Scroll To Top
FLASH
  • Irak: trois morts et 34 blessées dans une double attaque suicide au nord de Baghdad ( ministère de l'Intérieur irakien)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

chronique / ACTUALITÉS

Adieu Nabil Farès : il était une fois l’Algérie !

Amine Zaoui

Il était une fois, l’Algérie, ceci est le titre du dernier roman de feu Nabil Farès qui vient de nous quitter en ce 30 août 2016.
Yahia, pas de chance, ceci est le titre d’un de ses premiers romans. Et Nabil Farès n’a pas eu de chance. Il est l’un des oubliés de la littérature algérienne d’expression française.
Nabil Farès est le fils de Abderrahme Farès, président de l’exécutif provisoire algérien. L’un des aînés, avec toute la charge symbolique de ce mot : Aîné. Sagesse. Exploration. Courage. Patriotisme. Engagement. Les oubliés de la carte culturelle, les éraflés des espaces culturels algériens ou algérois. Ils sont entre autres Nabil Farès, Messaour Boulanouar, Mourad Bourboune, Kaddour M’hamsadji, personne ou presque, de cette nouvelle génération, lecteurs et écrivains confondus, ne se souvient de ces noms qui jadis étaient les bons faiseurs de romans et de poésies.
Tous ces noms ne disent rien, ou presque rien, aux yeux des “importants” de l’Algérie culturelle et littéraire d’aujourd’hui. Qui parmi nous n’a pas lu le Muezzin de Mourad Bourboune, roman courageux et dénonciateur, publié en 1968 ? En ce temps morose que traversent tous les pays du Sud, le Muezzin demeure un texte d’actualité politique et littéraire. Qui n’a pas, un jour, lu le Silence des cendres de Kaddour M’hamasadji, premier roman algérien traduit en chinois ? Et traduit en arabe par Hanafi Benaïssa (lui aussi oublié), traducteur sans pair. Qui n’a pas, un jour, lu quelques beaux poèmes du feu Messaour Boulanouar, poète dont le nom figure dans la première anthologie de la poésie algérienne écrite par Jean Sénac ? Première reconnaissance par Jean Sénac ! Chacun de ces écrivains vit encerclé par le silence, la maladie ou la marginalisation ou par la mort.
Hormis ses visites personnelles ou familiales, Nabile Farès vit seul, loin de la société culturelle ou littéraire de notre pays ! Existe-il une société d’intellectuelle ? Nabil Farès est l’écrivain algérien le plus souriant ! Toujours par les éclats de rire qu’il aborde son interlocuteur. Œil sur l’Algérie, qu’il vénère. Son pays qu’il a quitté depuis le jour de l’assassinat du président Mohamed Boudiaf. Même boudé, marginalisé dans son pays, Nabil Farès a continué à écrire des romans. À nous surprendre. À participer dans des débats autour de son pays l’Algérie, son Algérie à lui. Son dernier roman intitulé Il était une fois, l’Algérie est publié aux éditions Achab à Tizi Ouzou en 2011. Une jeune maison d’édition dirigée par un jeune Algérien, qui relève le défi en publiant Jacques Prévert en tamazight !
Dans son roman Il était une fois l’Algérie écrit sur un ton poétique et fragmenté, Nabil Farès peint l’Algérie de la violence et de la fascination. Entre conte, roman et poésie, l’écrivain monte son texte sur la magie du fantastique. Il appartient à la littérature de Kateb Yacine. Les personnages : Slimane Drif, écrivain débutant, Linda, peintre et amie de Slimane ; Tania, fille de Selma la disparue… vivent comme dans un cauchemar général ou généralisé. À travers l’enlèvement de Selma, le séisme de Boumerdès, les images cauchemardesques du gouffre, les folies, les égarements… le texte baigne comme dans la noirceur éclairée. Il était une fois l’Algérie est un roman sur la philosophie de la violence, écrit par un psychanalyste. Le même scénario qu’a vécu Mohamed Dib, Mohamed Arkoun, Rabah Belamri, Nordine Abba… tous morts dans l’indifférence et le silence complice, enterrés dans une terre étrangère, se dessine, une fois encore, pour Nabil Farès, cet enfant fragile de cette Algérie forte.
Ma dernière rencontre avec Nabil Farès, auteur de Yahia, pas de chance, c’était à Bruxelles, dans un colloque sur “les francophonies d'Europe, du Maghreb et du Machrek” en novembre 2011. Sa présence notable m’a fait penser à toutes ces belles plumes qui ont marqué la littérature algérienne d’expression française avec force et avec grand amour pour l’Algérie. Et ils sont morts en silence ! Aujourd’hui, Nabil Farès, lui aussi, a plié ses bagages pour dire à l’Algérie, même si elle n’était pas très clémente envers lui : Adieu mon amour.

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER
Commentaires
2 réactions
no passaran le 01/09/2016 à 10h22

c'est bien de rendre hommage à Nabil, un homme de grande culture et de grande bonté. ça nous change des imbéciles qui s'autoproclame Douktour faisant partie de l'élite, une élite réactionnaire qui se permet de traiter le peuple de ghachi ou plèbe. Pauvre de nous. Nabil à présent tu n'entendras plus les inepties qui fleurissent dans ton ''Algérie (yahia) pas de chance''. Adieu l'ami, je serai vendredi à la levée de ton corps parmi tes amis loin des khorotos..

Argaz le 02/09/2016 à 0h20

C'est profondément triste d'apprendre que nos élites intellectuelles (francophones et arabophones) passent de vie à trépas dans l'indifférence la plus totale. Ils partent un à un, sur la pointe des pieds sans trop faire de bruit car nous sommes terriblement occupé à ne voir que du noir en dépit de leurs faisceaux de lueurs étoilées. Qui de nous peut-il s'enorgueillir d'avoir eu une pensée à l'endroit de l'auteur après avoir lu une oeuvre ou avoir vu ou visionné une pièce théatrale?

Commentaires
2 réactions