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chronique / ACTUALITÉS

Le corps féminin entre beylek et habous

Le corps de la femme représente le danger capital imminent, la bombe nucléaire qui menace l’existence même de ce monde arabo-musulman !

 

Depuis un siècle, un peu plus, exactement depuis la parution en 1899 du livre Libération de la femme (Tahrir al-mar’a) de Qasim Amin (1863-1908), les musulmans sont toujours hantés par le corps diabolique de la femme. Une obsession politique et psychoculturelle.
Dans les mosquées. Sur les plages. Dans la rue. Au travail. À l’université. Sur les écrans des chaînes de télévision. On ne parle que de la chair féminine qui menace l’existence même du monde musulman. Menace l’islam. Menace les musulmans. Menace Allah !
Le corps non voilé de la femme musulmane est la cause du réchauffement de la planète. L’origine de l’éventuelle apocalypse !  
Une femme en minijupe est la cause du déluge qui a emporté Bab El-Oued, du séisme qui a frappé la ville de Boumerdès et ses environs, et c’est à cause de sa jupette que le séisme d’Allah a secoué la ville d’El-Asnam !!!!!
L’Algérie est un pays sur une zone sismique parce que les femmes nagent en bikini et ne cessent de mâcher du chewing-gum dans la rue.  
La cause de toutes les malédictions qui frappent les musulmans c’est cette diabolique “chair féminine” !  
Couvrir la femme musulmane c’est finir avec toutes les corruptions qui rongent la société musulmane !
Voiler le visage de la femme c’est recouvrer notre indépendance économique et vaincre l’ennemi juif, chrétien et laïc !
Couvrir les genoux de la femme c’est finir avec le chômage des jeunes diplômés !
Couvrir les mains de la femme par des gans noirs (le diable habite les doigts des femmes) c’est rendre Dieu fier de nous afin qu’Il nous gratifiera de la pluie abondante et de la pomme de terre !
Couvrir la femme c’est enfermer définitivement Satan dans une bouteille et le jeter dans le feu ou dans la mer rugissante !
Une fois la femme est voilée nous serons tous à l’image de l’Afghanistan ! Un pays situé dans le paradis ! Pays en plein développement agricole de hachich et de cannabis !
Laisser la femme libre dans son costume normal, une jupe, un pantalon ou un haïk, cela nous mènera vers un monde comme la Norvège ou la Suède, pays sous-développés, vivant le chaos, la famine, la corruption et la saleté !!
Et c’est la main juive qui est derrière la jupette de la femme musulmane ! Le complot judéo-chrétien cherche à nous déstabiliser moralement et économiquement, parce que nous sommes les meilleurs en éducation, en démocratie, en justice, en liberté, en culture et en économie !
Et parce que la société islamisée est obsédée par “le corps de la femme”, cette dernière le considère comme une terre domaniale (ardh el-beylek).
Le corps féminin est la propriété de tous et de personne. Une propriété indivise, collective.
La femme dans l’imaginaire musulman, même si longtemps après la disparition de l’organisation administrative ottomane, ressemble encore à une propriété beylikale. Elle est à l’image du jnane el-beylek, le jardin public, où l’accès est permis à tout le monde.  Elle ressemble aussi à triq el-beilek, la voie publique, foulée par tous les pieds ! La femme musulmane est la fille du beylek !
La femme dans l’imaginaire musulman ressemble à une propriété habous, un bien ni privé ni public mais voué à tout le monde et à Dieu.
Entre familial et public, le corps féminin est la propriété du père, sous l’œil fugitif du frère aîné ou du benjamin, qu’importe ! Le corps féminin est la propriété du mari, à la disposition du fils, sous l’œil de l’oncle, surveillé par le
beau-fils, contrôlé par le grand-père… Le corps féminin est aussi sous l’examen permanent du voisin, dans le rétroviseur du taxieur, vigilamment sous le regard de l’épicier du quartier, insulté dans la conférence des douctours des universités, jugé par l’agent de sécurité de l’établissement. Et surtout, hebdomadairement, il est maudit dans les prêches de la grande prière du vendredi !
Et parce que le corps féminin est tantôt propriété du beylek, tantôt de habous, la femme est sous une caméra de surveillance permanente, tout le monde a le droit de la fixer, de la juger, de la commander, de l’insulter, de l’éduquer, de la menacer, de l’envoyer, de la renvoyer, de l’accepter, de la répudier, de la manger, de la vomir… Et parce que la femme est entre la notion de propriété du beylek et celle de habous elle demeurera le sujet le plus exploité par les partis politiques dans le monde musulman.

 


A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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