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Autres / Chronique ramadhanesque

20 Ramadhan 1436, mardi 7 juillet 2015

Islam et radicalisation : les défis à relever (2e partie)

©D. R.

Face à l’escalade des violences dans le monde que rien ne semble pouvoir arrêter, un dialogue intrareligieux et interreligieux profond, ouvert, sincère, critique et toujours respectueux n’est plus une option parmi d’autres mais une nécessité de notre temps. Les musulmans et les non-musulmans doivent travailler ensemble pour lutter contre la montée en puissance de la radicalisation. Ils doivent défendre ensemble la place de la famille, le respect de la dignité humaine, la justice sociale, l’éducation, la paix sociale et la paix dans le monde. Pour ce faire, ils doivent avant tout relever des défis et répondre le mieux possible aux questions sur le rapport de la violence aux textes9, les conversions et l’apostasie, la réciprocité et la place de l’autre dans sa propre religion.

L’impératif “renouveau de l’ijtihad”10
En ce qui concerne les musulmans, ils doivent faire un travail approfondi sur la compréhension des textes de l’islam en matière de violence, de guerre et de paix. L’instrumentalisation de ces textes par des organisations terroristes comme “Daesh” rend urgent une relecture critique et un travail institutionnel de contextualisation de ces sources qui demeurent une référence spirituelle indéniable. Ce travail intellectuel (ijtihad) est sans doute une des attentes les plus importantes des musulmans et des non-musulmans aujourd’hui. Les malentendus persisteront et les relations entre les musulmans et les non-musulmans ne pourront s’améliorer si les uns se contenteront de lire l’actualité des événements sociaux ou politiques en brandissant la “menace islamique” et les autres de répondre que le Coran encourage à la paix ou que la violence ne relève pas de l’islam. Si les musulmans doivent répondre, et répondre clairement, objectivement et sincèrement à toutes les questions qui se posent autour du rapport de l’islam et la violence, les non-musulmans doivent apprendre à les écouter, les connaître et leur donner l’occasion de s’exprimer sans les juger, sans les compartimenter et sans douter de leur sincérité.

La question des conversions et du prosélytisme
Il y a la question de la conversion sur laquelle les non-musulmans attendent un message clair, car chaque être humain doit avoir la liberté d’adhérer à la religion de son choix comme il doit être libre de croire ou de ne pas croire.
Le dialogue nécessaire sur leurs valeurs communes est beaucoup plus important que la compétition stérile sur le nombre de convertis que se livrent parfois les chrétiens et les musulmans.
Ces dernières années, on a beaucoup entendu dire que les chrétiens et plus précisément les catholiques seraient de plus nombreux à se convertir à l’islam11, mais on n’entend jamais rien sur les musulmans qui font le chemin dans le sens inverse en Europe et dans les pays musulmans. Afin d’avancer ensemble dans le respect de la diversité et la pluralité, les chrétiens et les musulmans doivent ouvrir une réflexion franche et critique sur les questions des conversions, du prosélytisme et de l’apostasie.
Si les musulmans sont souvent pointés du doigt sur ces questions, on ne parle presque jamais des conversions spectaculaires et surmédiatisées des musulmans au christianisme. Et on ne dit rien sur ces protestants évangéliques de plus en plus nombreux qui invitent les musulmans à quitter leur religion en échange d’un emploi, d’une prise en charge de leurs études, d’une promesse de visa et toutes sortes d’autres avantages. Les cibles préférées de ces fondamentalistes sont les communautés musulmanes dont les origines ethniques pourraient être utilisées pour des projets sécessionnistes et anti-arabes : c’est le cas par exemple des Kabyles et des Berbères au Maghreb.
Le phénomène de la radicalisation religieuse
La montée en puissance de la violence et le déferlement de la haine paralyse beaucoup de responsables religieux de bonne foi. Le nombre élevé de jeunes Français partis combattre dans les rangs des djihadistes12 et le redoutable défi de leur retour soulèvent bien des questions. Ce phénomène qui traduit une radicalisation reliée à une certaine conception de la pratique religieuse musulmane interroge les responsables religieux musulmans eux-mêmes. Souvent démunis face à un phénomène qui les dépasse, les imams, les enseignants ou les éducateurs veulent comprendre les racines de ces dérives. Ils se sentent concernés car ils sont régulièrement interpellés par les musulmans et les non-musulmans. Face à une interprétation littéraliste souvent bricolée, tronquée et déconnectée des canaux naturels de l’apprentissage de la religion, il convient d’analyser, de déconstruire et enfin de tenter d’apporter des éléments de réponse aux angoisses de parents qui voient leurs enfants s’enfoncer dans un chemin infernal sur lequel ils n’ont plus de prise.
Par ailleurs, tout le monde est convaincu que la tendance vers une certaine forme de radicalité des jeunes ne peut être vaincue seulement au moyen de mesures de sécurité conventionnelle. Il est essentiel d’étudier et discréditer les fondements idéologiques et théologiques de la pensée extrémiste et combattre ceux qui l’alimentent, la nourrissent et la financent.

(à suivre). A. G.
Recteur de la mosquée de Villeurbanne et universitaire

 9 - Textes fondateurs de l’islam : le Coran et la sunna.
10 - L’effort intellectuel
11 - La France compterait de 40 000 à 70 000 convertis à l’islam (voir Le Monde daté du 3 mars 2007). On estime qu'en sens inverse entre 600 et 900 musulmans se convertiraient chaque année au christianisme (1/3 au catholicisme, 2/3 au protestantisme évangélique).
12 - A titre personnel, je préfère les appeler terrorises, criminels ou “takfiristes”.

 


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