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A la une / CAP(ENP)/Rédaction Numérique de "Liberté"

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Le Ramadan, entre hier et aujourd’hui

D.R

L’idée, c’est de vous couper de votre vie de tous les jours et de vous concentrer sur vous-même, sur des considérations beaucoup moins matérielles. Spirituellement, c’est un moment où vous essayez de travailler sur vous-même.  Parfois, vous vous dites on ne comprend pas quand les gens prennent des nouveaux départs le 1er janvier. On se moque un peu, mais en fait, c’est exactement ce que vous faites à l’occasion du ramadan. Vous faites le point, vous vous rechargez et vous partez sur de nouvelles bases.

Lundi 6 juin, a démarré  le mois de jeûne annuel des musulmans, l’un des cinq piliers de l’islam et peut-être le rite le plus important chez les musulmans. Pendant ce mois Il y a une ambiance particulière, une sorte de complicité. Un temps de retrouvailles après avoir rompu le jeûne, on se met devant une table très garnie et puis on regarde des émissions. Chaque année, pendant cette période, des feuilletons ou des programmes humoristiques comme des caméras cachées sont diffusés.
 

L’extraordinaire mouvement qui caractérise le mois de Ramadan, c’est cette vivacité particulière des sens, des ambiances, des rues, des couleurs, couronné par l’élégance lumineuse des minarets. Chacun trouve sa place pendant ce mois, les contrastes ne s’opposent plus mais s’harmonisent. Cela se ressent dans le paysage et dans les familles, toutes générations confondues.

Il fut un autre temps. Celui de la modernité où certaines traditions ont été délaissées faute de temps et d’espace. Puis un certain retour, un troisième temps. A la recherche de ce bon vieux temps, de certaines racines précieuses, égarées mais retrouvée fort heureusement d’une autre manière… 

Quand j’écoute ma grand-mère se remémorer à voix haute, les traditions d’antan : « Ya HASRA, de mon temps nous attendions le mois de Ramadan et nous lui consacrions beaucoup d’attentions. La maison était déjà badigeonnée et la cuisine tout particulièrement décorée de tous les ustensiles dévoilant la plus belle couleur de cuivre. Toutes les provisions étaient faites maison et nous ne manquions jamais de rien parce que nous ne gaspillions rien. Ton grand-père, que Dieu ait son âme, disait toujours que la table sur laquelle s’étalaient une profusion d’entrées et de plats donnait à la maison un air de fête. De plus, il mettait un point d’honneur à ce qu’il y ait toujours des parts supplémentaires à offrir aux nécessiteux de passage. Chaque plat était préparé avec soin et constituait presque un rituel. La salade “HMISS” était préparée au jour le jour et patiemment pilée au pilon. La maison sentait bon, et aux odeurs des plats soigneusement préparés tout au long de la journée se mêlaient les parfums de BKHOUR et d’encens. Nous consacrions le temps qu’il faut pour que tout soit à la perfection ».

Aujourd’hui tout est bâclé faute de temps. Les produits industriels primaient dans le réfrigérateur. Ma grand-mère n’aimait pas cet appareil, ni son eau glacée. Elle avait toujours un récipient en poterie qui gardait l’eau fraîche et la pièce à provisions était un véritable trésor qu’elle gardait jalousement. A l’extérieur, dans le patio de la maison, Elle disait , s’étalaient toujours quelques draps blancs contenant des produits fait la veille, à savoir pâtes fraîches, piments rouges, sésames, ail, gros sel, condiments de toutes sortes.

Ma grand-mère disait qu’elle avait  une cousine qui l’aidait pour les différentes tâches. Les feuilles de briks pendant le mois de Ramadan. Elles s’affairaient alors avec une application hors du commun pour préparer ces fameuses feuilles devenues aujourd’hui presque un mythe. Elles allumaient alors un grand KANOUN qui allait supporter un récipient rond et plat en cuivre d’une brillance unique. Il couvrira en chapeau le KANOUN. Le charbon devenu rouge vif chauffera au maximum le plat. C’est alors que la pâte touchera par petites tapes rapides le plat brûlant. A la seconde, une feuille ronde et transparente apparaîtra. En une heure de temps, il y a aura facilement une centaine de feuilles de briks disposées les unes sur les autres. Elles pourront servir pendant trois ou quatre jours avant de recommencer l’opération. 

Elle disait aussi qu’avant la fin de la journée, les enfants attendaient avec impatience devant la maison les coups de canon annonciateurs de la rupture du jeûne. Ils entraient alors dans un élan de joie pour s’attabler. Après la soupe chaude, les briks croustilleront sous vos dents et l’œuf de ferme éclatera… Pendant la soirée, la table changera de décor, pour être parée de boissons chaudes, de crème et d’une variété de douceurs. Les jeunes filles entamaient leurs travaux de broderie en écoutant les mélodies orientales surgissant d’une radio majestueuse. On attendait alors les visiteurs et les visiteuses qui venaient nous tenir compagnie et qui avaient toujours de nouvelles anecdotes à raconter en attendant que les hommes reviennent de la mosquée.

Malgré l’absence du poste de télévision, qui de nos jours règne sans partage dans tous les foyers, nous ne nous ennuyions jamais, disait ma grand-mère  avec mélancolie, et toutes les occasions étaient bonnes pour bien rigoler. Les enfants inventaient toutes sortes de farces et attrapes, les plus âgés racontaient de bonnes blagues ou encore inventaient de nouveaux jeux de société. On s’endormait tard, et c’est au milieu de la nuit que le bruit assourdissant du tambour réveillait parfois en sursaut les fidèles pour une deuxième collation. C’est alors que grand-mère se levait, aussi énergique au milieu de ces petites lampes parfois à l’huile qui crépitaient et clignaient des yeux dans la pénombre. Elle réveillait doucement tout le monde pour s’attabler de nouveau. Les mets étaient à base de semoule, une sorte de gâteau  arrosé de miel, de riz, la fameuse JELJLANIA à base de grains de sésame, de délicieux MAKROUTS où l’on trouve une pâte d’amande délicatement enveloppée d’une pâte feuilletée. Les dattes étaient toujours présentes. On avait même des marrons chauds et des pommes de terre sucrées sorties du four. A l’époque, on ne connaissait pas encore les yaourts, poursuivit ma grand-mère, par contre, il y avait toujours du petit lait, le fameux LBEN.

Aujourd’hui, le temps passe trop vite. Ces habitudes culinaires sont souvent délaissées. La disparition de cette race de grand-mères y est sans doute pour quelque chose. Aujourd’hui, les pots de yaourt, les crèmes-dessert ne désemplissent pas dans. Nous sommes ainsi passés de la petite pâtisserie exclusivement traditionnelle à une envergure beaucoup plus industrielle. 

Malgré tout, on essaye de perpétuer quelques traditions. On contribue sans doute en y apportant quelques nouveautés ou encore une touche d’originalité. Mais, après une rude journée de travail, On rentre à la maison très fatiguée et bousculée par le temps qui passe trop vite. On rentre directement à la cuisine et On perd patience à la moindre anicroche. On essaye bien sûr de préserver les coutumes auxquelles on s’est  habituées, et chaque année on  renouvelle la batterie de cuisine. On voudrait aussi perpétuer les savoureux plats transmis par la famille mais faute de temps, c’est au supermarché du coin qu’on déniche certaines préparations du terroir et dans les pâtisseries qu’on  trouve l’incontournable SAMSA et autres spécialités. Jadis, il était presque scandaleux d’aller chercher ailleurs que dans le milieu familial ces préparations. Ironie du sort, on est presque fier aujourd’hui de le mentionner. 

C’est vrai qu’au jour d’aujourd’hui, nous avons acquis un certain confort matériel, on est blotti dans nos canapés moelleux, regardant un écran smart et engloutissant toutes sortes de produits alimentaires… Mais je ne sais pas, je trouve que ma grand-mère n’a pas connu ce confort matériel, mais elle était plus épanouie que nous.  

Mais de nos jours, la loi de la vie moderne fait que les gens vivent de plus en plus éloignés alors qu’auparavant tout le monde vivait dans la même sphère. L’individualisme est parfois très présent Avant je me souviens, les voisins s’échangeaient les plats pour le plaisir de chaque palais pendant le Ramadan. Aujourd’hui, il n’y a que l’odorat qui en bénéficie. 

Cet individualisme, toutefois, sonne faux et ne nous convient pas. Notre culture arabo-musulmane éprouve éternellement le besoin de communiquer. On a toujours envie de parler à quelqu’un. 

Heureusement que Ramadan rapproche les gens et, tous les ans, ce mois sacré nous rappelle à l’ordre. Cette envie de partage resurgit alors du fond des âges. C’est alors que nous retrouvons ce plaisir à faire goûter nos mets aux autres, parce que c’est inné et génétique. Ces valeurs si particulières aux peuples arabes, c’est effectivement Ramadan qui les préserve. 

Dieu merci, à notre  tour  de transmettre toutes nos forces et  les traditions familiales à nos futurs enfants et même à nos petits-enfants, INCHALLAH.

BOUDIA Katia

CAP(ENP)/Liberte-algerie.com

                                                                      @BoudiaKatia

Futur ingénieur en génie industriel, Katia est une personne ambitieuse, rêveuse et  passionnée par le cinéma et la musique.


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