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Économie / Chroniques Mekideche

Secteur de l’énergie

Le changement d’équipe implique-t-il un changement de la gouvernance et des stratégies ?

Il est rare, dans le secteur de l’énergie, de procéder au changement simultané du ministre en charge du secteur et du Président directeur général de la Sonatrach, avec en prime celui de Naftal. Dans la tradition de gouvernance du secteur, y compris dans les périodes de crise, on laisse le ministre s’installer avant qu’il ne propose aux décideurs, au bout d’une période d’observation et le cas échéant, les trois options classiques de remplacement.  Alors, dans ce cas inédit, les observateurs avertis chercheront à savoir si c’est seulement  un hasard de calendrier ou bien  un effet recherché ? Dans le cas d’un effet interne et/ou externe recherché, et cela semble être le cas, y aura-t-il un changement ou une inflexion de la gouvernance et des stratégies énergétiques mises en œuvre précédemment ? Arrêtons-nous d’abord à la gouvernance du secteur, essentiellement aux rapports de pouvoir entre le ministre en charge des hydrocarbures et le P-DG de la Sonatrach. Depuis la création de la Sonatrach, on a connu toutes les variantes de leadership du secteur en fonction des rapports de forces politiques internes et de l’évolution du contexte énergétique et géopolitique international. Ainsi il y a eu des P-DG de la Sonatrach en conflit permanent avec les ministres de l’Énergie et la réciproque. Il y a eu  des PDG de la Sonatrach nommé en même temps ministres de l’Énergie, et réciproquement, pour contourner le problème précédent de prérogatives. Il y a  eu enfin des PDG de la Sonatrach sans autorité réelle sur le groupe, les ministres étant les gestionnaires de fait de l’entreprise. Comme vous le savez, cela a amorcé des dérives dont on n’est pas sorti encore. En vérité,  les périodes d’une gouvernance apaisée, avec des champs de responsabilités délimités et respectés par les deux parties, ont été finalement assez courtes dans le secteur. Pas uniquement d’ailleurs pour des raisons égotistes de pouvoir, mais aussi, pour des raisons  objectives de différentiation d’intérêts ou de vision entre l’État régalien, garant de la cohésion sociale,  et son groupe pétrolier régi par les règles de commercialité. Alors  dans quel type de gouvernance s’inscrivent  les derniers changements intervenus dans le secteur ? Lors de l’installation,le 25 mai 2015, d’Amine Mazouzi comme P-DG de la Sonatrach, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a clairement fixé les nouvelles règles du jeu : “Il n’y aura plus d’ingérence dans la gestion de Sonatrach, qui doit être du ressort des seuls cadres du groupe”. Ajoutant “qu’il est grand temps pour les entreprises économiques d’avoir une autonomie de gestion et de prise de décision technique”. Donc pas d’ingérence du politique dans la gestion opérationnelle, technique et commerciale de la Sonatrach, à commencer par celle  du ministère de tutelle. Quant aux orientations stratégiques du groupe Sonatrach, première entreprise africaine, l’État actionnaire les maintient. Ainsi des inflexions stratégiques  ont été indiquées par le Premier ministre, en attendant qu’elles soient formalisées par le Conseil d’administration et l’assemblée générale du groupe Sonatrach. La première inflexion stratégique  est d’inviter la Sonatrach à “s’investir dans son domaine de compétence et éviter la dispersion”. La Sonatrach devra donc se concentrer sur son “core business”, celui du développement de l’amont pétrolier. Quant au développement de l’aval pétrochimique et des industries énergétivores (ciment, acier, engrais, etc.) , la rupture devra être faite, de mon point de vue, avec la politique d’un  prix bradé du gaz naturel, au motif qu’il s’agit d’un avantage comparatif. Éviter aussi une dispersion géographique à faible valeur ajoutée telle que transporter du gaz naturel au Pérou par exemple. Le second “objectif  stratégique” assigné au groupe, pour autant qu’il  soit nouveau,  est celui “de mettre en production les nouvelles découvertes…, investir davantage dans l’exploration, la production des hydrocarbures et leur valorisation”. La rationalisation du modèle de consommation énergétique, qui est de la responsabilité directe du ministère de l’Énergie, sera assis sur  la réduction du gaspillage et le recours aux autres sources d’énergie, notamment renouvelables. Mais il ne faut pas se nourrir d’illusions car l’exclusion du levier tarifaire dans la gestion du modèle de consommation énergétique, en considérant que les prix actuels “sont une conquête sociale”, ne permettra pas d’obtenir des résultats significatifs  en la matière. Affaire à suivre. En résumé, on semble s’orienter, d’une part, vers une définition plus stricte des domaines de gouvernance et d’autre part vers une répartition des tâches entre la Sonatrach et le ministère de l’Énergie, prélude à une coexistence pacifique. À la Sonatrach, l’élargissement et le développement  des réserves et de l’optimisation de la production d’hydrocarbures conventionnelles (et non conventionnelles ?) et la qualification des ressources humaines nécessaires à cet effet. Au ministère le rationalisation du modèle de consommation énergétique, le développement des énergies renouvelables et la coopération internationale pour la sauvegarde et la promotion des prix des hydrocarbures. Les profils respectifs des deux hommes clés du secteur celui de PDG de la Sonatrach et celui de ministre de l’énergie, Salah Khebri, sont de nature également à faciliter les interfaces entre ces deux institutions. En conclusion,  les ajustements apportés dans le secteur de l’énergie, participent,  de mon point de vue,  à une prise en charge partielle seulement  des défis, voire des  menaces qui pèsent sur le secteur de l’énergie, et partant sur le pays. Prise en charge partielle  car les réformes du modèle tarifaire et le recours à terme aux hydrocarbures non conventionnels sont évacués de l’épure du fait d’une acceptabilité sociale et politique non encore assurée. Partielle aussi parce que les conditions économiques et financières du développement de l’aval pétrochimique ne sont pas totalement clarifiées du point de vue du retour sur investissement. Incertaine enfin car notre pays pèse de moins en moins,  au sein de l’OPEP, notamment dans la fixation des prix internationaux des hydrocarbures. Mais vous savez, ce qui est sûr, c’est qu’on perd toujours les batailles que l’on n’a pas menées. Celle-ci vaut le coup d’être menée.                         

M. M.


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