Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

Économie / Chroniques Mekideche

Remaniement ministériel

inflexion des politiques économiques ?

À chaque remaniement gouvernemental, les observateurs s’attendent toujours à des ajustements politiques et/ou économiques substantiels selon la nature de la menace ou de l’opportunité qui lui a donné naissance. En l’occurrence, il s’agit d’une menace sérieuse qui demeure d’ailleurs sous-estimée par la société et les pouvoirs publics. Alors ce dernier mouvement, qui s’opère en effet dans un contexte financier et budgétaire tendu, sera-t-il de nature à apporter des changements significatifs dans les politiques économiques et budgétaires mises en œuvre jusqu'à présent ? Certains analystes pensent pouvoir le savoir à la lecture des dispositions de la loi de finances complémentaire pour 2015( LFC 2015) et des premières mesures que prendront les nouveaux ministres désignés pour marquer leur territoire et dont on connaît pour certains les préférences doctrinales et les choix économiques et sociaux. Pour ma part, je serais plus circonspect. Aussi, en attendant, examinons quelques éléments d’appréciation pour nous faire une idée de la suite car ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. On peut en effet considérer, dans une première lecture, que ce mouvement est, au moins, un momentum approprié (choisi ?) pour mettre à jour et corriger, de toute évidence à la baisse, certains aspects du programme du gouvernement Sellal. Ce programme, je vous le rappelle, avait fixé les priorités sectorielles (industrie, agriculture, énergie, TIC et tourisme) tout en maintenant les mêmes niveaux de transferts sociaux. Mais cela, c’était avant. Car, depuis, les marges budgétaires se sont considérablement rétrécies, nécessitant à la fois de nouveaux arbitrages, implicites ou explicites, et des démarches novatrices pour mettre en place d’autres sources de financement interne et externe. Cette option de changement de cap pourrait être aussi retenue dans l’analyse pour une autre raison. Cette autre raison est que les changements essentiels sont intervenus dans le secteur le plus concerné par la genèse de la crise, celui de l’énergie, et dans le secteur le plus exposé aux effets de la crise, celui des finances parce que c’est lui qui répartit les dotations ou les réduit, ces deux secteurs ayant pour objectif commun de mettre en œuvre une riposte cohérente, adaptée et rapide. Mais en réalité, les rappels à l’ordre des deux ministres précédents, pour celui des Finances lors de sa déclaration évoquant la nécessité de réduire certains transferts sociaux, et pour celui de l’Énergie celle de faire bouger certains tarifs de l’énergie, sont de nature à infirmer, pour le moment, ce changement requis de cap. En fait le vrai problème est dans l’acceptabilité sociale et politique des réformes par ailleurs inévitables et plus coûteuses au fur et à mesure qu’elles sont reportées. La non-mise en œuvre de ces dernières, qui sont bien identifiées, n’est certainement pas due à un déficit d’expertise que viendrait combler ce remaniement. Leur faisabilité suppose au préalable un consensus politique qui n’est pas encore construit. Cela d’autant qu’il n’y a pas de plan B. Ni le statu quo ni le passage en force ne sont possibles en l’état actuel sécuritaire, social et politique du pays. Il y a une deuxième raison qui m’amène à penser que ce remaniement n’est pas celui de la mise en place de l’équipe qui mettra en œuvre les réformes structurelles, quelle que soit par ailleurs la qualité des femmes et des hommes choisis. L’élaboration de la démarche réformatrice se fera probablement à l’étage supérieur, l’étage politique du pouvoir exécutif. Pour le moment, il semble bien que l’agenda des réformes n’ait pas encore été arrêté et encore moins soumis au gouvernement pour mise en œuvre.  Essentiellement parce que le poids des lobbies est encore trop intense et la clé de répartition des sacrifices entre les composantes sociales n’a pas encore été trouvé. D’où la réserve du gouvernement sur les grandes problématiques économiques et financières prégnantes dans le pays. La troisième raison qui me semble confirmer qu’il ne faudra pas s’attendre à ce que les lignes bougent en matière de reformes est de nature institutionnelle et opératoire. Les différentes cacophonies et reculades dans l’exécution de certaines mesures correctives pour assainir des situations de rentes qui faussent la compétition ou provoquent un effet d’éviction sur la production, comme par exemple la mise en œuvre maladroite du cahier des charges des concessionnaires automobiles, témoignent bien de cela. On l’a vu aussi lorsque chaque secteur se considérait comme non concerné par les coupes budgétaires induites par la diminution des ressources financières de l’État. Cela provient de l’inexistence d’une institution, au sein de l’Exécutif, qui aurait en charge la mise en cohérence intersectorielle du processus de reformes par des mécanismes de coordination appropriés de toutes les parties prenantes avec un agenda efficace et opposable au tiers. De plus les logiques sectorielles, en tant que telles, sont insuffisantes pour produire et entretenir un cercle vertueux de croissance. Dans ce cadre, les Conseils interministériels(CIM), dont certains pensent qu’ils assurent la cohérence des réformes, assument en fait une fonction d’une autre nature. Pour conclure, on voit bien que le dépassement de la crise de notre modèle de croissance n’est pas d’ordre factuel ou technocratique ; il est de nature fondamentalement systémique et politique. Malheureusement, chez nous, les équipes gouvernementales n’inscrivent pas leur action dans le temps long. Ce faisant les reformes structurelles passent au second plan. Finalement, au bout du compte, on change souvent mais rien ne bouge.


M. M.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER