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A la une / CAP(ENP)/Réd-DIG-"Liberté" (#RDL)

Liberté VENDREDI

Et si le Petit Prince était syrien ?

©D.R.

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre-elles s’en souviennent », n’étant pas complètement adulte et étant toujours bercé par une naïveté puérile et impubère, je me souviens encore de mon enfance. Une enfance passée à lire et à relire ce qu’Antoine de Saint-Exupéry a fait de mieux… ou de pire.  

Meurtrie par les événements tragiques qui la touchent depuis quelques temps, la Terre agonise et me fait à présent douter de la beauté du monde et de celle des hommes. Une beauté à laquelle j’ai longtemps cru grâce au Petit Prince.

A présent, je ne peux m’empêcher de projeter la disgrâce que le monde m’inspire, sur ce qui a longtemps guidé ma vie et cultivé mon esprit.

Le petit prince, un damascène endolori.

Se sentant démuni sur ce qui lui semble être ses terres, il se sent oppressé par des êtres malveillants.

En effet, sur ce qu’il considère comme sa petite planète, il y avait « de bonnes herbes et de mauvaises herbes. Par conséquent de bonnes graines de bonnes herbes et de mauvaises graines de mauvaises herbes. Mais les graines sont invisibles. Elles dorment dans le secret de la terre jusqu’à ce qu’il prenne fantaisie à l’une d’elles de se réveiller. Alors elle s’étire, et pousse d’abord timidement vers le soleil une ravissante petite brindille inoffensive. S’il s’agit d’une brindille de radis ou de rosier, on peut la laisser pousser comme elle veut ».

Le Petit Prince était ainsi une brindille orientale, inoffensive, supposée pousser comme bon lui semble, jouer, courir, chanter, s’épanouir, qui s’est vue piétinée par d’autres brindilles, qui elles, étaient supposées être arrachées.

En effet, « il y avait des graines terribles sur la planète du petit prince… c’étaient les graines de baobabs. Le sol de la planète en était infesté. Or un baobab, si l’on s’y prend trop tard, on ne peut jamais plus s’en débarrasser.

Il encombre toute la planète. Il la perfore de ses racines. Et si la planète est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font éclater ». C’est donc ainsi que la Syrie éclata après qu’elle fut bombardée  par ce que le damascène endolori appelait anxieusement les « baobabs ».

Le Petit Prince : Premier réfugié de notre terre. 

Se sentant vaincu et désemparé, il décide ainsi de fuir les « baobabs », qui désormais régnaient sur sa petite planète. Damas qui était autre fois illuminée et joyeuse, était devenue funèbre et noirâtre.

Un jour, le Petit Prince voit « le soleil se coucher quarante-trois fois ! », et ce jour, il décide de s’en aller, de quitter ses semblables, ces autres brindilles inoffensives.

« Adieu, dit-il à la fleur ».

Une fleur qu’il chérissait tant et qui tenait à rester enracinée sur ces terres terrorisées, convaincue du fait qu’il fallait qu’elle « supporte deux ou trois chenilles si elle voulait connaître les papillons ».

« C’est tellement beau, parait-il », disait-elle, avant de succomber, sous le bruit assourdissant des détonations. 

Pour réaliser son évasion, le Petit Prince « profita d’une migration d’oiseaux sauvages », se retrouvant au bout de quelques jours « bien plus isolé qu’un naufragé au milieu de l’océan, à mille milles de toute région habitée et en danger de mort ».

A présent le Petit Prince est seul, au milieu de nulle-part, sur des terres inconnues, loin de sa petite fleur.

Sa modeste vie défilant entre ses yeux, il cherche des réponses à ses questions. Qui veut prendre sa Petite Planète ? Pourquoi ? Pour lui la réponse est évidente, obnubilées par les chiffres, les « grandes personnes » veulent sa patrie, les richesses de la Syrie.

« Si vous dites aux grandes personnes : J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit… elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison.

Il faut leur dire : « J’ai vu une maison de cent mille francs » Alors elles s’écrient : « Comme c’est joli ! », et ils voudront s’en emparer.

 Pour le Petit Prince,  tout était clair, les « grandes personnes » n’en avaient que faire des géraniums ornant la Grande Mosquée des Omeyyades et des colombes survolant la citadelle de Damas, ce qui les intéressait, étaient les Livres Syriennes que pouvait leurs apporter sa petite planète.

 A bout de force, loin des siens, au milieu d’un désert, assoiffé de liberté mais bien trop faible, l’enfant ne pouvait plus subsister. Regrettant amèrement le fait d’avoir abandonné sa rose, il se dit comme dernière pensée :

« Tu sais… ma fleur… j’en suis responsable ! Et elle est tellement faible ! Et elle est tellement naïve. Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde… Et voila, c’est tout. »

 Et c’est ainsi, que finalement, « Il n’y eut rien qu’un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit, à cause du sable. »

 Sur ce même sable, en guise d’épitaphe, nous aurions pu tracer la leçon de vie que le Petit Prince avait apprise avant de quitter le monde : « on n'hérite pas la terre de nos ancêtres, on l'emprunte à nos enfants ».

 

Lyes AISSAOUI 

CAP(ENP)/Liberte-algerie.com

@El_Pingouin

Half human, half outsider, half penguin. Almost engineer. Passionate about art, indie music, thrills & cinema. Making stuff since 1993.

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