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Économie / Chroniques Mekideche

Chute des prix du pétrole :

quels scénarios pour quels ajustements en 2015 et après ?

Les réactions exprimées ces jours-ci, en réponse  à la crise, par les membres de l’Exécutif, me paraissent encore ambivalentes, même si elles sont loin de l’optimisme surfait du dernier trimestre 2014. Il est vrai qu’au fur et à mesure que le temps passe, les uns et les autres sont obligés d’admettre que la crise financière  est bien installée  dans la durée. Le discours public devient désormais plus difficile à produire, aussi bien pour ceux qui  sont en charge de la mise à disposition des ressources financières que pour ceux en charge de répondre aux besoins économiques et sociaux.  A leur décharge, il est vrai que nul ne sait combien de temps et quelle ampleur prendra cette baisse du prix du baril. Les milieux qui peuvent fournir les scénarios les plus plausibles sont, me semble-t-il, ceux qui subissent de plein fouet les effets de cette baisse. Il s’agit des pays de l’Opep et des grands groupes pétroliers internationaux. Pour les premiers, c’est le statu quo, sans encore de réactivité collective ; bien qu’il leur faille agir pour réduire la menace et, dans tous les cas, engager les ajustements requis par une situation qui peut durer. La première indication significative de leur part ne sera disponible qu’au milieu de l’année 2015, lors de la réunion semestrielle de l’Opep qui se tiendra en juin prochain. A l’inverse, les seconds ont été plus réactifs. Passons donc en revue quelques scénarios avancés par les acteurs, notamment bancaires, et les analystes internationaux proches de ces grands groupes pétroliers.
Il s’agit, vous l’aurez compris, de scénarios élaborés par ceux qui s’intéressent, non pas à l’ampleur de la chute des revenus des pays exportateurs, mais à celle des dividendes perçus par les actionnaires de grands majors pétroliers.
Ces scénarios n’en sont pas moins pertinents pour nous, car ces derniers, eux aussi, avaient besoin, en 2014, d’un baril à 120 dollars pour couvrir les budgets affectés et produire les dividendes attendus. Ils sont, aujourd’hui, loin du compte. D’où l’intérêt que recèle pour nous cet article publié, sous la plume de Fiona Maharg-Bravo, dans l’édition internationale du 21 janvier 2015 du New York Times. Dans ce scénario, le parallèle est fait avec la crise pétrolière de 1986. En 1986, pour la même raison due au refus de l’Opep de réduire son offre, du fait de la volonté de l’Arabie saoudite de minorer la part de l’Iran, le prix du baril est passé de 30 à 10 dollars. Ce dernier a mis 5 ans pour se redresser. Dans la crise de juin 2014, le redressement du prix du baril mettra aussi du temps à se rétablir. C’est l’analyse de la JP Morgan Chase, qui prévoit que le palier de 90 dollars ne sera atteint qu’en 2019.
Dans la même tonalité, Goldman Sachs estime que le niveau de 70 dollars ne sera rétabli, au mieux, qu’en 2016. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui exclut pour le moment “une reprise des prix, sauf événement majeur”, relève en revanche que des “signes se multiplient montrant que la tendance va se retourner”. En d’autres termes, l’AIE considère qu’un baril autour de 50 dollars constitue un prix plancher, sans pour autant espérer revenir à un période historique révolue, celle d’un baril variant de 100 à 110 dollars. En attendant d’avoir une meilleure visibilité, quels enseignements pouvons-nous alors tirer de ces trois scénarios convergents pour ajuster nos politiques économiques et monétaires ?
Le plan 2015-2019 et les lois de finances de cette période quinquennale bénéficieront de ressources provenant de la fiscalité pétrolière  fortement réduites, parce qu’assises sur un prix du baril variant, au mieux, de 50 à 70 dollars. Sauf à recourir au financement partiel par endettement interne et externe, il y aura nécessité de remettre à plat le plan quinquennal initial dont l’enveloppe, établie sur “l’hypothèse la plus optimiste parmi les trois”, s’élève à 262 milliards de dollars. Remettre à plat d’abord et opérer ensuite les arbitrages réalistes et pertinents qui auront forcément des coûts sociaux à répartir équitablement. Cela ne sera pas facile mais il faudra bien passer par là. Au plan budgétaire, le scénario indiqué plus haut d’un prix du baril variant de 50 à 70 dollars de 2015 à 2019 exclu n’est pas rassurant non plus.
Avec un prix moyen de 60 dollars le baril que prévoient ces scénarios, je rappelais, dans ma chronique précédente, que Badreddine Nouioua avait calculé que “les déficits budgétaires de deux années seulement suffiront à absorber la totalité du Fonds de régulation des recettes”. Le nouveau cadrage budgétaire doit s’approprier le plus tôt possible ce resserrement de la contrainte financière, d’abord dans la loi de finances complémentaire pour 2015 (LFC 2015) qui, pour cette fois, devient inévitable. Par ailleurs, une nouvelle architecture budgétaire, bâtie sur une plus grande rationalisation de la dépense publique et sur une révision des politiques de subventions, est à produire pour 2016.
De même que nous ne pouvons pas faire l’économie d’une profonde réforme fiscale pour limiter l’évasion fiscale et traiter définitivement la question de l’informel pour en bancariser l’essentiel des ressources monétaires. Pour conclure, sans noircir le tableau mais en tenant compte du principe de précaution, des ajustements structurels sont à faire, et ils auront un coût à absorber qui nécessitera un large consensus politique.
Ma crainte n’est pas tant dans le déficit de capacités dans l’élaboration et l’ingénierie de ces réformes que dans la difficulté de construire ce large consensus politique, seul garant de leur mise en œuvre effective. Mais, comme dit le dicton, nécessité ne fait-elle pas loi ? On verra bien.


M. M.


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