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Autres / Chronique ramadhanesque

25 Ramadhan 1436, dimanche 12 juillet 2015

L’islam et la diversité religieuse : construire les ponts d’amitié et de fraternité (2e partie et fin)

©D. R.

Nous sommes entrés dans une époque de bouleversements. Les changements rapides et profonds à l’échelle planétaire ne nous laissent aucun répit. La mondialisation, la crise économique, les extrémistes religieux de tous bords, les guerres et les conflits, tous ces facteurs de déstabilisation entraînent de vives réactions de crainte, de renfermement sur soi, de racisme et de fondamentalisme. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus vivre dans l'ignorance de l'autre, nous ne pouvons plus nous permettre de penser seul, pour soi, loin de ses semblables, ou de réfléchir sans l'autre, voire contre l'Autre. Le Coran et la tradition du Prophète (Psl) nous invitent à dialoguer avec les non-musulmans, à nous libérer du carcan des préjugés et à édifier non pas des murs, mais des ponts, pour que les personnes puissent se rencontrer et se construire ensemble les uns avec les autres.

La diversité religieuse est une volonté de Dieu
Le Coran rappelle que les êtres humains constituent une seule et grande famille, car ils sont tous descendants d’Adam et d’Ève, et qu’à ce titre ils se doivent de respecter leurs liens de sang : “Craignez Dieu (au Nom) duquel vous vous implorez les uns les autres, et (craignez de rompre) les liens de parenté” (Coran 4/1). La préservation des liens de parenté ne se limite pas seulement aux proches parents comme le précise ce verset coranique, elle s’étend à tous les êtres humains quelles que soit leurs appartenances ethniques ou religieuses. En d’autres termes, on ne peut pas croire véritablement, tant qu’on n’est pas miséricordieux envers tous les êtres comme le dit le Prophète (Psl) : “Vous ne croirez pas jusqu’à ce que vous soyez miséricordieux.” Les compagnons répliquèrent : “Ô envoyé de Dieu, nous sommes tous miséricordieux” ; le Prophète reprit alors : “Je n’entends pas par là la miséricorde que l’un d’entre vous porte naturellement à son compagnon, mais une miséricorde qui s’étend à tous” (hadith). Il s’agit d’une miséricorde qui s’étend à tous les êtres humains, qu’ils soient musulmans ou pas, qu’ils soient pratiquants ou pas et qu’ils soient bons ou mauvais. Le Coran affirme en ce sens : “Ô gens ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et nous avons fait de vous des peuples et des tributs, pour que vous vous entreconnaissiez” (Coran 49/13). Ce verset coranique constitue un appel au dialogue interreligieux qui n’est ni comparaison, ni persuasion, ni compétition, ni capitulation. Il est bien davantage qu’une simple tolérance entre croyants car “tolérance” rime souvent avec indifférence. Il nous permet d’apprendre à nous respecter les uns les autres en tant que membres d’une unique famille humaine. Il nous permet d’apprécier à la fois nos différences et les valeurs communes qui nous lient les uns aux autres.
Nous vivons une époque de très profonde complexité, c’est pourquoi nous devons apprendre à respecter les sentiments, les amours et les complexités de celui qui ne partage ni notre foi ni entièrement notre mémoire, mais avec qui notre avenir doit immanquablement se construire car nous vivons ensemble, dans les mêmes sociétés, et que nos responsabilités sont partagées. Dans son omnipotence et son omniscience, Dieu aurait pu faire de nous une seule communauté mais il ne l’a pas fait : “Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté mais il en est ainsi afin de vous éprouver en ce qu’Il vous a donné. Rivalisez donc de bonté” (Coran 5/48). La diversité est notre défi, elle est notre épreuve de tous les jours, de tous les temps.

La pluralité religieuse, un facteur de stabilité dans le monde
Il faut rappeler aussi cette conception importante de l’islam qui fait de l’équilibre entre les forces dans l’adversité des gens et des nations les uns avec les autres un facteur de stabilité qui maintient l’ordre du monde et des choses : “Si Dieu ne repoussait pas certains hommes par d’autres, la terre serait corrompue” (Coran 251/2). Un autre verset coranique rappelle enfin l’inviolabilité des lieux de culte quels qu’ils soient ainsi que le respect dû aux fidèles qui les fréquentent : “Si Dieu ne repoussait point certains hommes par d’autres, les ermitages seraient démolis ainsi que les synagogues, les oratoires et les mosquées où le nom de Dieu est fréquemment invoqué” (Coran 40/22). On notera au passage que les ermitages, les synagogues et les oratoires sont mentionnés avant les mosquées. Cette logique, on la rencontre même en temps de guerre où tout n’est pas permis.
Abu Bakr, le 1er successeur du Prophète (Psl), lorsqu’il envoya le jeune Usâma en expédition en Syrie, lui indiqua les enseignements du Prophète (Psl) en lui donnant les directives suivantes : “Fais confiance à Dieu ; tu ne toucheras pas les personnes âgées, ni les enfants, ni les femmes. Tu ne les attaqueras pas et ne leur feras rien. Tu n’arracheras pas les arbres fruitiers. Quant à ceux qui se sont protégés dans un lieu de culte, tu les laisseras. Il y a un ennemi : cet ennemi est armé. Les femmes, les enfants, les personnes âgées et les hommes de religion, tu les laisseras.”
Telle est l’attitude préconisée par les musulmans envers les non-musulmans même en temps de guerre : éviter l’excès, rester digne, ne pas s’attaquer aux personnes qui ne sont pas directement impliquées dans le conflit, et en toute situation préserver les hommes de foi. Depuis son avènement, l’islam est source d’inspiration pour qui aime la Vérité, la Justice, la Paix et la Tolérance. Il défend la diversité religieuse qui constitue certes un risque quant au vivre ensemble, mais surtout comme une condition de l’équilibre et de l’harmonie empêchant le pouvoir d’une seule puissance.

A. G.
Recteur de la mosquée de Villeurbane et universitaire

 


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