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Économie / Chroniques Mekideche

Marché informel des changes et fuite des capitaux

deux chaînons d’une même dérive systémique

En ces temps incertains de cette crise pétrolière, version 2015, que subit l’Algérie de plein fouet, la tendance à s’intéresser à la sphère financière s’impose aussi bien pour le lecteur que pour l’analyste. On a déjà beaucoup disserté, dans ces colonnes et ailleurs, des conséquences de cette crise sur notre sphère financière et monétaire formelle, ses vulnérabilités mais aussi ses capacités de résilience. À l’inverse, on a beaucoup moins parlé de la face cachée ou disons “non observée”, pour reprendre la terminologie de l’OCDE, de cette sphère au moment même où cette composante atypique du système monétaire peut aggraver (ou alléger ?) la crise dans laquelle nous sommes durablement installés. Sur la base d’un minimum de données disponibles et rendues publiques, nous tenterons d’analyser cette dimension particulière de notre problématique financière et monétaire. Vous allez voir que cela vaut le détour. La première caractéristique de ce segment d’activités “sous terrain” est qu’il fonctionne comme un véritable marché avec des routines, des codes implicites et sur la base d’une offre et d’une demande “marchande”. L’offre de capitaux en dinars provient des opérations de distribution informelles des biens importés par les gros lobbies de l’import/import et d’autres revenus en général non salariaux et non fiscalisés, y compris les opérations illicites et les ressources provenant du terrorisme. La demande du marché en devises est alimentée par diverses sources : devises des touristes et celles des hommes d’affaires étrangers souhaitant échanger leurs devises “au meilleur taux du marché”, les pensions des retraités algériens en Europe mais aussi les blanchisseurs de capitaux illicites provenant notamment des surfacturations de certaines importations algériennes. Tout cela assurant, comme disent les économistes, la reproduction élargie de ce sous-système.
Ainsi la boucle est bouclée : les transactions se font dans le respect des mêmes règles de “loyauté” que celles des bureaux de change officiels dont le texte de création existe mais n’a jamais été mis en œuvre. Ce marché gris s’est même doté dernièrement d’un site web. Ces capitaux en devises acquis sur ce marché parallèle vont à l’étranger pour se transformer notamment en biens immobiliers en Europe ou en Asie et en affaires.
Il y a, m’a-t-on dit, certaines sociétés étrangères, peu respectueuses des règles du pays d’accueil, qui utilisent quelquefois ce canal pour transférer illégalement leur “trop-plein” de dinars non réinvestis ou non utilisés localement.
Pour être complet, à cela s’ajoute, à hauteur de 10%, la demande de convertibilité courante des ménages algériens non couverte à ce jour par le régime des changes (soins, études à l’étranger, vacances, etc.). Le bilan des fuites de capitaux est difficile à établir par définition, mais des évaluations sont données par un certain nombre d’organismes internationaux. On peut se référer par exemple à l’institution américaine Global Financial Integrity (GFI), qui estime qu’en 2012 il a été transféré illégalement d’Algérie un montant de 2,620 milliards de dollars vers le reste du monde. Sur la décennie 2003 à 2012 inclus, les fuites sont évaluées à 15,573 milliards de dollars. Je m’en tiens à ce chiffre. Je réfute en particulier ceux donnés par la Banque africaine de développement (BAD), peu crédibles car biaisés (curieux qu’il ne cite pas le pays voisin à partir duquel elle a émis son rapport du 29 mai 2013) et incohérents (le montant de 173 milliards de dollars entre 1980 et 2009 représente presque le montant de nos réserves de change en 2012). Ceci étant, la question mérite un traitement structurel et non symptomatique dans une ordonnance à trois médicaments. Le premier est d’ordre commercial et douanier : une observation permanente, institutionnelle, académique et professionnelle par un benchmark permanent des déclarations des valeurs en douane à l’origine des surfacturations de produits importés. Je persiste à répéter à ce sujet que l’adhésion à l’OMC nous fournira d’autres outils juridiques et réglementaires opposables au tiers, dont nous ne disposons pas encore, pour protéger nos flux commerciaux contre de telles pratiques.
Le deuxième est le maintien d’une politique ferme d’éradication des segments amont de l’informel en les coupant de leurs segments aval qu’il convient de socialiser sous les formes les plus diverses, notamment par la formation et l’emploi. Le troisième est l’ouverture d’un grand chantier de réforme fiscale en concertation avec les partenaires sociaux. Il peut inclure une amnistie fiscale partielle et progressive de sorte à bancariser la masse monétaire hors circuit bancaire, estimée entre un tiers et deux tiers de la masse totale de la monnaie fiduciaire en circulation dans le pays. Le momentum est favorable pour ce faire, car la couche sociale, qui a amassé dans des containers des fortunes colossales en papier, souhaite à présent pérenniser et formaliser le transfert intergénérationnel de patrimoine pour des raisons de fin de cycle biologique.
D’un autre côté, les pouvoirs publics ont besoin en ces temps de crise de consolider et d’élargir l’assiette fiscale hors hydrocarbures du pays. À ce niveau de maturation de ces pistes de sortie de crise, je ne sais vraiment pas ce que le rapport de forces politique et social va tracer comme sillon prospectif.
Serait-ce le modèle italien, mené depuis plus de quinze ans, de formalisation progressive mais ferme, ou le modèle grec du laisser-faire fiscal et de laxisme budgétaire ? De toute manière, si l’on ne fait les réformes appropriées, le reste du monde le fera à notre place. Brutalement, sans état d’âme. Il l’a déjà fait de 1994-1998 avec le programme d’ajustement structurel qu’ont subi les ménages, les salariés et les entreprises algériennes. Tout le reste n’est que cosmétique.

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