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Économie / Chroniques Mekideche

En toute liberté

Fortes pressions sur les fondamentaux macroéconomiques : une période contracyclique pour aboutir sur quoi ?

Pour une fois, le microcosme médiatique algérien a réagi plus rapidement que la classe politique et le dispositif institutionnel à deux inquiétantes informations. La première est relative au déficit commercial du premier semestre 2015 d’un montant de 1,73 milliard de dollars (contre un excédent de 1,83 milliard de dollars pour la même période de l’année précédente). La seconde, plus grave, est une interprétation hâtive d’une information provenant de l’agence d’information financière en ligne Bloomberg qui signale dans sa dépêche que, selon “les données du FMI”, l’Algérie a puisé de ses réserves de change, pendant le mois de janvier 2015, le montant de 11,6 milliards de dollars. Ce qui s’est traduit par la baisse mensuelle la plus forte de ses réserves de change depuis 30 ans. En bons professionnels, Andrew Mayeda et Javier Blas, auteurs de l’article, se sont bien gardés de se livrer, sur ces bases, à un exercice prospectif sur la durée de vie de nos réserves de change. Mais cela n’a pas empêché certains médias et quelques analystes algériens et étrangers de publier des extrapolations aussi hasardeuses qu’alarmistes. Celles-ci se sont vite dégonflées mais il y a tout de même des enseignements à tirer de cette séquence. Ainsi, selon ces derniers milieux, partant d’une ponction mensuelle de ce niveau sans dépôts supplémentaires, nos réserves de change, qui se sont contractées à 178,938 milliards de dollars à fin 2014, seraient épuisées en 16 mois. C’était aller vite en besogne, car pour valider ce scénario, il eût fallu, au préalable, confirmer que la ponction de 11,6 milliards que cite Bloomberg est réelle et surtout qu’il ne s’agit pas d’une opération “exceptionnelle” mais récurrente. En attendant que la communication institutionnelle de la Banque d’Algérie et du ministère des Finances nous livre les informations détaillées de nature à clarifier les choses, je vous propose, pour ma part, une autre démarche de calcul d’évaluation des pressions qui s’exerceront réellement sur notre balance des paiements et, in fine, sur la durée de vie probable de nos réserves de change. Sur la base d’un PIB projeté de 180 milliards de dollars en 2015, le dernier rapport d’avril 2015 du FMI prévoit que le solde courant (balance de biens et balance de services) serait négatif à hauteur de -15,7% du PIB, soit 28 milliards de dollars (-4,3% du PIB en 2014). En partant du montant des exportations d’hydrocarbures du 1er trimestre 2015 qui a été de 10,62 milliards de dollars, on peut considérer que les recettes sur l’année s’établiraient autour de 42 milliards de dollars, soit une diminution de 18 milliards de dollars par rapport à 2014. Si je m’en tiens à un scénario au fil de l’eau, je rajouterai à ce chiffre de 18 milliards, celui du solde courant déficitaire de l’année de référence 2014 qui s’est élevé à 8 milliards de dollars, soit un total, a minima, de 26 milliards de dollars à puiser sur l’année en cours dans les réserves de change pour équilibrer notre balance des paiements. Notre estimation se situe dans la même fourchette que le FMI qui lui a prévu 28 milliards de dollars de déficit du solde courant. On est donc loin des 16 mois indiqués de durée de vie de nos réserves de change et que l’on est en fait autour de quatre à cinq années, si évidemment les prix du baril de brut ne se détériorent pas encore plus avec le retour en force de l’Iran sur le marché mondial. Ce décaissement de 11,6 milliards de dollars ayant été spécifique, particulier et non renouvelable est dû probablement à des rachats d’actifs non récurrents et à un déblocage de transferts de dividendes cumulés au profit de groupes industriels et de services du reste du monde. Le premier enseignement à tirer est d’ordre factuel lié au mieux au “manque de professionnalisme” de certains de nos médias et au pire à une campagne de désinformation. L’autre enseignement plus fondamental permet de mieux apprécier la faisabilité d’un des deux scénarios d’évolution d’une économie algérienne au milieu du gué. Le premier scénario, conservateur et porté par un large courant politique et social à composante hétéroclite, est celui du statu quo. Ce dernier va vouloir conforter, à la faveur de cette séquence médiatique et à tort, le courant au fil de l’eau du modèle économique en vigueur. Car, selon ce courant, les réserves de change permettront de tenir jusqu’à 2019, échéance à laquelle viendraient de nouvelles quantités significatives d’hydrocarbures à mettre sur le marché (déclaration du secteur de l’énergie) avec de meilleurs prix du baril (prévisions des agences financières américaines et du FMI pour 2019) qui reconduiront le modèle de fonctionnement de l’économie algérienne. Au passage, cette vision valide à la fois la redistribution rentière et même, sans le vouloir, la déclinaison prédatrice du modèle en vigueur. Un deuxième scénario, assis sur un paradigme différent, porté par un courant réformateur moins structuré, éclaté lui aussi mais plus fragile, dont l’émergence sociale et politique ne fait que commencer, est celui d’un changement “non cataclysmique” de modèle. Dans ce scénario plus probable, selon moi, la tendance à l’épuisement à moyen terme des réserves de change, sans perspective de leur renouvellement, est bien inscrite structurellement si d’autres moteurs de la croissance ne sont pas allumés et si le gaspillage budgétaire persiste. Même si le prix du baril remonte à 80, voire 90 dollars le baril au-delà de 2019, les conditions de fonctionnement et de reproduction de notre modèle économique actuel ne seront pas réunies. La meilleure preuve est le fait que les pressions sur le solde de la balance commerciale et le premier déficit de la balance des paiements ont été enregistrés à la fin de l’exercice 2013, avec des prix du brut supérieurs à ces niveaux. Lorsque vous ajoutez à cela l’augmentation de la demande sociale, il apparaît nettement que le modèle en vigueur est arrivé dans sa phase historique d’extinction. Croire le contraire comme l’implique le premier scénario précédent, c’est se nourrir d’illusion. En attendant, le principe de précaution devrait inciter l’Exécutif et la Banque d’Algérie à suivre de très près l’évolution de nos équilibres extérieurs. Mais cela ne suffira pas, car il va falloir également introduire une réelle rationalisation budgétaire pour réduire les déficits, d’autant qu’il ne vous a pas échappé que la durée de vie du FRR est plus courte que celle des réserves de change. Vaste programme.


M. M.


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