, et cela pour s’assurer de la qualité et du transfert des apprentissages. Un certificat de formation est parachevé par des évaluations continues des apprentissages selon les normes docimologiques en vigueur, et suivi de rétroaction formative. En effet, un certificat de formation certifie que l’apprentissage est de qualité et doté d’un programme selon une approche par compétence, des buts de formation claire, des objectifs pédagogiques d’apprentissage précis, de critères d’évaluation cohérents, une note finale et une conclusion sur les apprentissages pour chaque apprenant. Finalement, un certificat peut faire partie d’un curriculum ou programme de formation universitaire à l’exemple de l’Amérique du Nord.

En absence d’un organisme autonome et compétent en évaluation des programmes formations en Algérie, les fournisseurs de formations sont confrontés à la reconnaissance académique et pédagogique de leur programme disciplinaire. De plus, il existe un vide juridique pour la reconnaissance de ces formations au ministère de l’Enseignement supérieur, et voire l’absence de ressources humaines compétentes pour l’évaluation des programmes disciplinaires en contexte de la formation continue.  Certains organismes de formation Algériens se sont orientés vers des institutions étrangères européennes et canadiennes pour faire reconnaitre et faire valoir leur programme de formation selon les normes pédagogiques modernes des sciences de l’éducation. Malgré leur validation par des institutions fiables et crédibles, leur reconnaissance par le ministère de l’Enseignement supérieur reste hypothétique.

Selon la société de formation et d’éducation continues au Canada (SOFEDUC), une formation continue est reconnue et validée compte tenu du respect de dix critères de qualité pédagogique et administrative. La SOFEDUC est l'organisme autonome et officiel au Canada qui accrédite les organisations et les institutions de formation pour l'émission des unités d'éducation continue (UEC). En d’autres termes, il est exigé des organismes fournisseurs de formation étatique ou privé de respecter les dix normes de qualité afin d’être autorisé à émettre des UEC. Cet organisme autonome définit l’unité d’éducation continue comme dix heures de participation à une activité structurée de formation, organisée et dirigée par une organisation accréditée, animée par des formateurs compétents et sanctionnés par une évaluation des apprentissages.  À ce jour, seulement deux organismes algériens privés ont obtenu leur accréditation selon les normes et critères de qualités exigés par la SOFEDUC au Canada.

Il est important à ce que le MESRS comble le vide juridique pour reconnaître les certifications en contexte de la formation continue et de promouvoir un organisme privé ou étatique pour la reconnaissance académique et pédagogique des programmes disciplinaires de niveau universitaire, car promouvoir la culture de la formation continue en Algérie est à la base du développement des compétences dans toutes les activités et domaines scientifiques et professionnelles. Il est également important pour le MESRS d’encourager les organismes privés fournisseurs des services de formation continue de qualité selon les normes pédagogiques en vigueur.  

Finalement, on ne rappellera jamais assez que le bricolage et l’amateurisme dans la gestion pédagogique des formations continue doivent cesser pour donner la chance aux ressources humaines compétentes de faire valoir leur savoir-faire et savoir agir dans le domaine de la gestion de formation. La notion de certification en contexte de la formation continue doit être soutenue et promue comme outil de progression de carrière et de développement des compétences professionnelles au service de la société. 

Dr Lardjane Dahmane

Conseiller et concepteur pédagogique médicale (info@lardjane.net)


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