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L’économie algérienne après 46 ème années de la nationalisation des hydrocarbures

En tant que jeune conseiller au ministère de l‘Energie après l’obtention  de ma thèse de doctorat d’Etat en 1974, et ayant eu à diriger le premier audit sur Sonatrach entre  1974/1976, j’avais émis un grand espoir en la nationalisation des hydrocarbures décidée le 24 février 1971. Elle s’est traduite dans les faits par la signature d’une ordonnance, le 11 avril de la même année, promulguant la loi fondamentale sur les hydrocarbures, définissant le cadre dans lequel devrait s’exercer l’activité des sociétés étrangères en matière de recherche et d’exploration des hydrocarbures. A l’époque je me rappelle il y a eu une très forte mobilisation  de l’ensemble des  travailleurs et cadres  de Sonatrach d’une très haute compétence devant les pressions étrangères. Depuis nous avons assisté à différentes lois sur les hydrocarbures qui ont vu l'élargissement du partenariat étranger, qui ont largement contribué à développer les capacités locales. Le véritable tournant a été la loi du 28 avril 2005 modifiée et complétée par la loi du 19 août 1986. Ensuite nous avons la loi n°91-21 du 4 décembre 1991, puis la loi du 28 avril 2005, modifiée par l’ordonnance du 29 juillet 2006 et la dernière en date celle du 20 février 2013. Quel constat et propositions à faire après ces 46 années de nationalisation ?

1.-En conseil des ministres courant 2014, selon le rapport présenté  par le Ministre de l’Energie de l’époque, données rapportées  par l’agence officielle –APS- les réserves de gaz nature étaient de 2700 milliards de mètres cubes gazeux et le 12 milliards de barils  de pétrole.

2.- Il faut éviter de raisonner à prix courants de peu de signification, la parité du dollar et le pouvoir d’achat mondial ayant évolué, devant donc déflater pour avoir le montant réel aux prix de 2013. Par exemple, un baril de 20 dollars en 1980 équivaut à prix constant à plus de 90 dollars prix 2016. Uniquement entre 2000 et 2016 Sonatrach a pu engranger 800 milliards de dollars selon les bilans officiels de Sonatrach.

3.- Il faut éviter la sinistrose, car nous avons assisté grâce à cette ressource éphémère à d’importants investissements dans ce secteur et dans d’autres qui font vivre aujourd’hui l’Algérie. Mais il faut également éviter toute autosatisfaction source de névrose collective car existe une disproportion entre la dépense et les impacts.

4.- En ce mois de février 2017,83% de la superficie économique est constituée de petits commerce/services, le secteur industriel représente moins de 5% du PIB,  97/98% avec les dérivées des exportations sont le fait d’hydrocarbures à l’état brut et semi brut et important la majorité des besoins des entreprises qu’elles soient publiques ou privées( taux d’intégration inférieure à 15%)  ainsi que la couverture des besoins des ménages (70%).En de mois de février 2017,   Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach. C’est ce qu’on appelle le syndrome hollandais, source de mauvaise gestion et de corruption faute de mécanismes de contrôle démocratiques et de la transparence des comptes.

5.- Le poste services au niveau de la balance des paiements, en grande partie accaparé par Sonatrach et à un degré moindre par les infrastructures (sans compter les transferts de profit) est passé est passé de 2 milliards de dollars en 2002 à plus de 10/12 milliards de dollars entre 2010/2016  témoignant d’une déperdition de la ressource humaine locale au niveau de cette société stratégique( faiblesse de l’accumulation du savoir faire technologique et managérial).

6.- La sphère informelle tisse des liens dialectiques avec la logique rentière qui assoit son pouvoir sur la bureaucratie accapare plus de 50% de la superficie économique.

7.- Il s’ensuit qu’il ne pourra pas avoir une véritable démocratisation de la société algérienne tenant compte certes de son anthropologie culturelle, sans une démocratisation de la gestion de la rente des hydrocarbures. D’où l’importance d’un large débat national sur la gestion de cette rente qui irrigue tous les segments de la société, de la rentabilité des investissements et des réserves de change, placées à l’étranger, produit de cette rente.

8.- Les conservateurs minoritaires en tant que segments dans la société sont dominants, assis sur la rente, et font tout pour bloquer les réformes structurelles. Les réformateurs dominants certes au niveau de la société, mais minoritaires au niveau des sphères décisionnelles ont ayant peu d’impacts. Il serait illusoire de croire en des miracles techniques sans une profonde mutation systémique. Tout processus de développement étant forcément porté par des forces sociales, il ne pourra y avoir de développent de filières hors hydrocarbures, s’insérant dans le cadre des nouvelles mutations mondiales.

Le risque  à horizon 2030, l’Algérie sera importateur net de pétrole et  de gaz conventionnel et  deviendra la population algérienne de 50 millions sans gaz et pétrole traditionnel ? Tenant compte des couts croissants, de la nouvelle révolution économique 2020/2030 de  la nouvelle transition énergétique, de la concurrence internationale, bon nombre des clients de Sonatrach demanderont certainement à l’Algérie courant 2018  une baisse des prix de cession du gaz, aussitôt les contrats à terme arrivé à expiration, l’indexation sur le prix du pétrole n’étant plus à l’ordre du jour. Ainsi, doit être pris en compte, le nouvel modèle de consommation énergétique mondial qui se mettra en place 2020/2030, devant éviter de raisonner sur l’image erronée d’un modèle de consommation linéaire , l’entrée de nouveaux concurrents, les nouvelles découvertes et la réduction des couts permises grâce aux nouvelles technologies et  la révolution du gaz de schiste aux USA. Avec  la forte consommation intérieure en Algérie, doublement des capacités d’électricités à partir des turbines de gaz,  si les prix subventionnés se maintiennent, nous aurons le même montant en 2030  que les exportations actuelles. Quel montant exportera alors  Sonatrach pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables par rapport au cout et au vecteur prix international? Devant  analyser la situation sans chauvinisme mais avec réalisme, l’actuelle  loi des hydrocarbures est-elle toujours appropriée  par rapport au nouveau contexte mondial ? Le problème posé relevant de la sécurité nationale : quelle nouvelle politique énergétique,   quel nouveau  modèle de consommation énergétique de Sonatrach et Sonelgaz  à un cout concurrentiel posant la place des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique dans le futur bouquet énergétique? En résumé, l’Algérie possède d’importantes potentialités de sortie de crise comme je viens de le  souligner dans une contribution parue  un grand quotidien financier  français la Tribune.Fr en date du 19 février 2017. Contrairement aux discours de sinistrose, l’Algérie n’est pas en faillite,(réserves de change au 31/12/2016 de 114 milliards de dollars e une dette extérieure inférieure à 4 milliards de dollars) , tout en reconnaissant qu’elle traverse une situation difficile

Dr Abderrahmane MEBTOUL

Professeur des universités expert international 

NB-Voir interview du professeur Abderrahmane Mebtoul « réunion de la tripartie à Annaba -les vertus du dialogue social comme solution à la crise »  télévision  Chorouk  21/02/2017 -20h30 et débat avec le Pr Abderrahmane Mebtoul  sur la situation économique et sociale notamment « les pistes de sortie de la crise  et le  pourquoi de la valeur actuelle  du dinar »  Télévision Dzair New’s- 19h15/20h  le 22/02/2017

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