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Autres / Chronique ramadhanesque

L’avènement de l’Islam au Maghreb

De la tradition populaire orale

©D. R.

(17e partie)
Parallèlement, cette phase n'est pas restée stérile en matière d’apports culturels, malgré sa courte durée, ainsi le témoignage de ces ouvrages, entre autres, du remarquable  historien  Abû Ras An-Nâciri de Mascara, dont les traités d'histoire envers nous fournissent de précieux renseignements sur les relations inamicales entre les beys d'Oran et les Espagnols et les guerres qui les divisent, de même que ses traités sur la religion, la vie sociale, et sur l’état d’esprit et mentalité de ses coreligionnaires de l’époque. Étape illustrative d’un continuum de longues années de luttes et d'incursions où confessions et ambitions se disputèrent la suprématie, les Ottomans continuant à étendre leur domination sur la Tunisie, jusqu'en Algérie, alors que le Maroc s'efforçait de limiter les prétentions espagnoles.

Les “awliay salihine”  
Parmi les saints de la tradition populaire qui ont rayonné d’une aura particulièrement chargée, nous pourrons citer, à titre d’exemple concret, certains personnages “awliya” évoqués par Habib Tenguour dans sa remarquable étude d’Espaces hagiographique des Beni Zeroua’al de la plaine du Chélif, région d’origine de l’auteur du présent ouvrage, qui redécouvre ainsi, à la faveur du travail exploratoire de ce méticuleux chercheur romancier, les “ridjal es-salihine”, tels Sidi Brahim, Sidi M’barek, Sidi El- Waza’e, Sidi Ben Sha’a, etc., dont le souvenir d’enfance marquant des somptueuses frairies annuelles (ta’em inter-communautaire de fin d’été) et veillées poétiques d’éloquences verbales au clair de lune pastoral, clamées en l’honneur du Prophète de l’Islam, des saints de la contrée et du combat pour le Bienfait et contre le Mal, en général, reste à ce jour indélébile.
Laissons la parole à l’investigateur des lieux de ces saints du Chélif ou “awliya salihine” dans la tradition populaire : “(…) Les traditions que j’ai pu recueillir à leur sujet ne donnent guère de précisions (…) elles permettent cependant d’en tracer des portraits qui sont des indicateurs fondamentaux pour appréhender la vision populaire du sacré et pénétrer les pulsions religieuses profondes et ingénues. Ces traditions introduisent immédiatement celui qui les reçoit dans l’univers du mythe, dans l’achronie d’un temps parfait traversé par des êtres exceptionnels guidés dans la Voie droite”. Un temps “qui est un défi à ce temps (…)”, et “(…) malgré le flou des informations historiques, ces quatre personnages semblent faire partie des saints les plus anciennement installés sur le territoire des Beni Zerou’al et l’avoir marqué de leur empreinte. C’est vers la fin du XVe – début du XVIe siècle que se dessinent leurs figures. La période était à l’éclosion de la sainteté, et c’est peut-être dans cette période tourmentée, éclatée, bouleversée qu’il faudrait chercher les prémices du Maghreb présent. (pour cette période  voir les analyses judicieuses de J. Berque, 1978).
Ce qui apparaît avec certitude, c’est que la tradition orale a retenu les évènements, ou plutôt le climat, de cette période pour les transcender dans le mythe. Le Maître de l’heure (moul es-sa’a) a failli paraître dans la personne de Sidi Ahmed ben Yousef (er-Rashedi el- Miliani). Celui-ci exerça une influence réelle sur tout l’Ouest du Maghreb Central grâce au réseau de disciples qu’il forma et dirigea vers chaque tribu de la région. (…) Sidi Ahmed ben Yousef semble être la figure centrale du maraboutisme algérien. Il est le pole (qutb) vers lequel convergent de nombreux personnages charismatiques. Il concentre en lui les qualités de soufi lettré et de derwich populaire ; il est la synthèse du “saint studieux” et du “saint furieux”, et c’est en cela qu’il occupe une place de premier plan dans l’imaginaire du monde rural traditionnel. C’est avec Sid Ahmed ben Yousef que s’opère la cristallisation de l’image du marabout telle qu’elle subsiste encore dans les mentalités. Il est en quelque sorte le modèle du genre, le “patron”, “l‘idéal - type”. Sidi ben Sha’a, qui fut un de ses disciples préférés, lui a emprunté de nombreux traits de caractère et de comportement et a contribué à la propagation de son enseignement religieux, basé essentiellement sur le “tawhid” défini par el-Ghazali repris par esh-Shadili. Les imprécations que Sid Ahmed ben Yousef lançait contre les tribus et les cités qui excitaient son courroux sont devenues proverbiales, elles sont un des éléments constitutifs de la culture populaire et de l’imaginaire collectif. Pulsions farouches, elles côtoient les quatrains amers de Sidi Abd-er-Rahman el–Mejdoub, cet autre pole de la sainteté populaire (maghrébine). Car le Verbe intempestif du saint demeure son charisme le plus efficace !” (4).
 
Abderrahmane el-Madjdoub, ce pôle populaire maghrébin  
Abderrahmane el-Medjdoub est incontestablement un des saints aèdes populaires des plus connus dans l’ensemble du Maghreb médiéval pour ses célèbres sentences satiriques et poésies ironiques, apprises par cœur par des générations de Maghrébins qui le vénèrent. Ce saint poète errant serait né en 1503 à Tit (au Maroc) et il est de surcroît originaire d’une famille de chérifs tunisiens. Après ses premières études théologiques accomplies à Meknès, puis à Fès, il effectue, à l’âge de trente ans environ, son pèlerinage à la Mecque puis, après une période de “retour aux champs”, commence pour lui une longue errance faite d’isolement, de privations et de misère. Atteint de cécité, il parcourt,  monté sur sa mule, le Maghreb, les Zibans, les Aurès, la Kabylie, Tlemcen, le Souf saharien, Tunis… Décédé vers 1565 dans le sud marocain, il n’a laissé aucune trace écrite de son expérience et quête mystique, mais la tradition lui attribue la paternité de nombre de textes éloquents et poésies populaires perpétuées à travers les âges par la mémoire collective des riverains Maghrébins.
Pour avoir une idée du personnage, rien de mieux qu’un certain poème (livré ci-dessous sous le titre évocateur de La religion de Medjdoub) pour donner une idée assez nette, et du saint aède populaire et de l’éloquence de ses poésies (transcrites de l’arabe maghrébi dialectal).
Expression d’un art-reflet, en quelque sorte, de ce que fut en général la pénible vie errante de ce pauvre poète sans cesse migrant et aux “qacidate” satiriques moralistes si riches et percutantes au point que la tradition populaire maghrébine a légué à la postérité son “Kalam el Djed” ou “Qawl el ‘Ma’e’thour” : cette puissance évocatrice de l’éloquence poignante du cri de cœur sincère de l’écorché vif par les vicissitudes de la vie, marquant trop souvent les poètes sous tous cieux et en toutes époques, mais ne faisant reculer, généralement, nullement leur fervent idéal.

M. G.

Notes  
(4) Cf. Habib Tengour, pp . 169-170, ouvrage collectif Espaces Maghrébins pratiques et enjeux, Actes du colloque de Taghit 23-26 décembre 1987, Université d’Oran, URASC-ENAG, éditions, Algérie 1989).


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