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chronique / ACTUALITÉS

Entre Leïla Ben Ali et Simone Veil : harem et IVG !


Entre Simone Veil et Leïla Ben Ali, mon Dieu, quelle relation existe-t-il entre ces deux femmes absolument opposées ? Quoi, Simone Veil et Leïla Ben Ali ? La première est celle de la “loi Veil” et la deuxième est la régente de la Tunisie de l’époque de Ben Ali ? Simone, à l’âge de 16 ans, est déportée par les nazis à Auschwitz, où elle perd son père, sa mère et son frère.
Leïla est emportée en Arabie Saoudite où elle perd son mari dans un palais offert par le serviteur des deux Saintes Mosquées !
Simone, après des études de droit et de science politique, entre dans la  magistrature comme haut fonctionnaire.
Leïla est coiffeuse, avec tous mes respects au métier de coiffeuse et de coiffeur ! 
Leïla Ben Ali ou Leïla Trabelsi, pour ceux et celles qui l’ont, peut-être, oubliée, n’est que l’épouse de l’ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, renversé le 14 janvier 2011 par la révolution du Jasmin ! Après sa chute, le couple présidentiel a trouvé refuge en Arabie Saoudite. Dans cet exil doré, l’ex-président est décédé le 19 septembre 2019.
Leïla Ben Ali fut la véritable régente de la Tunisie pendant les années de la présidence de son mari, du 7 novembre 1987 jusqu’au 11 janvier 2011. Pendant son règne absolu, Leïla Ben Ali représentait l’image de la femme moderne. Libre. Discours laïque. Élocutions contre le conservatisme social. Déclarations contre l’islamisme politique. Condamnation de la polygamie chariale, de la charia.
Mais cette Leïla Ben Ali, opposante à la polygamie pendant les années en tant que régente de la Tunisie, après la mort de son époux, accepte d’occuper la place de la quatrième épouse dans le lit d’un émir !
Celle qui longtemps s’est opposée au port du “voile islamique” en Tunisie se trouve voilée dans le harem musulman d’un émir d’Arabie ! Pour les politiciennes et les politiciens du monde arabe, d’Afrique du Nord et du monde musulman en général, la politique est la sœur jumelle du mensonge !
Cette métamorphose diabolique de Leïla Ben Ali n’est ni une surprise ni rare. Nombreuses et nombreux, en Orient comme en Afrique du Nord, celles et ceux qui ont retourné leur veste !
Retourner sa veste est une culture politique arabo-musulmane par excellence !  
Dans le monde arabo-musulman et nord-africain, la fascination du pouvoir fait tourner la tête. Obsessionnelle. Elle arrive à mettre les idées en tête ! La fascination du pouvoir est aveugle. Rien ne résiste devant cette fascination affolante, ni la gauche, ni la droite, ni l’islamisme, ni le laïcisme ! Chez nous, pour sauvegarder le pouvoir, il faut savoir retourner sa veste ! Mais celui qui retourne sa veste finira ses jours de règne rejeté par tous les partis et les parties.   
En 1974, Simone Veil, femme de conviction, est nommée ministre de la Santé. Elle fait adopter la loi dépénalisant le recours à l’interruption volontaire de la grossesse (IVG). Par cette loi, Simone Veil est devenue l’icône de la lutte contre le féminicide.
En défendant son projet, elle se trouvait seule, ou presque, contre la discrimination de la femme. Face aux médias obscurantistes. Face aux élus des partis conservateurs. Face aux universitaires bornés. Face aux féminicides. Face aux religieux fanatiques.  
Quelques années plus tard, la société française et européenne conservatrice a reculé, donnant raison à Simone Veil dans son combat. Et les idées de la grande dame ont germé. Aujourd’hui, ses idées contenues dans “la loi Veil” sont devenues une quotidienneté des Français et de l’Europe. 
Oui, les grandes idées ont besoin des femmes et des hommes convaincus et convaincants qui les portent comme des bébés, les bercent et les défendent bec et ongles !
Les principes ne se vendent pas à la criée. On ne trahit pas les valeurs humaines et les droits de l’homme. Leïla Ben Ali n’est que l’image de nos politiciens. Si elle a accepté de vivre en quatrième épouse, c’est parce qu’elle n’avait pas de base philosophique pour vivre en harmonie avec ses idées.  Par ce choix de vivre en quatrième épouse, dans le harem d’un émir, Leïla Ben Ali a consolidé les positions des conservateurs et des islamistes. Les frères musulmans et les fidèles de Nahda de Tunis se réjouissent en voyant cette fin humiliante d’une femme qui, pendant longtemps, a combattu la polygamie. Entre Simone Veil et Leïla Ben Ali, il y a toute une chaîne de valeurs qui les sépare. Si la première a défendu sans lâcheté ni compromis l’égalité des sexes, la liberté de la femme, les droits de l’homme, la deuxième a succombé à ses petites envies personnelles en se rangeant aux côtés des féminicides et des liberticides. Mais, si Leïla Ben Ali a trahi la cause féminine, il y a d’autres femmes tunisiennes combattantes, écrivaines, politiciennes, avocates, artistes, universitaires… qui continuent à défendre avec conviction les principes du combat mené par Simone Veil et ses consœurs. 
 

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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