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Économie / Chroniques Mekideche

En toute liberté

Partenariats et chutes des prix dans le secteur des hydrocarbures Un verre à moitié vide ou à moitié plein ?

Mustapha MEKIDECHE

Pourquoi un tel titre me diriez-vous ? Je vous répondrais que les conditions de mise en place de partenariats industriels, et singulièrement ceux impliquant la gestion et le partage d’une rente comme celle des hydrocarbures, dépendent du rapport de forces entre les acteurs et de l’évolution de deux marchés : celui des demandeurs d’investissements et celui de la demande mondiale en la matière. Mais chacun peut en interpréter les résultats à sa façon ; avec d’autant plus de légèreté que ce qui est vrai aujourd’hui peut ne pas l’être demain. L’Algérie, qui a souvent essuyé les plâtres de partenariats technologiques et commerciaux inédits, en sait quelque chose. Il faut se rappeler en effet que les partenariats dans le secteur des hydrocarbures ont une longue histoire qui a commencé dès l’Indépendance, avant même la création de Sonatrach. Ces partenariats ont connu des formes diverses avec des succès mais aussi des échecs. Le tout est de savoir si nous avons retenu les leçons. Alors où en est-on en cette fin 2014 dans un contexte énergétique incertain, voire menaçant ? Certains observateurs, partant des faibles résultats du dernier round lancé par l’agence de régulation Alnaft pour l’attribution de blocs de recherche et de production, ont commencé déjà à remettre en cause les dispositions de la loi 13/01 du 20 février 2013. Même s’il est vrai que seuls quatre périmètres ont été attribués à trois consortiums, sur les 31 mis sur le marché, il faut se garder de sauter aux solutions sans une analyse plus approfondie. Résultat insuffisant encore que le périmètre de Boughezoul dans le nord du pays a vu une compétition sérieuse pour son acquisition entre deux grands groupes pétroliers (Repsol/Shell exploration et Eni Algérie). Éléments de contexte. Il faut quand même  observer que cet appel d’offres a lieu dans une situation exceptionnellement défavorable du marché des hydrocarbures. L’édition du 15 octobre 2014 du quotidien américain The Wall Street Journal nous apprend que le prix du baril de pétrole a connu son prix le plus bas depuis deux ans. Ce journal précise que le prix du baril de brut est descendu le mardi 14 octobre à   81,84 dollars sur le marché du New York Mercantile Exchange perdant 20% de sa valeur depuis début juin 2014. Dans le même article le cabinet Bernstein Research estime que Royal Dutch Shell et BP PLC “ont besoin d’un prix de 85 dollars le baril pour couvrir leurs opérations  courantes et atteindre le pont mort”. À la lumière de ces faits, on comprend mieux le faible intérêt manifesté par les groupes pétroliers internationaux au dernier appel d’offres algérien. Ceci dit, cette baisse devra être prise au sérieux car elle risque non seulement de s’amplifier mais aussi de durer. Pour deux raisons. Un excès d’offre provenant de deux acteurs-clés : les États-Unis et l’Arabie Saoudite. Nonobstant le gaz de schiste, les États-Unis ont augmenté leur production pétrolière de 56%, en dix ans (2004-2014) soit un extra de 3,1 millions de barils/jour. L’Arabie Saoudite, quant à elle, a baissé deux fois ses prix pour octobre puis pour novembre 2014 car 400 000 barils n’ont pu être vendus. Ce pays joue avec le feu. On se rappelle  que son ministre du Pétrole avait assuré que le prix du baril ne descendrait pas au-dessous de 90 dollars. Nous ne sommes pas loin de la guerre des prix initiée par ce pays en 1986 et dont nous avons un souvenir douloureux. De plus cet excès d’offre ne peut être absorbé par une demande mondiale en hydrocarbures qui se rétracte du fait d’une croissance globalement négligeable. La seconde raison est l’effet d’aubaine géopolitique recherchée par certaines puissances grandes et régionales. En effet cette situation, si elle venait à persister, induirait mécaniquement l’affaiblissement financier d’un certain nombre de grands pays exportateurs d’hydrocarbures (Russie, Iran, Venezuela) dans un contexte de montée des conflits et d’aiguisement des intérêts dans plusieurs régions du monde. Par effet collatéral notre pays serait inévitablement touché de plein fouet. De nouveau, vous voyez bien que nous sommes loin de la simple révision du texte de la loi sur les hydrocarbures pour assurer une meilleure attractivité de notre domaine minier et plus de ressources. La variable d’ajustement géostratégique y tient une grande part. Ceci dit, les avancées du nouveau texte sont reconnues par les groupes pétroliers eux-mêmes : la taxe sur les profits exceptionnels (TPE) a été supprimée et remplacée  par la taxe sur le revenu pétrolier (TRP) assise sur la rentabilité du projet et non sur le chiffre d’affaires. Il reste à leur préciser les conditions de calcul de l’impôt complémentaire sur le revenu (ICR) de sorte que son impact puisse être anticipé dans leur trésorerie. De même que ces groupes ont généralement bien accueilli le fait que Sonatrach assumera dorénavant sa part dans les coûts d’exploration. Je concède néanmoins que, le moment venu, des ajustements pourront être opérés à l’épreuve des faits et à leur écoute. Il faudra également stabiliser et sécuriser le management de Sonatrach pour renforcer sa crédibilité internationale. Dans l’aval les contentieux qui plombaient, depuis plusieurs années, les partenariats dans le domaine des engrais ont été vidés. Je parle des usines d’ammoniac et d’urée qui étaient achevées à Arzew, mais qui étaient à l’arrêt du fait de positions divergentes sur le prix entrée du gaz. L’opinion publique gagnerait cependant à connaître les termes du compromis dans un souci de transparence. En conclusion, au-delà des mises à jour institutionnelles et opérationnelles des partenariats, on voit bien que l’Algérie devrait prévoir des scénarios budgétaires de recul et rationaliser les politiques de transferts et de soutiens des prix. Pas demain mais aujourd’hui. Notre société et notre économie, qui ont connu pire dans la décennie 90, doivent être responsabilisés par des messages clairs et directs. L’heure n’est plus à la complaisance car cela pourrait devenir une question existentielle.

M. M.


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