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Économie / Chroniques Mekideche

Les mécanismes de création d’entreprises par les jeunes

Des dispositifs utiles ou coûteux et inefficaces ?

Je pense que le moment est venu de tordre le cou à des idées reçues sur les constats d’échecs des dispositifs, essentiellement celui de l’Ansej, d’aide à la création d’entreprises pour les jeunes. Cela d’autant que c’est quelquefois  doublé d’une connotation idéologique et politique, que certains, ici et ailleurs, y mettent en affirmant que  ces dispositifs n’ont été conçus que pour “acheter la paix sociale” par transfert de rente. Pour ma part, je resterais, pour cet exercice, dans le champ de l’analyse économique quand bien même la cohésion sociale a été, toujours et partout, un prérequis incontournable dans la croissance et le développement. Ceci dit, il est évident que si l’on réduit l’Ansej  à un simple  mécanisme de création d’emploi pour les jeunes on peut conclure tout de suite, sans avoir à faire un travail d’enquête et d’évaluation, que les quelques  postes d’emploi ainsi créés par entreprise reviennent excessivement chers. L’actuel ministre en charge de l’emploi a ainsi indiqué que 256 000 entreprises ont été créées, entre 2010 et 2013, générant 531 000 emplois directs soit en moyenne 2 emplois par entreprise. Le calcul du coût de l’emploi crée par ce mécanisme est vite fait si l’on se réfère à une moyenne d ‘investissement de 6 millions DA par projet : 3 millions DA le poste de travail.  Effectivement de ce seul point de vue là, on pourrait admettre que ce dispositif et d’autres similaires, sont coûteux. Mais le déficit de l’entrepreneuriat chez nous est tel qu’il nécessite des approches structurels donc de long terme. Vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes très en retard non seulement par rapport à nos ambitions mais par rapport à la moyenne  de la population d’entreprises dans les pays de la région. Dans une de leur communication les universitaires de Béjaïa Berraf Kafia et Boukrif Moussa nous apprennent qu’en 2011 l’Algérie crée, en moyenne, “70 entreprises pour 100 000 habitants alors que les pays voisins (Maroc, Tunisie) la moyenne pour 100 000 habitants est de 350 entreprises”. Même si, honnêtement, l’asymétrie me paraît excessive, il n’en demeure  pas moins, qu’avec plus de ressources, nous créons moins d’entreprises que nos voisins.
C’est pour cela que je voudrais remettre en perspective la création d’entreprises pour les jeunes et par les jeunes dans le contexte actuel de l’économie algérienne avant de questionner les limites de validité et de pertinence des données disponibles sur lesquels sont basées les jugements, souvent  hâtifs, portés par certains observateurs. D’une façon générale tous les experts estiment, qu’à l’aune de la dernière enquête de l’ONS (2011) sur les entreprises algériennes, la faiblesse qualitative et quantitative  de ces  dernières en fait un des principaux obstacles à l’essor de la croissance hors hydrocarbures. Mettre au cœur de la stratégie de diversification économique, le développement de l’entreprise algérienne est forcément une bonne idée. Faire porter cette dernière notamment par le segment social le plus innovant, c'est-à-dire par la jeunesse, est encore plus pertinent.
Aussi, contrairement au représentant du ministère en charge du Travail et de l’Emploi qui disait, lors des dernières Assises de l’industrie, que le dispositif de l’Ansej n’est qu’un dispositif spécifique d’emploi, je considère pour ma part qu’il s’agit d’abord et avant tout d’un dispositif d’aide à la création d’entreprises. Idem pour les pépinières d’entreprises, les start up et autres incubateurs appuyés par les pouvoirs publics et/ou les grands groupes industriels. Vue sous cet angle, la question à laquelle on tentera de répondre est celle de savoir si les dispositifs de soutien à la création d’entreprises par les jeunes, notamment les universitaires, contribuent au développement global de l’entrepreneuriat en Algérie. Pour ce faire, l’évaluation consolidée, qui aurait dû être faite depuis la création du dispositif en 1996, n’existe pas à ma connaissance. Trois paramètres d’évaluation sont particulièrement  intéressants à suivre au regard de notre problématique : le taux de mortalité des entreprises, le taux des entreprises qui remboursent les crédits accordés, le taux de réussite c'est-à-dire les entreprises toujours en activité excédentaire après cinq ans. A défaut de pouvoir me référer à une évaluation source et consolidée je vous propose quelques repères dont néanmoins, pour des raisons diverses, la rigueur méthodologique peut être questionnée pour des raisons de comparabilité.
J’ai trouvé une étude faite par deux universitaires de Tlemcen qui, sur la période 1997-2003 et dans leur wilaya, avancent un taux de 65% d’entreprises défaillantes soit les deux tiers.Ainsi l’enquête de Mohammed Fawzi et Benachenhou Sidi Mohammed nous indique que sur 1 409 entreprises créées 928 sont défaillantes (cessation d’activité, contentieux, etc.). Dans un ordre de grandeur proche, le président de l’Union des experts comptables d’Algérie soutenait, en octobre 2009, que “plus de 50% des entreprises ont disparu”. Dernier élément de mesure que je vous propose il est daté d’octobre 2013. Le ministre de l’emploi en charge à cette époque nous apprend que “le taux de recouvrement des échéances dues à l’Ansej à la date d’aujourd’hui est de 63%, le reste des prêts étant en contentieux”. Ce qui, malgré tout, indique une amélioration par rapport aux indications datées précédentes. Alors, en conclusion, deux enseignements sont à tirer. Le premier est de lancer rapidement le chantier d’évaluation de ces types de dispositifs pour en repérer l’évolution historique depuis leur création afin d’en réduire les insuffisances et les sources de fuite tout en consolidant les bonnes pratiques. Le deuxième enseignement est visible à l’œil nu : il convient de professionnaliser davantage les structures d’enginièrie d’affaires des banques et des institutions de soutien pour réduire, à la source , le nombre de projets non “bancables” et mieux former les jeunes promoteurs. Pour le reste l’espoir est permis quand on voit par exemple la pépinière pilote de Bordj Bou-Arréridj  soutenir et lancer deux micro entreprises performantes. Une de six salariés (Nerdyzine Systems) spécialisée dans les systèmes d’information et les solutions Internet, qui s’est classée 80e sur 8000 start-up au concours international Webit d’Istanbul. La seconde, BCNC Tech,  a été, quant à elle, lauréate du Prix de l’innovation de la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat GEW Algérie 2013.


M. M.


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